CHAPITRE I
La transformation des notions directrices.
Efifet médiocre des changements politiques sur les vicissitudes des formes littéraires. — Action d'un public modifié. — La transformation des notions directrices et son contre-coup dans la littérature : cartésianisme, « sensibilité », romantisme. — Gomment se transforment les idées? — Vérification des coïncidences efficaces entre certaines conceptions du monde et de l'homme et certaines modalités littéraires.
Il va de soi que les transformations sociales et politiques produisent des changements dans la littérature, même dans celle qui paraît le plus éloignée du forum et de la tribune aux harangues. La royauté étatiste qui triomphe avec Louis XIV détermina des formes littéraires que les survivants de la Fronde ne goûtaient qu'à demi, tant elles semblaient éloignées de la savoureuse truculence de Tâge antérieur : M"'' de Sévigné elle-même eut du mal à se faire à la
discipline de 1660. Les émigrés qui rentraient en France vers 1800 étaient de fort bonne foi, lorsqu'ils déclaraient ne plus rien comprendre aux œuvres en faveur, romans frénétiques et mélodrames excessifs : Bonald s'indignait et M™** de Genlis faisait la petite bouche, mais le prophète et le bas bleu tombaient d'accord pour attribuer au « génie des révolutions » mille nouveautés qui les choquaient.
Cette influence est moins forte cependant, à y regarder de près, qu'il ne pourrait sembler; ou plutôt elle n'a pas son point vif où l'on s'imagine trop souvent. C'est se leurrer qu'attendre directement, d'un ordre civique différent, un goût aussitôt renouvelé, des créations artistiques désormais originales. Ce n'est pas, évidemment, une entente nouvelle dans la Cité, l'adoption d'un Code, l'octroi d'une Charte ou l'installation d'un souverain qui peut provoquer l'abandon de formes d'art qui se trouveraient, du coup, démonétisées comme un billon suranné. M"® de Staël, à cette date de 1799, s'exagérait la portée artistique des renouveaux révolutionnaires : son livre De la Littérature paraissait annoncer une renaissance prestigieuse, issue sans intermédiaire de la récente transformation des institutions françaises ; il garantissait presque les effets poétiques, — enthousiasme et libre élan, simple naturel et dispositions civiques, — qui allaient résulter de « l'ordre dans la liberté », de « la morale et l'indépendance républicaines sagement et politiquement combinées » : or, l'esprit nouveau, en littérature, se manifestait au contraire, à l'écart de 1' « association
républicaine », chez des ci-devant nostalgiques ou chez des émigrés à l'intérieur, un Chateaubriand, un Senancdur, un Nodier; et les meilleurs représentants de la France transformée, J.-M. Ghénier, Ginguené, Legouvé, s'en-tenaient plutôt à des formes à peine modifiées de Tancien credo littéraire. Delille, après la tourmente, reprend sa place de prince des poètes avec une esthétique invariable. Il en est alors des lettres comme des arts, où les peintures à sujets antiques de David, joie des hommes de la Révolution, avaient été commandées par les Bourbons.
Dirons-nous qu'à cette date de 1800 Tesprit révolutionnaire avait épuisé déjà son effet? Mais 91 n'offre pas avec 1780 d'aussi grandes différences à cet égard que 1748, par exemple, avec 1760, quand Rousseau courbe vers lui des milliers de sensibilités qui semblaient l'attendre. Ce n'est pas, on le sait, 1851 et le Coup d'État qui marquent la fin des grands espoirs romantiques au théâtre, mais bien plutôt 1843. Le passage d'un état social et politique à un autre état, loin d'être un facteur immédiat de mouvement en littérature, n'est vraisemblablement, dans la plupart des cas, qu'une autre manifestation 'plus, tardive de changements déjà enregistrés par cet organe subtil, la sensibilité littéraire. Nodier prétendait que le règne de Napoléon avait rendu à la France « la littérature des dernières années du règne de Louis XV », une Muse couronnée « des roses factices de Dorât » : c'était peut-être, pour une bonne part, la Restauration qui s'annonçait ainsi sous le sceptre impérial.
