Aimeri de Narbonne, édition Demaison, II, p
mains vers Dieu, il baisse la tête, il commence à réfléchir. Il garde longtemps la tète inclinée, il ne se hâte point déparier. C'est sa coutume de parlera loisir. Puis, il se dresse, le visage plein de fierté ('). » Du reste, si le courage téméraire et la lutte à outrance contre les Sarrasins sont le caractère de notre Royauté épique durant la guerre, la libéralité est la marque à laquelle on reconnaît cette même royauté pendant la paix. Charlemagne ne manque jamais de tenir, à Pâque et à la Pentecôte, des Cours plénières dont la magnificence est vraiment digne des anciens Empereurs. A droite, à gauche, le roi de France est entouré de plusieurs autres rois qui le servent. Il y a des rois qui attendent, en quelque sorte, dans ses antichambres, comme il y en aura plus tard dans celles de Napoléon I^r. Sept mille chevaliers forment la cour ordinaire du grand empereur (2) et de toute cette foule, il sort un seul cri qui exprime l'admiration, l'obéissance, presque le culte : i II n'y a pas de terre sous le ciel qui ne puisse, à « votre volonté, être conquise par le fer de nos lances (3). » C'est presque une cour d'Orient, avec une certaine grandeur énergique qui révèle l'Occident. Pendant ces fêtes somptueuses, l'Empereur tient table ouverte : les pauvres chevaliers arrivent de toutes parts ; on les nourrit, on les vêt, on les comble de présents. Des milliers de pauvres, d'orphelins, de veuves, se pressent aux alentours du palais : pas un n'est repoussé. La plus grande honte pour les Rois de nos épopées, c'est, sans doute, de reculer dans un combat, mais c'est ensuite de ne pas faire largesse.
Au-dessus de tous ces caractères de la Royauté, il en est un autre que nous avons déjà cherché à indiquer : cette Royauté est surnaturelle. Charles est sans cesse dans l'atmosphère du miracle. Il a un Ange spécialement attaché à sa personne, et ils ont ensemble des conversations tous les jours (^). Nous le voyons, comme un autre Josué, arrêter le soleil dans les cieux. Dieu lui envoie des songes prophétiques ; Dieu lui communique ses ordres par le ministère glorieux de saint