Prise de Pampelune, édition Mussafia, vers 514 et
3. « Tûtes vos anmes ait Deus li glorieus. » Roland, vers 2196, etc, etc.
4. Berte ans grans pies, éd. P. Paris, p. 27. — Girars de Viane, éd. P. Tarbé, p. 17. — Prise de Pampelune, éd. Mussafia, vers 553 et 4193.
l'idée religieuse
le géant Ferragus une lutte très inégale : « Sa force, dit-il, « n'est qu'un souffle de vent, et un peu de pluie en vient à « bout ; mais toute force réside en Dieu (i). » Ce Dieu est éternel, et à tout instant nos poètes s'écrient : Cil Damedex qui fu et est et iert (^) ; et encore : Diex fu tôt tens et ne doit, fins avoir (s). Un mot presque sublime sert à affirmer, dans nos poèmes, la providence de ce Dieu qiii haut siet et loin voit (■^) : dans Gi?'ars de Viane on lit ce beau vers : Se ni^aïst Diex qui establit les lois (5). Nous pourrions multiplier ces citations et prouver jusqu'à la dernière évidence la profonde orthodoxie et l'élévation populaire de notre théodicée épique.
Parmi tous les titres que les poètes français prodiguent à Dieu dans leurs vers, ils se complaisent surtout à répéter celui de Créateur. Rien n'était en réalité plus utile. Le dogme de la création avait été inconnu de toute l'antiquité païenne, et la triste croyance à l'éternité de la matière se retrouve au fond de presque toutes les cosmogonies et de toutes les philosophies anciennes. Il fallait vigoureusement protester contre cette erreur désastreuse, et c'est ce que firent presque involontairement les auteurs de nos Épopées nationales. Il est peu de pages dans leurs œuvres où l'on ne lise ces mots:/'^r Deule Creator ; por Dell qui tôt forum (*^).
Il nous serait encore facile de citer ici plusieurs milliers d'exemples; mais il nous suffira de répéter que les plus grandes erreurs du paganisme et de la philosophie antiques, le poly-
1. Charlemagne par Girard d'Amiens, Bibl. Nat. fr. 778, f» 144, v°.
« Quar tele force n'est fors ç'iin trespas de vent « C'un poi de pluie abat assez legièrement, « Et c'est Diex desus touz où toute force apent. « Et je l'aim, dit RoUant, et le croi fermement. »