Ibid., chant i
1 24 l'idée religieuse
rieux (^) }>. Il y a plus : très souvent, dans Xllîade, Jupiter reçoit simplement le nom de « dieu » au singulier. O magnifique singulier, et montrant jusqu'à quel point la notion d'un Dieu unique avait persévéré dans toutes les religions ! (i Lors « même, dit Phénix à Achille, lors même que Dieu me pro- « mettrait de me délivrer du fardeau de la vie, je ne voudrais « pas rester loin de toi, mon cher enfant (2). » Et ailleurs, Ménélas se laisse aller à dire : « Dieu lui-même nous a envié cette félicité (3). » Mais un jour Jupiter a voulu donner aux dieux assemblés une idée de sa toute-puissance et de leur faiblesse. Il ouvre ses lèvres divines et, par une superbe image, leur fait comprendre la force de sa divinité. Qui pourra jamais lire ces admirables vers sans frémir, et même sans pleurer d'admiration ? « Écoutez-moi, dit Jupiter, écoutez-moi « vous tous, dieux et déesses : je veux vous dire ce qu'en mon « sein m'inspire mon cœur... O divinités, faites une épreuve. « Laissez tomber du ciel une chaîne d'or, suspendez-vous « toutes à son extrémité : vos plus pénibles efforts n'attireront « pas du ciel vers la terre Jupiter suprême arbitre.Maislorsqu'à « mon tour il me plaira de vous entraîner, j'attirerai la terre « elle-même et la mer ; j'attacherai ensuite la chaîne autour « du sommet de rabîme,et les choses resteront à cette hauteur: « tant je suis supérieur aux hommes et aux dieux (4). » Cette parole, si belle qu'elle soit, est cependant bien dépassée par une autre parole que prononça un jour le Dieu chanté par nos trouvères : « Lorsque je serai en croix, j'attirerai tout à moi », dit Jésus-Christ. La première parole nous donne la notion de la puissance, mais la seconde l'idée de l'amour.
Certes, si nous en restions là, on penserait avec raison qu'Homère a eu des croyances presque chrétiennes et une connaissance fort nette de l'unité et des perfections divines. C'est là, en effet, un des côtés de la médaille; mais regardons l'autre. Hélas ! tout est changé. Ce n'est plus la tête auguste de ce Jupiter qui ressemblait de loin à notre Jéhova ; c'est l'image de je ne sais quel roi puissant, mais colère et débauché.