‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 86 sur 161 · I. A sp remont, p. 14, vers 47 et suiv · texte numérisé non relu

I. A sp remont, p. 14, vers 47 et suiv

DANS l'épopée française. 1 73

les mains duquel s'est égaré le bâton pastoral. Il n'a rien de sacerdotal, ni l'esprit, ni le cœur, ni la vie. Il est toujours armé, toujours à cheval. Au premier bruit de guerre il se précipite, et le voilà dans les camps d'où il sortira le dernier. « Mais pendant ce temps, que devient son diocèse?» Nos poètes eussent trouvé cette question singulière : ils s'occupaient bien de ces choses-là ! Les ouailles de Turpin, c'est la grande ost de Charlemagne ; son diocèse, c'est le camp ; on pourrait dire qu'il est le grand aumônier des armées de Cliarles; mais ce titre ne lui convient qu'avant la bataille. C'est alors qu'il prononce ses magnifiques sermons, et que, du haut de quelque colline, il bénit solennellement toute l'armée chrétienne ('). Après quoi l'orateur disparaît, et il ne reste que le soldat. Dans cet ensemble de duels qui constitue alors une bataille, Turpin ne se conduit pas autrement que ses pairs. 11 choisit un Sarrasin et se jette sur lui : <^ 11 est allé le férir par grande vertu, brise l'écu et déconfit le haubert du païen, lui plante son grand épieu au beau milieu du corps et lui donne un tel choc que le corps du misérable chancelle, et, à pleine lance, est abattu roide mort sur le chemin (2). » Turpin ne manque pas d'injurier son ennemi mort et de crier à pleins poumons: « ]\Iontjoie ! Montjoie ! 1> Il examine ensuite, en profond connaisseur, les faits d'armes des autres chevaliers et, toutes les fois qu'il se donne un beau coup de lance, il est heureux et l'applaudit : <^ Dist l'arcevesques : Cest colp est de baron (3) ! » Au lieu de verser le chrême, il verse le sang ; au lieu de conserver, il tue ; de ses mains ne sort pas la vie, mais la mort.La bataille devient-elle plus dure,Turpin devient terrible. Il ne se possède plus, il se lance en furieux dans la mêlée : <i Li arcevesques plus de mil colps i rent (4). » Il est entouré des cadavres qu'il a faits. A Roncevaux il atteint certainement les extrémités du sublime ; mai.-5 ce n'est pas comme évêque : « Seigneurs barons, dit-il, pas de mauvaise pensée ; — ne fuyez pas, au nom de Dieu — et que jamais on ne chante mauvaise chanson sur nous. — Il vaut bien

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