‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 31 sur 161 · Chanson de Roland, vers · texte numérisé non relu

Chanson de Roland, vers

l'idée politique

de geste. Entrons donc avec lui dans les rangs de cette assemblée que Charlemagne a convoquée pour délibérer sur les propositions de paix que vient de lui faire le roi Marsile {^). Dans Roland, dans ce poème primitif, l'Empereur est ici enveloppé de je ne sais quelle splendeur presque surnaturelle : on ne lui parle qu'avec tremblement. Il domine l'assemblée des barons comme Jupiter dans X Iliade domine l'assemblée des dieux, et l'on pourrait presque lui appliquer le fameux annuit et totiini niitti treniefecit Olynipiim. Or, il y a sept longues années que Charles est en Espagne : Français et Sarrasins sont épuisés par les rigueurs de cette horrible guerre. C'est dans ces circonstances que le roi Marsile envoie une ambassade à l'Empereur : il demande la paix et se déclare tout prêt à recevoir le baptême : <i Que lui répondra-t-on ? » Certes, la question est d'une importance considérable, et l'Empereur ne veut pas la décider par lui-même. Il le pourrait sans doute, mais par prudence il consultera ses barons. Le Conseil, ou, plutôt l'Assemblée se réunit : plus de mille Français sont présents. Quand le silence s'est établi autour du trône impérial, Charles se lève et, d'une voix nette, expose lucidement l'affaire : « Le « roi Marsile, dit-il, m'envoie ces messagers; il me promet de <L grands trésors, mais ses intentions ne m'inspirent pas « confiance. » Quand l'Empereur a parlé, nouveau silence, qui est bientôt rompu par l'impétuosité de Roland. Deux partis se dessinent clairement dans le Conseil: celui de la paix, celui de la guerre, et l'on devine à quel parti Roland va se ranger. D'ailleurs, en tous ces discours, les caractères se révèlent, les âmes se dévoilent : « Faites la guerre comme vous l'avez en- « t reprise, dit Roland, conduisez votre armée sous les murs « de Sarragosse, assiégez cette ville toute votre vie, s'il le « faut, et vengez les chrétiens que le félon Marsile a fait oc- « cire. » Cette parole énergique va soulever des orages. Le parti de la paix veut parler à son tour, et c'est Ganelon qui porte la parole au nom des pacifiques, au nom des modérés : <i II est temps que l'orgueil ne triomphe plus ; laissons les « fous, dit-il, et soyons sages. » Le duc Naimes, dont la vieille sagesse est tant vantée par nos trouvères, partage l'avis de

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