Aussi Stendhal brouille-t-il quelque peu les choses lorsqu'il écrit, à propos de son style, qu'il juge
opposé à la manière « académique » chère aux petitsmaîtres de 1785 : « J'ai tâché qu'il convînt aux enfants de la Révolution, aux gens qui cherchent la pensée plus que la beauté des mots, aux gens qui, au lieu de lire Quinte-Curce et d'étudier Tacite, ont fait la campagne de Moscou ». En réalité, la passion de la liberté et Texpérience de la guerre, loin de détourner des classiques latins le public cultivé, créaient des affinités nouvelles entre quelques apparences maîtresses de l'Antique et les tendances de rheure actuelle : raison de plus pour goûter l'ancienne mythologie, les tropes et les figures du classicisme dégénéré, et pour ne point se délivrer encore « des Grecs et des Romains ».
Voyons ailleurs. L'Italie, entre 1789 et 1815, a passé par des alternatives d'assujettissement et de libération qui auraient dû, si la littérature était directement liée aux institutions, en modifier plusieurs fois l'allure et Taspect. Rien au contraire de plus constant que les formes littéraires d'uo pays qui ne sait guère encore que se préparer à un renouvellement de l'expression, mais qui retrouve avec joie, dans les vers de Monti ou de Salfi, de Cesarolli ou de Lattanzi. les procédés, les structures et presque les rimes qu'il avait aimés au temps de la servitude. « Même les meilleurs parmi les auteurs, les plus convaincus *et les plus sincères, continuent à suivre Métastase... Les idées nouvelles ne trouvent d'abord, pour s'exprimer, que des expressions conventionnelles, assemblées suivant des habitudes rei'ues,.. « P. Hazard.
Le même phénomène pouvait s'observer quelques
années auparavant, chez un autre peuple transformé. Les Etats-Unis séparés de la Métropole anglaise, en 1783, avaient traversé la crise qui, mieux que toute autre, devrait marquer son empreinte sur le génie d'un peuple : sa nouvelle dignité de nation obtenue de haute lutte,, sa charte conquise et proclamée. Or, nul historien de la littérature américaine ne note, dans le domaine littéraire, de changements véritables dont Tlndépendance serait le point de départ.
Même constatation pour TAUemagne après 1871.
Réalisant un vœu quasi-millénaire, donnant enfin une forme historique à ses rêves, elle ne trouve pas sans retard, dans le sentiment du fait accompli et de TEmpire assuré, le renouveau artistique annoncé par certains : c'est même, en attendant des influences autrement actives, la déconvenue de cette Renaissance manquée qui produit quelques (imvres intéressantes. Mais, en général, nulle transformation essentielle ne résulte directement, pour les lettres germaniques, de cette unification forgée dans les batailles, et les anciens écrivains se contentent d'ajouter à leur lyre une corde qui est aussi souvent de laiton que d'airain : une Jeune Allemagne littéraire ne naîtra qu'à une dizaine d'années de là, et l'on pourra écrire en toute sincérité, vers 1894 : « Nous pensions qu'un âge nouveau, comparable peut-être à celui des Hohenstaufen, allait poindre pour notre poésie. Nous croyions à chaque instant ouïr la grande voix qui proclamait l'avènement de cette ère fortunée... Jamais les circonstances ne furent plus favorables à une épopée allemande. Le
contre-coup des émotions ressenties vibrait encore au fond des âmes... Mais il semble que les yeux aient été aveugles et les mains paralysées; il est vrai que la médiocrité s^étala au jour, la bouche pleine de phrases creuses et de banalités ronflantes... » (B. Litzmann).
