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doit surtout se complaire. Ses pieds ont la beauté de ceux qui évangélisent la paix. Sa sollicitude doit être infatigable, comme sa ferveur ; mais, par dessus tout, il doit détester l'orgueil et aimer l'humilité d'un amour qui ne se laisse jamais vaincre ni par la louange ni par la peur. Il éloigne l'hérésie et le schisme des confins bien gardés de son royaume ; il établit fortement la Vérité contre toutes les erreurs. Il corrrige, il élève les mœurs ; il purifie, il réchauffe les âmes. Administrateur prudent des biens de son église, il envoie ses diacres porter en tous lieux le pain, le vin et la consolation à toutes les veuves, à tous les orphelins, à tous les pauvres. Si le Siège romain est en butte à quelque attaque mauvaise, l'Évêque s'émeut : il se sent le cœur tout plein de brisures douloureuses, et voilà qu'il se rapproche du pape menacé, comme les poussins se réfugient sous les ailes de la poule. D'ailleurs, il ne craint rien. Ce monarque spirituel est tout puissant dans sa cité. Il a devant les ennemis de l'Église la fière attitude de Boniface VIII à Anagni. Il se revêt de ses habits pontificaux, et il attend. Si quelque Attila se présente, il y aura toujours un saint Léon ; si quelque Théodose mérite une pénitence publique, il y aura toujours un saint Ambroise pour la lui imposer, et quelque Chrysostome ne manquera jamais aux souverains coupables. Tel est l'Evêque.
Le Prêtre n'a pas été mieux compris par les auteurs des Épopées françaises. Certes, ceux qui ont écrit nos poèmes n'étaient pas prêtres eux-mêmes pour avoir une si médiocre idée de la dignité sacerdotale. Combien peu nous avons rencontré, dans nos Chansons, de prêtres à la figure austère et aimable ! Il est trop aisé de voir que nos poètes étaient surtout désireux de plaire à la race militaire : ils ne manquent guère l'occasion d'établir, au bénéfice des chevaliers, un parallèle entre les soldats et les clercs : « Oui, dit Turpin, abdiquant sa gloire ecclésiastique, nous devons moult aimer les chevaliers. Tandis que nous sommes assis à notre beau dîner et que nous chantons matines, eux, ils combattent pour garder notre terre (i). » Voilà l'idée que ces poètes se faisaient d'un prêtre : « Un homme qui chante
I Asfiremoiit, éd. (juessard, p. 2, v. 6i-68.
DANS l'épopée française. 177
matines et qui dîne bien ! » Ils sont asseye rarement allés au delà de cette conception triviale. Néanmoins on trouve bien des fois, dans nos Romans, cette idée fondamentale : « que la Chevalerie est particulièrement instituée pour la défense des prêtres. » L'évêque de la famille des traîtres, qui expose dans Guidon le Code Ganelon, se garde bien de ne pas donner un conseil tout contraire aux chevaliers félons : « Fuyez les clercs, évitez les prêtres et les moines ; volez-les ; battez les Jacobins et les Cordeliers {f). » Hélas ! ces conseils n'ont été que trop suivis. Nous avons déjà vu quelle trace avaient laissée dans notre poésie épique les déprédations de Charles Martel (2). Dans Aspremont, Charlemagne lui-même s'écrie brutalement : << Par la foi que je dois à sainte Marie, pas un denier ne restera en abbaye, pas une croix, pas un calice (3). » Tout ce roman à'Aspremont et celui d'Henns de Metz se distinguent par une véritable jDassion anticléricale : « J'ai donné, dit Charles Martel, j'ai donné tout mon bien aux moines noirs. La France est réduite à rien (4). >> C'est aussi le langage que tinrent les pillards de biens d'Église pendant les neuvième et dixième siècles. Nos poèmes ont gardé le souvenir de ces vols imparfaitement réparés.
Ce sont les moines qui ont surtout inspiré la verve maligne de nos xovci'dx\z\ç.x?,.\^ç. Moniage Giiillaïune et le. Moniage Rainoart ne sont guères que des caricatures de la vie monastique. Le moins plaisant de ces deux poèmes est encore le Montage Guillaïune, où l'on trouve néanmoins un abbé, traître à son pays et traître à sa foi,entouré de bons moines qui vivent grassement, mangent finement et boivent sec (5). La conversion de Guillaume leur cause de véritables inquiétudes. Et pourquoi ? parce que le nouv^eau moine a un formidable appétit et qu'il épuise trop rapidement les provisions du couvent. Voilà ce que nos trouvères dégénérés avaient fait de cette