Aspremont, éd. Guessard, p. 4, vers 55 et suiv
DANS l'épopée française. 175
son conseiller d'un clerc, si ce n'est en ce qui concerne le métier de clerc, pour le confesser par exemple (i). » Triste et étroite doctrine, à laquelle nous ne serions pas éloigné de préférer même celle de Turpin. Celui-ci fait bon marché des biens ecclésiastiques. Il est d'avis « que les prélats achètent armes et chevaux, et qu'en temps de guerre ils effondrent leurs trésors pour les donner aux chevaliers (2). » Eh bien ! tout cela ne nous satisfait pas. Cet évêque porte-cuirasse et porte-épée, ce prêtre-soldat qui voit couler le sang avec un plaisir vif et qui rougirait de savoir chanter ses matines, nous déplaît autant que cet abbé avare et « amasseur >> qui veut circonscrire le prêtre dans l'enceinte étroite de l'Église, afin qu'il puisse thésauriser plus à son aise. Est-ce l'évêque tel que le comprend l'Eglise, tel qu'il est apparu tant de fois dans l'histoire ?
L'évêque catholique, quelle figure majestueuse ! Et comment se fait-il que nos épiques n'en aient pas, une seule fois peut-être, compris ni exprimé la majesté ?
L'Évêque nous apparaît à la fois comme un pasteur, comme un roi, comme un défenseur de sa cité. Son arme, ce n'est pas l'épée de Turpin : c'est la crosse qui est aiguë d'un côté pour éloigner le loup, qui est recourbée à son autre extrémité pour retenir suavement les brebis. Sa tête blanche est surmontée de la mitre, qui est en vérité aussi noble que la couronne. Cette mitre est comme le casque de ce combattant divin : elle rappelle le front de Moïse d'où sortirent de si beaux rayons après ses entretiens avec Dieu. L'Évêque doit, lui aussi, s'élancer au combat contre les ennemis de l'Église, ayant autour de sa face les très éclatants rayons de la Véritéfs). Un anneau brille à ses doigts : c'est son anneau de mariage avec la sainte Église, union dont les chastes transports doivent être immortels (4). L'Évêque, nous disent les livres trop peu connus de la liturgie romaine (5), doit être constant dans sa foi, pur dans son amour, et c'est dans la paix qu'il