II. — L'époque celtique
LES archéologues établissent dans l'histoire de notre architecture trois grandes périodes : latine, romane et gothique, qui paraissent se reproduire exactement dans l'histoire de notre littérature.Il nous semble qu'il y aurait tout avantage à se servir de ces mots, dont le dernier sans doute est peu précis, mais qui sont généralement reçus et
AVANT LE XVIie SIÈCLE. 4I
parfaitement compris dans notre langue. Toutefois, avant ces trois époques, il faut placer les temps celtiques, et, après elles, les quatre périodes de la Renaissance, des XVII^, XVII U' et XIX^ siècles. Telle est la division que nous adopterons.
On ne connaît guère la littérature celtique, et l'on sait de quelle persévérance méritoire sont obligés de faire preuve les philologues qui cherchent aujourd'hui à reconstruire cette langue si imparfaitement connue,et dont il nous est restésipeu de textes authentiques. Tout ce que l'on sait, c'est que la poésie des Gaulois fut sans doute leur seule littérature ; c'est que cette poésie était orale, didactique,mnémotechnique et sacer dotale. Les Druides paraissent en avoir été les seuls dépositaires, et l'on n'en a pu scientifiquement en reconstruire aucun chant. Mais quand l'influence romaine eut étouffé le druidisme, il ne resta de cette vieille poésie qu'un certain nombre de légendes religieuses et nationales, dont le recueil s'enrichit à travers les siècles et sur la date desquelles les érudits ne sont pas d'accord. N^ous allons tout à l'heure constater leur influence dans les romans de la Table ronde.
Aucun peuple, d'ailleurs, ne s'est jamais laissé plus complètement et plus volontiers absorber par un autre peuple que les Celtes par les Romains. Ils se précipitèrent, ils se ruèrent dans la servitude et devinrent chez nous plus Romains que les Romains eux-mêmes. Ils mirent tout aux pieds de leurs heureux vainqueurs : leur religion, leur culte, leur langue, leurs mœurs, leur liberté. Ils furent soumis, ils furent serviles. A la période celtique succède rapidement la période latine.