‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 47 sur 161 · Iliade, chant viii · texte numérisé non relu

Iliade, chant viii

DANS l'épopée FRANÇAISE. I25

Jupiter a des sens, comme l'homme le plus matériel. Il a le sens du goût, il mange, et n'est pas sans aimer les beaux repas : « Hier Jupiter, suivi de tous les autres dieux, s'est rendu jusqu'à l'Océan, chez les irréprochables Ethiopiens, à un festin splendide (i). » Il a le sens de l'odorat : « Jamais, dit-il, mon autel n'a manqué du fumet des chairs rôties. Telle est la récompense qui ?ious est échue en partage (2). » Il n'est pas d'ailleurs le maître unique de la terre (3). Il est une puissance dont il dépend, dont tout dépend ; c'est le Destin : K Le père des dieux et des hommes déploie les balances d'or, y pose deux sorts mortels, celui des Troyens, habiles écuyers, celui des Grecs cuirassés d'airain, et les soulève en levant le milieu. Aussitôt le sort des Argiens l'emporte (4). » C'est là, comme on le voit, cette idée de la Fatalité dont on constate l'influence dans les tragédies de ce grand Eschyle qui est, par tant de côtés, comparable à Homère. En outre Jupiter n'est jamais représenté comme muni de la puissance créatrice, et c'est le fleuve Océan qui nous est montré dans \ Iliade, comme « l'origine de toutes choses (5) ». Nous sommes bien loin de «Dieu le Creator» qui, ainsi que nous l'avons dit plus haut(^), se trouve tant de milliers de fois dans toutes nos Chansons de geste.

Il semble que les deux tableaux que nous venons de tracer suffisent pour faire voir quelle distance infinie sépare, au seul point de vue de l'idée de Dieu, l'Epopée homérique de l'Épopée française et chrétienne. Oui, la distance est infinie : c'est un abîme. Le mensonge d'une part, la vérité de l'autre. D'une part, un Dieu plein d'appétits humains et tout à fait homme par les plus méprisables côtés; de rautre,un Dieu immatériel, créateur, indépendant, parfait. Et néanmoins, nous ne pouvons nous défendre d'admirer cet Homère, père de tant de poètes. Nous quittons à regret la lecture de ces chants si merveilleusement primitifs. La poésie humaine n'a peut-être jamais

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