I. /'jawwTc XVII, traduction nouvelle
Ainsî pourrait se terminer le chapitre, que nous avons voulu esquisser, de ce livre sur l'art comparé. Tous pourraient être conçus d'après la même méthode, et nous voulons laisser à nos lecteurs le délicat plaisir de trouver eux-mêmes cent comparaisons analogues. Le champ est vaste, les horizons sont séduisants, le voyage est beau. Puissent-ils se mettre vaillamment en chemin, et aller rendre une visite à toutes les littératures, à toutes les poésies des anciens peuples. Et puissent-ils, après les avoir longuement comparées les unes avec les autres, s'arrêter enfin dans la poésie et dans l'art de la Vérité, c'est-à-dire à Jérusalem, dans le temple où éclatent les cantiques du roi-prophète sur les lèvres des ancêtres du Christ !
NOUS en arrivons maintenant à la troisième et dernière partie de cette Histoire de la litte'rature catholique avant Jésus-Christ. Il ne sera pas inutile de faire ici une halte de quelques instants et de saisir par le regard tout l'espace que nous avons parcouru.
Après avoir, en d'indispensables prolégomènes, établi clairement quel est le sens des mots Art, Parole et Style, nous sommes entré en notre sujet et avons présenté à nos lecteurs une division générale de l'Histoire que nous entreprenions. Nous avons montré qu'avant comme après Jésus-Christ, il y avait eu dans le monde, même en dehors du peuple de Dieu, une littérature, un art véritablement catholiques, et c'est à l'étude de cette littérature et de cet art antérieurs au Calvaire, que nous avons jusqu'ici consacré notre attention. Déjà,deux parties de notre ouvrage sont esquissées: la première, que l'on pourrait intituler : « Histoire littéraire proprement dite ; J> la seconde : « Art comparé. » Seule, la première de ces deux parties était assez vaste pour recevoir une division.
Nous y avons d'abord considéré le livre de Dieu, puis les livres des hommes; et, parmi ceux-ci, nous avons tour à tour passé en revue les œuvres des philosophes, celles des historiens, celles des poètes, comme s'adressant à trois facultés de l'âme humaine, la raison, la mémoire et la sensibi-
lité. Rien, ce semble, n'est plus clair que tout ce plan qui sera également adopté pour l'histoire des lettres chrétiennes après l'incarnation de Jésus-Christ.
Mais à cet édifice il faut un couronnement. Ce que nous avons dit jusqu'ici ne suffit pas à bien faire connaître la catholicité des littératures anciennes. Quelle que soit d'ailleurs l'étude d'histoire littéraire que l'on entreprenne aujourd'hui, nous pensons qu'il est bon de terminer son œuvre par un dernier livre intitulé : « Examen des doctrhies religteîiseset morales particulières à telle époque et à tel peuple. » A plus forte raison, devons-nous nous livrer à cet examen dans un travail qui embrasse, durant quarante ou cinquante siècles, l'histoire intellectuelle du monde entier.
Quel ordre suivre dans cette dernière partie de notre cours ?
Nous proposerions ici de parcourir tour à tour toutes les littératures de l'antiquité et d'examiner successivement, chez tous les peuples, l'expression de leur pensée sur la création, sur l'homme et sur Dieu. Nous aurions ainsi une série de chapitres intitulés: Dieu, les Anges, l'Homme, r Enfant, la Femme. V Epouse, la Mère, le Prêtre, le Soldat, le Vieillard, la Nature, la Mort, et, dans chacun de ces chapitres, nous citerions, en les reliant entre eux, les passages de tous les philosophes, de tous les historiens, de tous les poètes, qui pourraient nous donner une idée exacte de ce qui a été pensé ici-bas de plus rationnel, déplus noble, déplus catholique, sur chacun de ces importants sujets. Chateaubriand, dans son Gé?iie du christianisjne, a donné l'idée de ce plan qu'il s'agirait aujourd'hui d'élargir et de mettre en rapport avec les progrès surprenants de l'archéologie et de la critique historique. Il y aura sans doute quelque charme à entrer dans ces galeries, dans ce musée, et de contempler, reproduits par la main de tant de peintres qu'on se réjouira de comparer entre eux, le portrait de la Femme, celui de la Mère, celui du Soldat, et tant d'autres types immortels, qui ont toujours subsisté et ne périront jamais.
ENFIN, nous avons terminé, pour les temps qui précèdent Jésus-Christ, la tâche que nous nous étions donnée. Nous avons ébauché à grands traits une histoire des lettres catholiques avant la venue de « Celui qui devait venir » : nous avons hâte d'en venir aux siècles qui ont possédé la vérité, au lieu de soupirer vers elle. Car enfin, jusqu'ici, nous n'avons entendu que des soupirs ; nous n'avons constaté que des aspirations et des désirs mêlés de larmes ; nous avons vécu, même chez le peuple de Dieu, au milieu de demi-ténèbres qui nous font, de lassitude, jeter un grand cri vers la lumière. Nous avons assez de ces ombres traversées par hasard de quelque beau rayon, nous avons assez de la caverne de Platon. Le jour, le jour, nous voulons le plein jour !
Il semble que nous ayons uniquement assisté, jusqu'à cet instant, à une cérémonie du temple de Jérusalem et à un entretien de Platon au cap Sunium : et ces deux scènes, en effet, résument tout l'ancien régime de l'humanité. Qu'avonsnous entendu au cap Sunium ? Des paroles imagées, vives, harmonieuses, ardentes, où l'on préférait la lumière à la nuit, mais sans bien connaître l'objet de cette préférence ; des paroles où l'on faisait un généreux appel à la conscience et à la raison, mais sans avoir le droit de compter pleinement sur l'objet de cet appel ; des paroles enfin où l'on se souvenait des traditions originelles, communes à toute l'humanité, mais sans bien préciser l'objet de ces salutaires souvenirs. Et qu'avons-nous vu sur la montagne de Sion ? Des autels en pierre sur lesquels on égorgeait des bêtes innocentes, avec la prévision que cet autel grossier et ce grossier sacrifice feraient place quelque jour à un autel spirituel, à un sacrifice infiniment plus pur et qui laverait l'humanité tout entière dans les flots d'un sang infiniment plus précieux.
Eh bien ! tout cela, en vérité, ne nous satisfait pas. Encore un coup, ce ne sont que des soupçons, et c'est de la certitude que nous avons besoin. Laissons, laissons la période des aspirations et des larmes : entrons enfin dans la période de la possession et de la joie. Nous allons maintenant étudier
l'histoire de l'Art en des temps et chez des peuples qui ont plus parfaitement connu le Vrai, goûté le Beau et pratiqué le Bien. Et nous pouvons nous écrier avec un des plus grands poètes du moyen âge :
Umbram fugat veritas, Vetustatem novitas, Luctum consolatio !