‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 26 sur 161 · Ibid., couplet · texte numérisé non relu

Ibid., couplet

point citer ici pour ne pas fatiguer l'esprit de nos lecteurs ('), et parce que le testament politique de Charlemagne dans le Couronnement Looys-nons paraît être le plus complet et le plus remarquable de tous ces documents. Si nous voulions maintenant résumer avec exactitude tous ces conseils de l'Empereur et en composer le type de notre Royauté épique, il nous serait facile d'établir, d'après les textes invoqués plus haut, quel était le code et quels étaient les devoirs de cette royauté aux yeux de nos trouvères : « Etre humblement soumis à l'Eglise, — conserver la chasteté ; — haïr rinjustice;^ — faire droit aux plaintes des petits ; — venir en aide à tous les pauvres, et en particulier aux veuves et aux orphelins; — ne pas dépouiller les enfants de leurs fiefs; — se montrer sans cesse libéral et généreux ; — faire aux Sarrasins une guerre sans relâche et poursuivre sans pitié les vassaux rebelles. >> Ce Code est, comme on le voit, d'une grande simplicité, et les Pères de l'Église, sans aucun doute, ont tracé aux princes leurs devoirs d'une façon cent fois plus haute, plus claire et plus complète; mais, tout simple qu'il est, ce même Code n'aurait jamais pu être conçu avant Jésus-Christ. Sans doute il renferme encore quelques articles farouches qui sont facilement explicables si l'on pense aux déchirements de l'époque féodale; mais il est beau de voir, en des poèmes sincèrement populaires, les Rois représentés comme les défenseurs de toutes ces faiblesses que le paganisme avait jadis abandonnées à elles-mêmes, de l'enfance, de la vieillesse, du veuvage. Il est beau de voir la chasteté recommandée aux princes, et recommandée avec raison comme une vertu qui appartient réellement à l'ordre public, comme une vertu politique. Il est beau, enfin, de voir les princes soumis ici-bas à une Autorité spirituelle qui doit prononcer sur tous leurs différends et faire régner entre eux la concorde et la paix. Toutes ces idées d'ailleurs se retrouvent dans le magnifique Office liturgique

I. Au début à' Huon de Bordeaux, on voit aussi le vieux Charles donner ses derniers conseils à son fils Chariot qui va lui succéder : « Fiex, vien avant, n'aies soing « d'atargier — Et si retien ta terre et t'iretier. — Si m'ait Dix, tu tenras si franc « fief — Corn Uamedix, qui pot tuet justicier, — Tient Paradis le règne droiturier... — « Fiex, n'aies cure de traïtor lanier. — As plus preudomes vous aies acointier... — « A sainte Glise pensés du repairier. — Donnés du vostre as povres volontiers. » Huon, éd. des Anciens poètes de la France, p. 7.)

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que l'Église a consacre au Couronnement des rois (ï) et que les catholiques eux-mêmes n'admirent pas assez.

D'ailleurs, si l'on veut bien connaître les idées de nos trouvères sur la royauté, c'est Charlemagne qu'il faut considérer; et nous devons tenir compte de ses actions beaucoup plus que de ses paroles. Il faut le voir à l'œuvre. Charlemagne, c'est la Royauté chevauchant, combattant, triomphant ; c'est la Royauté visible et tangible. Il s'avance en tête de la grande armée : « Avec emportement chevauche le roi Charles; — sur sa cuirasse repose sa barbe blanche (^). j^ Pas n'est besoin de demander où est l'Empereur. Du premier coup d'œil on le reconnaît, tant son corps est beau, tant fière est sa contenance (3). Dans les batailles, au plus fort de la mêlée, sa barbe chenue paraît à côté des jeunes barbes de Roland et d'Ogier. Il a des mouvements sublimes de jeunesse et de témérité. Personne ne se présente pour conquérir Narbonne : € J'irai, moi, dit-il, et j'irai seul. » Et si l'on vous demande : « Où est le roi Charles ? » Vous répondrez : « Nous l'avons « laissé faire tout seul le siège de Narbonne (4). » La Royauté, dans Charles, nous apparaît surtout comme conquérante. D'une extrémité à l'autre de son Empire il fait, en quelque sorte, de grandes enjambées, présentant sa face terrible à tous les Sarrasins, sur toutes les frontières. Charles est l'empereur des Croisés. Mais en temps de paix, c'est un Nestor chrétien. Contemplez-le après le discours des ambassadeurs de Marsile : contemplez cette majesté pacifique, après avoir admiré cette majesté guerrière : « L'Empereur tend ses

1. Pontificale Roman um, De Benedictione et Coronatione régis: < Regiam hodie suscipis dignitatem, et regendi fidèles populos tibi commissos curam sumis. Praeclarum sane inter mortales locum, sed discriminis, laboris atque anxietatis plénum ! Verum si consideraveris quod omnis potestas a Domino Deo est, per quem reges régnant et legum condilores justa decernunt, tu quoque de grege tibi commisse ipsi Deorationem es redditurus. Primum pietatem servabis. Dominum Deum tuum tota mente ac puro corde coles. Ecclesiasticani libertatem non conculcabis. Justitiam, sine qua nulla societas diu consistere potest, erga omnes inconcusse administrabis, bonis praemia, noxiis débitas pœnas retribuendo. Viduas, pupilles, pauperes ac débiles ab omni eppressiene défendes. Omnibus te adeuntibus benignum, mansuetum atque affabilem, pro regiâ tuâ dignitate, te praebebis. Et ità te gères ut, non ad tuam, sed totius populi utilitatem regnare, praemiumque benefactorum tuorum, non in terris, sed in cœle expectare videaris. »

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