I. Mgr Berthaud, évêque de Tulle
DANS l'épopée FRANÇAISE. 137
peu : ce sont des seigneurs plus grands que la terre, le soleil et les étoiles, qui doivent leur obéir ('). »
Non contents d'exposer ainsi la dignité singulière de l'homme, nos poètes pouvaient parler noblement de ses facultés, et prêter à leurs héros ces admirables paroles d'une des plus belles prières du moyen âge : « J'ai comme vous, mon Dieu, la mémoire, l'intelligence et la volonté. Par la mémoire je me souviens de vous ; par l'intelligence je vous connais ; par la volonté je vous désire (2). »
Le Péché originel est naïvement constaté par nos trouvères: ne pouvaient-ils pas très poétiquement en montrer la transmission à travers tous les âges, et remonter avec nous le cours de ce grand torrent ? Mais comment se fait-il que la seconde création de l'homme en Jésus-Christ n'ait pas excité davantage l'inspiration de ces poètes ? Jésus-Christ, le type et l'idéal de l'homme nouveau ; Jésus-Christ renfermant en lui tous les règnes matériels, le règne angélique, le règne humain et le règne divin, et déposant aux pieds de son Père l'hommage de tous ces règnes divers, c'est-à-dire de l'univers tout entier ; l'homme pouvant imiter Jésus-Christ et contenir en lui tout cet univers pour l'agenouiller aux pieds du même Dieu ; le Culte parfait établi pour toujours sur la terre ; Dieu se substituant à nous pour expier nos crimes, prenant la place de tous les hommes coupables et faisant cesser par toute la terre tous les anciens sacrifices, toutes ces effusions cruelles d'un sang innocent, mais sans mérites ; l'âme humaine pouvant désormais entrer dans la béatitude éternelle et Dieu occupé à sauver sans cesse le plus d'âmes possible ; l'homme enfin, ce trait d'union des deux mondes visible et invisible, devant ressusciter un jour tout entier avec ses mêmes traits, avec son corps, et appelé par là à représenter immortellement la création matérielle dans la Béatitude et dans la Joie célestes... certes, il y avait dans tous ces grands spectacles, il y avait dans toutes ces nobles doctrines de quoi inspirer plusieurs générations de poètes catholiques. Nos trouvères avaient des yeux, et n'ont pas connu ces lumières; ils avaient des oreilles, et n'ont pas entendu ces harmonies.