‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 56 sur 161 · I. Chanson d'Aniioche, couplets VI et vu · texte numérisé non relu

I. Chanson d'Aniioche, couplets VI et vu

DANS l'épopée FRANÇAISE. 135

VI. — L'homme et sa destinée, nouveau parallèle entre Homère et nos vieux poèmes.

« T~A 'OU vient l'homme? Quelle est sa nature ? Où va-t-il?»

J y A ces trois questions, les Épopées françaises ont fait les très claires et très simples réponses du catéchisme : « L'homme a été créé par Dieu. C'est une unité parfaite composée de deux éléments, l'âme et le corps. Il doit retourner à Dieu, d'où il vient. »

Il n'en faut pas demander davantage à nos poètes. Quelle que soit d'ailleurs leur simplicité, ces réponses suffisent pour mettre nos épopées, au point de vue philosophique, bien au-dessus de toutes celles de l'antiquité. Mais quelle que soit la netteté de ces solutions,elles demeurent bien au-dessous de tous les développements que leur a donnés la théologie catholique. Tels sont les deux points que nous allons tenter d'éclaircir.

L'infériorité théologique de nos poèmes est par trop visible, et il est d'autant plus aisé de la constater que nos poètes ne reculent pas devant l'exposé complet de leurs croyances. Nous avons plus de cent professions de foi qu'ils ont placées sur les lèvres de leurs héros. Or, tous ces symboles épiques peuvent se réduire à ces quelques mots : « Dieu a créé de rien l'univers tout entier et, en particulier, l'homme qu'il destinait au ciel. Le premier homme ayant péché, toute l'humanité fut précipitée dans l'enfer ; mais Jésus-Christ descendit parmi nous et nous délivra des Démons, contre lesquels, soutenus par les Anges, nous sommes sans cesse appelés à lutter. Depuis lors, sont sauvés et conduits au ciel tous les hommes qui sont baptisés et qui ne meurent pas en état de péché mortel ; mais tous ceux qui ne sont pas baptisés vont en enfer. » C'est là le résumé exact de tout ce qu'on pourrait appeler « le Traité de l'homme », dans notre théologie épique. Nous avons voulu conserver à ce résumé la nuance même de l'original.

Sans doute, les plus importantes vérités, celles qui soutiennent le monde, sont renfermées dans cet exposé de la foi ; mais elles ne sont pas mises en une bonne lumière, et il est regrettable que des poètes catholiques ne soient pas entrés

136 l'idée religieuse

plus avant dans les belles ombres de nos mystères. Il ne faudrait pas croire que la théologie n'est pas poétique : la théologie est au contraire la substance de toute poésie. Tout laïques qu'ils étaient, nos trouvères auraient pu, ce semble, profiter davantage des sermons qu'ils entendaient et de la théologie dont ces sermons étaient nécessairement pénétrés. Hélas ! aucun poète n'en a voulu profiter comme il l'eut fallu: Dante lui-même, qu'on se plaît à décorer du nom de poète théologien, est resté, à ce point de vue, bien au-dessous de saint Bonaventure, qui était presque son contemporain, et nos épiques sont notablement inférieurs à Dante.

Etait-il donc contraire aux lois de l'épopée, était-il contraire aux exigences de la poésie de présenter, recouverte de la splendeur de l'image et accompagnée de l'harmonie du mètre, la véritable théorie de l'homme à l'oreille et aux yeux attentifs de tant d'auditeurs charmés?

N'auraient-elles pas en effet été ravies, ces générations chrétiennes, si, au lieu de s'en tenir à des généralités vagues, à des formules toujours identiques, les poètes épiques de la chrétienté avaient raconté la création de l'homme comme le faisait naguères parmi nous le plus poète de nos théologiens et le plus théologien de nos poètes: (( Dieu fit Adam de ses mains vivantes et l'anima du souffle propre de sa face. L'Église nous montre le premier homme armé du sceptre de Dieu, décoré de son verbe, ayant entre ses lèvres radieuses le glaive à deux tranchants de la parole. Et pendant que les oiseaux chantent leurs vives allégories, que les lions solennisent leurs rugissements, que les feuilles et les fleurs murmurent leur infinie musique, l'homme, au centre de ce concert universel, considère d'avance le Christ qui doit venir (i). »

Quel enthousiasme n'auraient pas éprouvé les auditeurs de nos épopées, si on leur avait fait lever le front à la pensée des grandeurs de l'homme, qui est ici-bas le Représentant, le Prêtre, le Chantre intelligent de la nature matérielle tout entière, qui est le vicaire-né de Dieu, le Dieu du dehors. « Les petits enfants eux-mêmes qui vagissent dans leurs langes et qui déploient leurs bras délicats comme des guirlandes de roses,ces frêles et pures créatures, ce ne sont pas des êtres de

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