Roland, s'adressant la parole à lui-même, se dit
Qi soliés avoir en le vostre demaine,
Vint mil chevalier por la glesie romaine. {Entrée de Spagne, f" 223, v.)
II y a là une conception qui est particulière aux romans franco-italiens.
3. Gefreid d'Anjou lor portet l'orieflambe, Seint Pierre fut ; si aveit num Romaine,
Mais de Munjoie iloec oui pris escange. (Roland, v. 3093.)
DANS l'Épopée française. 171
la chair tous les jours de votre vie (i). » Et ce pape, digne du Dieu des bonnes gens, donne à notre héros l'absolution de tous ses péchés futurs, quelle que soit leur gravité, et ajoute que de toute manière le Paradis est assuré aux défenseurs de Rome. Si c'est une sottise, elle est forte ; si c'est une malice, elle est médiocre ; si c'est une calomnie, elle est odieuse. De toute façon, le bon Guillaume a raison de remarquer que jamais clerc n'a été si large (2). Je le crois bien.
Le pouvoir temporel, comme il est aisé de le deviner, n'est pas ménagé par ces poètes qui se plaisent ainsi à railler le pouvoir spirituel. Le même auteur du Couronnement Looys a ses idées faites sur le temporel des Souverains Pontifes : Rome, dit-il, appartient à notre empereur Charles. Et il ajoute : « C'est le Pape qui en est, dcsous lui, le gardien. » Par malheur, on n'attaque presque jamais un de ces pouvoirs du Pape sans attaquer l'autre. Aussi ne serons-nous pas surpris de trouver, dans nos poèmes, des attaques terribles, et même tout à fait sauvages, contre la primauté de l'Eglise romaine. Un singulier passage se trouve dans certains textes de la Chanson d'Aspremont : passage où toutes les idées de Frédéric II sont exprimées, et cela de son temps, avec une horrible crudité. Chose étonnante ! le passage n'existe pas dans tous les manuscrits, et c'est probablement une interpolation... Le vieux Girard du Fraite, ce barbare attardé dans son siècle et qui représente toute la première férocité des invasions germaniques, Girard est sommé par Turpin d'avoir à envoyer des secours à l'empereur Charles. Il s'y refuse énergiquement, et même veut assassiner le courageux évêque. Celui-ci échappe au danger, et, terrible, menace le meurtrier des foudres de Rome : « Le Pape, lui dit-il, va jeter sur ton pays l'interdit. » Ecoutez la réponse de Girard, et dites si elle n'est pas digne des plus mauvaises inspirations de Frédéric II. Le vieux baron nie les droits, même spirituels,
1. Se por lui, sire, fez hui cest vasselage. Char peuz mengier les jors de ton aage... Ne feras mes pechié qui te soit aspres N'en soies quites en trestot ton aage ;
En Paradis auras ton hebergage. f Couronnement Looys. éd.
Jonckbloet, v. 392 et suiv.