» Qu'est-ce à dire? Que la causalité n'opère point du /tout, comme on est tenté de le croire, entre ces ' deux ordres de phénomènes, et que les changements dans les institutions n'amènent point, automatiquement, des changements dans la représentation de la vie et Texpression des émotions. S'il se produit, à leur suite, une transformation, c'est par un effet indirect : par Taffleurement nouveau de milieux et de publics préexistants, conservant leurs goûts, mais les affirmant avec plus d'autorité — et non par une vive modification de groupes homogènes qu'une Constitution, un Empire, une Indépendance rendraient aptes à voir la vie sous un nouvel angle et à goûter des façons inédites de l'exprimer. Que, par exemple, des lecteurs amis des fortes émotions, des spectateurs enclins au franc rire et au pathétique sensationnel, des habitués de cabinets de lecture viennent remplacer, au rang le plus en vue du public, les habitués des salons et des boudoirs, tous les initiés, les pervers et les délicats de la veille, — et le répertoire des scènes à la mode, la production courante de la librairie ne tarderont pas à porter la trace de ce changement. La littérature satisfera à des exigences nouvelles dans lamesure où l'offre et la demande régissent ces sortes de choses. Le répertoire d'un théâtre ne saurait
être le même, si ce sont des marquises ou bien des poissardes qui vont s'asseoir au balcon. Mais c'est la carte et le cadastre du goût, non la nature de la création esthétique, qui se trouveront impliqués dans cette transformation : une nouvelle majorité ou une minorité impérieuse, fera triompher ses dispositions, et par là, sans doute, la production littéraire pourra être sollicitée vers d'autres voies. Mais déjà, avec cette action d'un public modifié sur atmosphère de la littérature, nous nous rapprochons du phénomène qui, mieux que toutes les variations de l'état poIitiq\ie et social, fait sentir son effet sur la production même, sur la conception et 1 élaboration des œuvres. On peut l'appeler la trans- ^ formation des notions directrices, et entendre par là es changements dans les manières profondes de sentir, d expliquer la vie et le monde, dans les accords tacites qm lient les intelligences d'une même époque. Assurément, dans l'intérieur d'une littérature, et parfois d un groupe de littératures, il y a une certaine continuité dans les idées générales, quelques ! données assez constantes qui oscillent plutôt qu'elles ne se métamorphosent : ce sont les armatures- i secrètes dont le vocabulaire des peuples marque
Une fixité relative s'y manifeste : Rivarol disait des mots que ce sont les vraies médailles de l'histoire, et Dante observait déjà que langues d'oïl, d'oc et de «s accordent sur les vocables qui signifient Dieu, cvel, terre, aimer, vivre et mounr. Encore y a-t-il place, dans le sens que peuvent prendre ces termes primordiaux, pour bien des sous-entendus et des
symbolismes divergents : l'oraison d'un brigand sicilien ne s'adresse sans doute pas tout à fait au même Dieu que l'effusion d'un mystique espagnol. Et ces concepts se combinant avec d'autres idées, de tels flottements suffiraient d'ailleurs pour rendre possibles, sous l'identité des termes à travers l'histoire d'un même peuple, des variations nombreuses : celles-ci produisent immanquablement leur effet sur l'économie des œuvres et des ornements de la littérature.
« J'ai souvent ouï dire à M. Despréaux, écrit J.-B. Rousseau à Brossette le 24 juillet 1715, que la philosophie de Descartes avait coupé la gorge à la poésie, et il est certain que ce qu'elle emprunte des mathématiques dessèche l'esprit et l'accoutume à une justesse matérielle qui n'a- aucun rapport avec la justesse métaphysique, si cela se peut dire, des poètes et des orateurs. La géométrie et la poésie ont leurs règles à part, et celui qui s'avise de juger Homère par Euclide n'est pas moins impertinent que celui qui voudrait juger Euclide par Homère... »
Ainsi transmise, la pensée de Boileau risque de n'être pas strictement conforme à l'intention du maître, et les explications de la fin sur les procédés de la géométrie et de la poésie, sur Euclide et Homère, en rétréciraient plutôt la portée. Mais il est curieux de noter, chez le principal esthéticien du classicisme, l'indice d'une préoccupation qui va loin. De fait, on a souvent étudié, soit 1' « esthétique » de Descartes, soit les rapports de chronologie et de
logique par où la littérature du siècle de Louis XIV s'est trouvée dans la dépendance du Discours de la Méthode et du Traité des Passions. Concordances plutôt que dépendances, à vrai dire; affermissement, dans un système, d'un certain nombre de tendances éparses dans l'es dispositions générales et dans la mentalité des gens de lettres ; « température morale » 'enregistrée à la fois par une philosophie et constatée instinctivement par une littérature : mais interaction certaine, sur bien des points, en même temps que parallélisme.
