Giguet, Essai d^ encyclopédie homérique, page
DANS l'épopée française. I 39
Agamemnon malgré le destin. » Ce sont là sans doute de belles exceptions à la loi générale, mais ce ne sont que des exceptions. L'homme d'Homère n'est pas vraiment libre comme celui de nos épopées nationales : il y a un poids de plomb sur son libre arbitre. C'est cette pression dont Jupiter dit lui-même : « Le destin l'a voulu (i). »
Les facultés et la nature intime de l'homme n'ont pas été mieux connues du poète grec que ses commencements et sa mission terrestre. Sans doute Homère découvre une âme sous les ténèbres du corps ; il n'appartient pas en vain à cette grande race indo-européenne qui a trouvé de si beaux mots,dans son langage magnifique, pour exprimer les choses invisibles. Mais ce sont de pauvres âmes que celles qui animent le corps des héros grecs, et, pour laisser parler le commentateur que nous avons déjà cité et qui a vécu longuement dans la conversation d'Homère : « Qu'est-ce que la mort laisse subsister chez les héros homériques .-* Une âme, une vaine image, qui, dès que la vie a abandonné les ossements, s'échappe et voltige comme un songe. Dans la demeure de Pluton, il est quelque âme, quelque image, mais il ne reste plus de sensation if). » Cette ombre légère ne peut d'ailleurs franchir les portes de Pluton, si l'homme ne reçoit point les honneurs de la sépulture. Jusque-là elle souffre, elle gémit, elle revient sur la terre. Lorsque la flamme du bûcher a dévoré les chairs et les os que les nerfs ne soutiennent plus, elle entre dans l'empire des morts, et Proserpine lui ôte la science et la pensée. Pour rendre le souvenir à cette image inerte et vaine, il faut une cérémonie d'expiation. « Il n'y a, ajoute M. Giguet, rien de consolant, ni de moral dans cette doctrine informe qui semble née du besoin d'inculquer à l'âge héroïque l'usage des sépultures solennelles et des combats à outrance sur les corps des héros terrassés. Et que penser d'Orion qui, après sa mort, chasse encore dans la prairie d'Asphodèle les bêtes que jadis il a tuées ? Que penser du fantôme d'Hercule et de son arc toujours tendu qui épouvante la foule des morts (3) ?»
Quittons ces odieuses ténèbres, et laissons-nous consoler