XIV.— D'une grande erreur propagée par nos Chansons
de geste. — Ce qu'il faut penser du baptême et de la
conversion par force.
L'IMPARTIALITÉ nous fait un devoir de nous élever ici, avec une énergie que nous aurons quelque peine à tempérer, contre l'intolérance et la cruauté de nos trouvères. Toutes les fois que, dans nos Romans, un royaume infidèle est conquis, toutes les fois qu'une ville infidèle est emportée d'assaut, l'empereur Charles ou ses pairs font baptiser DE FORCE tous les habitants : TOUS CEUX QUI REFUSENT LE BAPTÊME ONT LA TETE COUPÉE. Cette épouvantable barbarie est même passée à l'état de formule dans nos poèmes. Une chose qui passe à l'état de formule est une chose qui est acceptée, qui n'excite pas la répulsion générale.Est-il vrai que la théorie de la conversion sous peine de mort ait été à ce point admise et propagée par nos poètes ? Cette affreuse théorie était-elle à la même époque enseignée, ou seulement approuvée par l'Église? Enfin, que devons-nous penser de ces doctrines sanglantes et implacables ? Telles sont les trois questions auxquelles nous nous proposons de répondre.
Oue le baptême forcé ait été admis par les trouvères, c'est ce que nous prouverions aisément par cent textes accumulés. L'auteur de la Chanson de Roland, qui est le plus chrétien de nos poètes, n'a pas échappé à cette doctrine. « On mène les païens au baptistère.S'il en est un qui ne fasse pas la volonté de Charles, il le fait pendre, tuer ou brûler. On en baptise ainsi plus de cent mille (i). » Et ailleurs, dans la même épopée : <S( Il n'est pas resté dans la cité de Cordres un seul païen qui ne soit tué s'il ne devient chrétien (2). » Dans Gtii de Bourgogne, le païen Huidelon, sur le point de recevoir le baptême, entre le premier dans les vues de ses ennemis et leur dit : « Ceux de ma terre qui ne veulent pas croire en Dieu ni en sa bonté, coupez-leur la tête sans plus de retard (3). » Singulier moyen de les faire croire en la bonté de Dieu !
Dans Fierabras, l'amiral Balan est mis en demeure de se