‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 35 sur 161 · Ibid., vers 3792 et suiv · texte numérisé non relu

Ibid., vers 3792 et suiv

io6 l'idée politique

Charlemagne, jugez-moi le droit de Ganelon. !^ Il leur expose lucidement toute l'affaire: Ganelon présente librement sa défense, les barons prennent le parti de l'accusé, et Charlemagne enfin se trouve désarmé devant ces juges: « Quand Charles voit que tous lui font défaut, — il en cache sa tête et son visage, et, à cause de sa grande douleur : « Malheureux que je suis ! » dit-il (i). Encore une fois, tout cela est barbare, et rien ne nous donne ici l'idée d'un tribunal romain. C'est bien là le tribunal germanique où le président était presque réduit à l'impuissance, comme Charles dans l'affaire de Ganelon. L'Empereur est heureusement tiré de sa douleur par le frère du duc d'Anjou : « Beau sire roi, dit le chevalier, trêve à vos lamentations ! ;^ Et il défie en champ clos les parents de Ganelon : Pinabel accepte le défi. Les deux champions accomplissent les formalités légales (2), et Ogier de Danemark proclame à haute voix qu'elles ont été remplies. Pinabel et Thierry se revêtent alors de leurs armes ; le jugement de Dieu va commencer (3).

Ici encore le doute n'est pas possible, et nous sommes en pleine Germanie. Le camptis ou duel est, en effet, commun à toutes les tribus barbares, excepté aux Anglo-Saxons. Cette ordalie recevait deux noms, celui de ivehadinc, quand les deux parties combattaient en personne, et celui d^caju/wic, quand elles étaient représentées par des champions à gages. Il arrivait souvent qu'un parent se proposait pour combattre à la place d'une des parties, et c'est le cas de notre Chanson de Roland. Toutes les lois germaines off"rent d'ailleurs des dispositions remarquables sur le combat judiciaire (4).

Nous n'avons rien à ajouter touchant les champions qui se substituaient souvent aux véritables intéressés dans l'é-

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