Voir Entrée de Spagne, 1. c, i
96 l'idée politique
Ici encore de tristes souvenirs historiques ont pu servir d'inspiration à nos poètes. Charles-Martel, il est vrai, était bien loin du temps où ils vivaient, mais les déprédations des IXe, X^ et Xle siècles étaient beaucoup plus près. Et, d'ailleurs, c'est sous les yeux mêmes des trouvères que l'esprit de révolte contre l'Église prenait, au milieu de la chrétienté, de formidables développements. Parmi nos poètes, beaucoup vécurent au temps de Philippe-Auguste, adversaire d'Innocent III, et les derniers écrivaient sous Philippe le Bel ennemi de Boniface VIII.
LA Royauté et la Législation, dans nos Chansons de geste, sont presque entièrement germaines d'origine et germaines d'allures. Les jurisconsultes qui ont essayé de faire pénétrer quelque lumière dans la nuit du Droit barbare ont peut-être eu tort de ne pas invoquer les textes de nos poèmes à l'appui de leurs doctrines : nous aurons lieu de le constater tout-à-l'heure en parlant de la procédure. Mais en politique, les origines barbares sont encore plus visibles, et le Charlemagne de la Chanson de Roland est tout à fait un chef de grande tribu germaine.
On connaît parfaitement aujourd'hui les Assemblées nationales des deux premières races : les Champs de mars, les Champs de mai. Ces derniers surtout durent avoir sur l'esprit de nos poètes une influence qui se trahit souvient dans leurs chansons. Les Conseils tenus par Charlemagne au début de tant d'épopées françaises ressemblent à ces anciennes Assemblées de la nation dont le souvenir était demeuré vivant. Dans les poèmes, comme dans l'histoire, ces Assemblées se composent d'hommes libres et d'évêques : car il ne faudrait pas croire que, dans nos Romans, Charlemagne consulte uniquement ses pairs : « De ceuls de France en i a plus de mil, » dit l'auteur de notre Roland ('). Et, ailleurs, le même poète dit plus explicitement : « L'Empereur s'est levé matin; il mande ses barons pour tenir son conseil; il ne veut