‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 21 sur 161 · Ibid., vers · texte numérisé non relu

Ibid., vers

84 l'idée politique

sont autant de Charlemagne et de Roland. D'ailleurs ils sont partout représentés comme une nation choisie, comme une race d'élite. L'auteur de notre Roland énumère quelque part les différents corps de l'armée chrétienne, de même qu'Homère fait l'énumération de tous les vaisseaux de la flotte grecque. Dans Vost de Charles, trois échelles, trois corps d'armée, sur dix, sont composés de Français; mais il faut lire le portrait que le vieux trouvère en trace : « La dixième écJielle, dit-il, est formée des barons de France. Ils sont cent mille, de nos meilleurs capitaines. Ils ont le corps gaillard et fière la contenance, la tête toute blanche et la barbe chenue. Ils montent à cheval et demandent la bataille: « Montjoie ! Montjoie! » crient-ils; Charlemagne est avec eux (i). » Et, voulant les définir en un seul mot, le poète dit : « Ce sont là ceux de France qui conquièrent les royaumes (2). » Roland est fier de ses Français, et s'arrête de temps en temps à les considérer: « Pas un, lui crient-ils, pas un ne vous fera défaut pour « mourir (3). » Et, plein d'admiration pour les hommes de la « Terre majur (4) », le neveu de Charles s'écrie : « Français sont bons, ils frappent en vassaux (s), » et il ne craint pas de renouveler souvent ces exclamations admiratives. Les autres chansons de geste ne présentent pas nos Français sous un jour moins avantageux. Partout on les reconnaît à leur courage souvent téméraire, à leurs discours souvent trop longs, et particulièrement à leur gaieté. Le caractère national n'a pas changé. Les poètes ont un mot pour peindre nos héros, un mot qui les peint bien : « Des chevaliers gaillards (6). > Sous leurs heaumes apparaissent des figures fines, facilement souriantes, légèrement railleuses. Ils font volontiers quelque plaisanterie ; ils se permettent le bon mot, même devant le corps de leurs ennemis expirants. Ils s'avancent au combat grands, superbes, terribles, et toujours avec ce même sourire

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