IX. — Jugement sur la Renaissance
NOUS venons de voir ce qu'on a fait au seizième siècle. — Qu'y avait-il à faire ?
Au lieu de se livrer à la brutalité d'un coup-d'État, au lieu de piétiner le Moyen Age, au lieu de l'insulter, et, ce qu'il y a de plus cruel, de l'oublier entièrement ; au lieu d'arrêter brusquement tout le mouvement de cette époque, il y avait à la continuer.
Au lieu d'évoquer les figures dangereuses des dieux et des déesses antiques, il y avait à continuer en France l'école du Pérugin et de Fra Angelico.
Au lieu de changer notre sculpture et de la paganiser entièrement, il fallait seulement en améliorer les procédés et y faire entrer l'étude de l'anatomie humaine. Il y a des statues du XI V^ siècle, dans nos cathédrales de France, qui sont déjà des merveilles de proportions, comme il y a chez nous des vitraux du X V«^ siècle qui sont des merveilles de composition, de dessin et de coloris. Au lieu de briser ces vitraux et de mépriser ces statues, il fallait en conserver le sentiment, en continuer le style, en parfaire la forme.
Au lieu de renier toute notre épopée, toute notre poésie du Moyen Age, il en fallait ramasser les débris avec respect ; il fallait noblement s'entêter à ne choisir que des sujets vraiment nationaux ; il fallait se décider à ne consacrer d'autre gloire que celle des héros chrétiens et français.
Au lieu de faire, comme nos tragiques français qui jetèrent un œil de dédain sur nos Mystères, il fallait faire comme Shakespeare, qui en accepta la forme et sut en tirer vingt œuvres immortelles.
Au lieu de séparer la Religion et l'Art, il fallait les unir éternellement, en donnant au Vrai la splendeur du Beau.
Le Moyen Age, enfin, avait conquis la beauté de la pensée; l'œuvre de la Renaissance eût dû consister uniquement dans la conquête de la forme. Puisqu'elle n'a pas voulu de cette tâche, puisqu'elle l'a laissée à notre temps, sachons nous montrer dignes d'une telle gloire.