‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 24 sur 161 · Bernard de Ventadour · texte numérisé non relu

Bernard de Ventadour

3. Nous trouvons ici une objection sur notre passage. Plusieurs savants ont prétendu que, dans nos premières Chansons de geste, et notamment dans le Roland, le mot France n'a pas le sens actuel, et représente seulement une province du grand pays français, l'Ile-de-France. Il est certain que le mot Francia, antérieurement à nos premiers poèmes, a signifié tour à tour tous les pays successivement occupés par les Francs. Dans la Table de Peutinger, il est appliqué aux différents peuples de la Confédération franke, établis alors dans le territoire que leur avait concédé Probus. Sous la première race, on appelle Francia, tantôt les terres occupées par les Saliens, tantôt le pays occupé par les Ripuaires ; il y a néanmoins tendance à donner plutôt le nom de France à la Neustrie. Sous la seconde race, il est arrivé que ce même nom fut surtout attribué au duché de France. Nous avons longuement étudié la même question dans la Chanson de Roland, et nous croyons pouvoir scientifiquement établir les propositions suivantes : « i" Le mot France et Franceis, dans la plus ancienne de nos Epopées, sont employés 170 fois pour désigner tout l'empire de Charle- MAGNE, lequel, en dehors de la France proprement dite, renferme la Bavière, l'Allemagne, la Normandie, la Bretagne, le Poitou, l'.Auvergne, la Flandre, la Frise, la Lorraine et la Bourgogne. 2° Dans les mêmes poèmes, le mot France est également employé en un sens beaucoup plus restreint pour désigner les pays qui correspondent à l'ancienne Neustrie (moins la Normandie) et à presque toute l'Austrasie. 3° Dans rénumération des différents corps de l'armée chrétienne, les Français proprement dits forment les t^^ 2' et 10*^ échelles ; la 3""" est composée de Bavarois, la 4* d'Allemands, la 5' de Normands, la 6^ de Bretons, la 7"^ de Poitevins et d'Auvergnats, la 8e de Flamands et de Frisons, la 9e de Lorrains et de Bourguignons. La même division se retrouve dans la liste des Barons qui sont appelés à juger Ganelon. D'où nous conclurions volontiers que la Bavière, la Normandie, l'Allemagne, la Bretagne, le Poitou, l'Auvergne, la Flandre, la Frise, la Lorraine et la Bourgogne peuvent être ici considérés comme des pays feudataires ou conquis. Roland se vante en effet d'en avoir soumis un grand nombre : il y joint l'Aquitaine. En résumé, le pays tant aimé par le neveu de Charlemagne, c'est notre krance du nord avec ses frontières

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