Chanson de Roland, vers
vérité qu'il s'agit du Calvaire? Mais non, ajoute notre poète ! « Ct'st H granz doclspur hx Jiiort de Rollant ! »
Roland, d'ailleurs, ne pense lui-même qu'à l'Empereur et à la France.A chacun de ses grands coups d'épée, il se dennande <<i Qu'en dira la France ? » L'honneur de sa famille le préoccupe beaucoup moins que l'honneur de son pays. S'il se refuse si énergiquement à sonner du cor pour appeler son oncle à son secours, s'il commet cette admirable imprudence dont la sagesse d'Olivier cherche en vain à le dissuader,c'est uniquement à cause de sa patrie : « A Dieu ne plaise, » s'écrie-t-il à deux reprises, « que douce France soit abaissée à cause de « moi ! A Dieu ne plaise, à ses Saints et à ses Anges,que France « perde pour moi de son honneur (i) ! » Et il se lance, éperdu, dans la mêlée. Pendant toute la durée de ce Waterloo, il a la bouche pleine de ce mot : Fraitce. Quand les barons chrétiens sont presque tous morts, une parole touchante vient se placer sur ses lèvres : « Terre de France, dit-il en pleurant, terre de « France, mult estes dulz païs (2) ! » Enfin l'heure de sa propre mort vient à sonner. Il meurt comme il a vécu, en Français, et, c'est alors qu'avec une fierté, — qui n'est pas, comme on le voit, d'origine espagnole, — il s'écrie : « Il n'y aura jamais « d'homme tel que Roland efi France la solue (3) ».Un des traducteurs de notre Chanson n'a pas craint de rendre ces derniers mots par ceux-ci : « En France, la terre de la liberté. » La nuance est forcée, mais « France la solue » n'est pas moins beau. Et quand Roland mourant sent enfin la nuit envahir .ses yeux ; quand il s'aperçoit à ces affreuses ténèbres des suprêmes approches de la mort, un de ses derniers regards est encore pour la France. « De pluseurs choses à remembrer « lui prit, de dulce France. (-*) » Et dulces moriens reminiscitiir A rgos.
Aucune nation ne pourrait, même dans les temps les plus voisins du nôtre, nous offrir un type, un idéal plus glorieux de cet amour de la patrie. Mais Roland n'est pas le seul qui soit brûlé de ce beau feu. Tous les Français de nos Chansons