‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 43 sur 161 · II. — Idée de Dieu d'après nos Chansons de geste · texte numérisé non relu

II. — Idée de Dieu d'après nos Chansons de geste

NOS Chansons de geste ne sont pas des Traités de théologie, et il ne convient pas de demander à leurs auteurs de longues dissertations sur la nature, les attributs et les perfections de Dieu. Elles contiennent d'ailleurs quelque chose de plus péremptoire qu'une dissertation : elles nous offrent presque à chaque vers la constatation simple et naïve, sans affectation, sans apprêt, de la croyance universelle des siècles pendant lesquels elles ont été écrites. Le mot «Dieu» est presque toujours suivi, dans nos Épopées nationales, d'une ou de plusieurs épithètesqui varient suivant les besoins de la versification, mais qui peuvent se réduire à un certain nombre de formules d'une beauté véritablement incomparable.

Avec la liste complète de ces très nobles épithètes on pourrait réellement composer toute une Théodicée.

Une des qualifications le plus souvent accolées au mot « Dieu » est celle-ci : Diex Vespirital. On trouve mille et dix mille fois cette belle parole dans nos Chansons de geste. Elle suffit à jeter un abîme entre les épopées chrétiennes et

DANS l'épopée FRANÇAISE. II9

les poèmes païens. Résumez tous les poètes de l'antiquité : à eux tous, en leur adjoignant la plupart des philosophes, ils n'ont pu trouver ce simple mot qui est devenu une cheville dans nos vers du douzième et du treizième siècle: «Dieu qui est pur esprit, Diex Vespirital. »

Le Dieu de nos Chansons de geste est réellement le Dieu « adoré en esprit et en vérité » ; c'est le Dieu que célèbrent à l'envi les liturgies catholiques de l'Orient et de l'Occident et qui est le « seul vrai Dieu, ami des hommes, ineffable, invisible, incompréhensible, sans commencement, éternel, hors du temps, insondable, immuable, créateur de tous les êtres et rédempteur universel ». C'est le Dieu dont saint Bernard, contemporain d'un grand nombre de nos trouvères, a dit avec un enthousiasme si exact: « Il est la toute-puissante Volonté, la Force souverainement aimante, l'éternelle Lumière, la Raison immuable et la suprême Béatitude. » C'est le Dieu dont saint Anselme et Hugues de Saint- Victor parlaient avec tant de profondeur au moment même où nos vieux poèmes étaient chantés dans nos châteaux et sur nos places publiques. Mais c'est ce Dieu compris et exprimé par des poètes populaires. UEntn'e de Stagne va cependant jusqu'à l'appeler « la divine Substance (i) », et l'auteur savant de la Prise de Pampelune lui donne des noms aussi théologiques : « L autisme Sustance, V autisme Vertu (2). » Dans la Chanson de Roland (3) et dans presque tous nos poèmes. Dieu est surtout qualifié de glorieux, et par ce mot il faut entendre à la fois la suprême Béatitude, la suprême Puissance, la suprême Invisibilité. On peut rapprocher de cette expression les suivantes, qui sont à peu près synonymes : « Le Dieu de majesté, le Roi du monde, le Dieu du paradis, le Roi très grand qui est au-dessus de nous ("^). » Les autres attributs de Dieu ne sont pas exprimés avec moins de clarté. Le Dieu de nos épopées est tout-puissant ; nos héros le savent bien dans leurs angoisses, et Roland qui va engager contre

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