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Gui de Bourgogne, éd. Guessard et Michelant, v

134 l'idée religieuse

l'esprit des croisades, et le mot croisade vient du mot croix. La haine des musulmans enflamme toutes les poitrines de nos héros,et leurs yeux sont unanimement cloués sur le saint sépulcre de Jérusalem. L'amour de Jésus-Christ et la haine de l'islamisme : tels sont les deux pôles sur lesquels tourne toute notre poésie épique. Godefroi de Bouillon se reflète dans tous les personnages de nos gestes, dans Charlemagne, dans Guillaume d'Orange, dans Ogier, dans Roland. Ce sont d'autres Godefroi. Historiquement, ils ressemblent bien davantage aux soldats de la première croisade qu'aux héros mêmes dont ils portent le nom. Roland est un Tancrède embelli et sanctifié. Sous les fureurs d'Ogier on retrouve les colères de Bohémond. Turpin est un Pierre l'Ermite ou un Adhémar de Monteil agrandi. Mais surtout le grand but de tant d'efforts, c'est Jésus-Christ maître du monde, ce sont les chrétiens maîtres du divin tombeau. Nos poèmes ne ressemblent en rien à ces Nibelungen, vieux chants païens sur lesquels on a greffé je ne sais quel christianisme sans vigueur et sans sève. Tout est chez nous imprégné de Jésus- Christ. Une légende que nous trouvons dans la CJtanson (TAntiocJie résume admirablement toutes ces idées sur lesquelles nous aurons d'ailleurs l'occasion de revenir. Au moment même où le Sauveur va rendre sur la croix ce dernier soupir qui doit délivrer le monde, le bon larron Dimas élève la voix et lui dit : « O roi, fils de la Vierge, ta miséricorde est bien grande ; sauve-moi avec toi, quand tu seras au Ciel. Et tu devrais bien aussi te venger de ces félons Juifs qui te font tant de mal. » Et Jésus-Christ répond : « Il n'est pas encore né, le peuple qui viendra me venger avec des lances acérées et détruire les mécréants qui ont repoussé ma loi. Ce peuple qui exaltera la chrétienté, qui conquerra ma terre, qui délivrera mon pays, il ne sera baptisé que dans mille ans. Ils me serviront comme si je les avais engendrés ; ils seront mes fils, et je serai leur rtw«/.Leur héritage sera dans le Paradis céleste (»)!» Ce peuple que prophétise ainsi Jésus mourant, ce sont les Francs. Et X Iliade des croisés français, ce sont nos Chansons de geste.

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