Aubri le Bourgoin, éd. P. Tarbé, page
DANS l'épopée française. I43
C'est à l'issue d'avril, un temps doux et joli, — Quand les herbelettes peignent et que les prés sont reverdis, — Et que les arbrisseaux ont grand désir d'être en fleur (').
C'était à Pâques, quand hiver se finit, — Que les bois feuiHissent,que les prés sont fleuris, — Que les oiseaux chantent et ont grande joie, — Et que le rossignolet dit : « Oci, oci {•) ! »
Nous pourrions avec ces commencements de poèmes ou de couplets épiques, composer, en beaucoup plus de strophes, une sorte d'hymne descriptif intitulé : « Le Printemps. » Nous nous en tiendrons là. Le sentiment de la nature ne se fait guère jour chez nos trouvères que dans ces vers presque toujours identiques. Triste puissance que celle de la formule : elle peut tout gâter, jusqu'au printemps !
YII I. — Du surnaturel et du merveilleux dans la poésie épique. — Deux écoles en présence.
IL y a deux écoles épiques, il y a deux familles d'épopées. S'il a jamais été nécessaire d'établir cette distinction fondamentale,c'est au sujet du Surnaturel et du Merv-eilleux. Les épopées primitives et spontanées.telles que X Iliade et la Chanson de Roland sont en même temps des épopées croyantes. Les épopées artificielles, telles que V Enéide et la Henriade, sont en même temps des épopées sceptiques. Il est difficile de mettre en doute la crédulité d'Homère, des poètes hindous, de nos premiers poètes nationaux. Comment se figurer au contraire que Virgile, Lucain, Stace, Voltaire ou Boileau aient cru un seul instant au merveilleux mythologique dont ils ont fait usage, dont ils ont abusé ?
Entre ces deux écoles notre choix n'est pas douteux. Pour préférer Homère à Virgile, Roncevaux à la Henriade, il suffit d'aimer la sincérité ; il suffit de se rappeler que la grande règle du style est contenue dans ces très simples mots : « Dire ce que l'on pense. »
Contemplons un instant et voyons à l'œuvre les poètes des deux écoles. Ne craignons pas de prendre des exemples d'une