‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 8 sur 161 · III. — La période latine · texte numérisé non relu

III. — La période latine

LA période latine de notre Histoire littéraire appartient presque tout entière au Christianisme. Ce qui relève un peu les Gaulois de leur abaissement aux pieds de Rome païenne, c'est leur soumission intelligente et méritoire aux pieds de Rome catholique. Il est, en effet, certaines conquêtes qu'il est honorable d'accepter et qu'on serait coupable de ne pas subir : telle fut celle de la Gaule par le Christ. Les nombreux martyrs gallo-romains, ceux de Lyon principale-

ment, couvrirent de gloire toute notre race, que trop de servilité politique avait déshonorée. Une noble et brillante littérature vint alors s'épanouir sur un sol qui semblait condamné à la stérilité, et c'est surtout la langue latine qui fut appelée à être l'expression vivante du génie gallo-chrétien- Le type le plus parfait de cette nouvelle littérature, c'est saint Hilaire de Poitiers, c'est ce grand défenseur de l'orthodoxie contre toutes les hérésies de son temps. Qui pourrait dire ce que serait devenue la Gaule sans les œuvres de cet adversaire de l'Arianisme, et si la conversion de Clovis, plus d'un siècle après, eût été réellement possible ? Ce qu'il y a de certain, c'est que la langue de ce docteur de l'Église est ferme,claire, logique; mais ce qu'il y a de non moins évident, c'est qu'elle ressemble étrangement à la langue des autres Pères de l'Eglise latine. Si parmi les poètes nous choisissons Fortunat pour exemple, nous serons légitimement amenés à faire la même remarque. Les vers de Fortunat sont élégants et d'une lecture aimable ; mais il est facile de se persuader qu'ils n'ont rien d'original, et que les jolis distiques de l'évêque de Poitiers auraient pu tout aussi bien être écrits dans toute autre partie de l'ancien Empire. L'originalité : voilà ce qui manque aux meilleurs esprits de cette période encore trop peu connue. Il est vrai que ce défaut est racheté par la haute portée religieuse de cette littérature uniquement préoccupée du Christ et consacrée à l'Église. Il est vrai que ces poètes, ces philosophes et ces historiens, qui n'ont pas de traits saillants dans l'intelligence, nous ont enfantés à la véritable Lumière, et qu'à cause de ce grand bienfait, nous pouvons leur pardonner l'uniformité d'un style oi^i le génie individuel n'a pas assez de place. Mais encore ont-ils été trop loin. Rien de plus beau, sans doute, que les poèmes de saint Avit .sur les commencements du monde et la chute originelle et ils mériteraient, à notre gré, d'être mis, dans nos collèges, aux mains de nos enfants; mais c'est, en définitive, une copie trop visible de l'antiquité classique. Plusieurs siècles après, Alcuin, les yeux fixés sur les mêmes modèles, méritera encore le même reproche, et ce sera le caractère des IX^ et X^ siècles, comme celui des IV^ V^et VI^ siècles de notre ère. Les vers surtout sont un calque servile de ceux de Virgile ou d'Ovide. Quant à la prose, on ne

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saurait en général lui adresser la même critique ; elle est plus chrétienne, plus indépendante de l'antiquité, qu'elle ne veut pas imiter d'aussi près et à laquelle elle est parfois supérieure. Elle possède la clarté et la précision ; mais, du reste, elle est à peu près la même en Italie, en Espagne et en Gaule. Nous ne saurions trop le répéter : c'est l'originalité qui fait défaut.

Cependant, quelques symptômes de réaction se font sentir. La race celtique n'est pas tellement anéantie que son esprit et ses légendes ne puissent traverser victorieusement ces siècles difficiles, et cependant ce n'est pas de là que viendra la littérature de l'avenir. Non, ce sera de l'élément germain. Les Barbares, peuples jeunes et fougueux, ne se sont pas anéantis devant la civilisation latine. Ils ont beaucoup emprunté à Rome ; mais il est deux choses qu'ils ont voulu garder avec une rigueur jalouse : leur droit et leur poésie. Leurs lois seront bientôt la base de notre droit coutumier ; quant à leur poésie, essentiellement nationale et religieuse elle deviendra la source de notre grande épopée française du Moyen Age, de nos Chansons de Geste, de notre Roland et de notre Aliscans. Pendant toute la période latine on a chanté des poèmes en tudesque, que Charlemagne se donnera plus tard la peine de réunir en un corps d'ouvrage ; on n'a pas tardé durant la même époque, à chanter des poèmes analogues en langue romane. Mais alors même que la langue n'est pas la même, l'esprit et la nature de ces chants sont germaniques. Charlemagne, dont nous venons de prononcer le nom, est celui qui peut-être a le mieux compris les besoins de la littérature en son temps. Il aime passionnément la belle langue latine et les traditions de l'antiquité ; il imite les anciens, et même il les copie ; mais en même temps il écrit une grammaire tudesque et rassemble avec sollicitude les chants nationaux de la race germanique : Barbara et antiquissima carmina scripsit niemoriœque inandavit ('). C'était se montrer intelligent jusqu'au génie, et, il est regrettable que ce grand exemple n'ait pas été mieux suivi.

Quoi qu'il en soit, lorsque nous arrivons au X*^ siècle, nous avons affaire à des idiomes puissants, qui, parlés depuis quel-

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