Édition F. Guessard et H. Michdant, vers
DANS l'Épopée française. 185
prononcer entre le baptême et la mort : il hésite, et son plus impitoyable bourreau dans cet horrible instant, c'est sa fille Floripas qui s'est laissé baptiser... pour se marier avec Gui de Bourgogne : « A quoi bon tant de délais, dit à Charlemagne cette fille dénaturée, pourquoi ne le tuez-vous pas ? Peu m'importe qu'il meure ; je ne le pleurerai guère (1). » Ici l'auteur dépasse visiblement toutes les bornes de l'odieux. Une fille qui pousse joyeusement l'épée du bourreau sur la tète de son père, c'est un spectacle qui révolterait le cœur le plus dur. Floripas serait justement sifflée sur tous les théâtres du monde.
Flore et Blanchefleur est un roman d'aventures, et non pas un poème carlovingien : l'auteur, néanmoins, y a gardé toute la rudesse sauvage de nos épiques. Écoutez ces quatre vers qui sont la formule la plus complète de la théorie que nous stigmatisons : « Celui qui refusait le baptême — et ne voulait pas croire en Dieu, — Flore les faisait écorcher, — brûler vifs ou couper en morceaux. » Ganor, roi des Baléares, s'étant fait baptiser pour épouser la belle Aye d'Avignon, fait également couper le cou à tous ceux qui refusent le baptême :
Et cil qui ne se vout à ce fet acorder,
Li rois Ganor H fct le chief du bu coper (-).
Je ne connais que peu d'exceptions à cette règle cruelle. Dans le premier livre d'Ogier (3), le païen Caraheus, dont le poète nous a fait un portrait magnifique, est sommé de croire en Dieu. Il répond fièrement qu'il se laissera plutôt couper par morceaux. Les Français disent : « Karaheus est mult ber; — Milx li doit estre de sa grant loiauté, » et on lui fait grâce. A la fin de la Chanson d^Antioche, les barons chrétiens accordent un sauf-conduit à tous ceux des Infidèles qui ne veulent pas recevoir le baptême ; mais cette miséricorde est la suite d'un traité de paix et, en outre, il est bon d'observer que la Chanson d' Antioche a un caractère presque historique, qu'elle raconte des faits accomplis et constate des réalités. Il n'en est pas moins permis de conclure rigoureusement que