En effet, la matière et Tâme séparées, le beau rôle attribué à la volonté, et plus encore à la clairvoyance, dans le cours et les fluctuations des « passions de Tàme^», une grande défiance à l'égard de la nature telle quelle, un solide crédit accordé aux forces conscientes de l'être humain : voilà qui assurait, au siècle cartésien, un u idéal d'idées claires » et tout un lest de netteté et de raison : si mille conflits, dans la littérature comme dans la vie, mettaient aux prises cet idéal implicite avec d'autres motifs d'action, de telles notions animaient à leur façon M"*® de La Fayette comme Boileau, Quinault tout aussi bien que Bossuet. Il faut peut-être, comme on l'a dit, que « la série jansénisme rencontre dans Racine la série tragédie » (G. Lanson) pour que des particularités émouvantes se manifestent ici dans la psychologie des héros et le développement de leurs destinées. Partout ailleurs, la répression du lyrisme — état trouble, irrationnel et inquiétant, — la fermeté du jugement et la sobriété des ornements rendent hommage sur tous les points à des maximes comme
celle-ci, qui se lisait au Traité des Passions : « Je ne remarque en nous qu'une seule chose qui nous puisse donner juste raison de nous estimer, à savoir l'usage de notre libre arbitre, et l'empire que nous avons sur nos volontés. »
On a ^lême ingénieusement remarqué (E. Krantz) que les fées de Perrault sont, à leur manière, des fées cartésiennes. Les métamorphoses suscitées par leur aimable baguette pourraient opérer les transmutations les plus folles, et la fantaisie asiatique ne se refuse pas à faire sortir un palais enchanté d'un caillou ou une princesse d'une plume de cygne voltigeant à la brise : nos fées opèrent dans le même plan, comme si elles étaient dirigées par des caprices raisonnables; et c'est une citrouille bien ronde et bien mûre qui est transformée, pour le bal de Cendrillon, en un beau carrosse doré, et un gros rat en un cocher moustachu. Timidité et logique de fées rationnelles qui se garderaient de brouiller les apparences et les analogies pour le vain plaisir d'exhiber leur pouvoir, et qui sacrifient, en somme, un peu de leur puissance au plaisir délicat de respecter les concepts logiques des choses.
C'est dire que la modification d'un tel substratum d'idées ne peut manquer de s'accompagner à son tour de changements parallèles dans la littérature. Après une courte période mettant aux prises un rationalisme de plus en plus intellectualisé et une tentative de retour à l'enthousiasme religieux et à la croyance aveugle et mystique — période qui subissait trop vivement encore l'emprise du « grand siècle» pour aboutir aune expression originale, — le
plein xviii* siècle accepte la réhabilitation enthousiaste de la Nature, le triomphe de la « sensibilité » n/ qui devient la norme de toute vertu et de toute beauté. L'homme sensible, tel que la Nature l'a formé, est comme un vestige de cette « condition^ ^ primitive de l'homme » que Talluvion sociale a recouverte : aussi n'en faut-il jamais récuser le témoignage, ni douter que Toeuvre d'art qui fait appel à la sensibilité, et qui y réussit, ne porte un signe profond de perfection. De Rousseau à Bernardin de Saint-Pierre et de Diderot à S. Mercier, à travers les influences entre-croisées de Gessner. de Thomson, de Richardson, tout près de Greuze et de Vanloo, les « délices du sentiment « prodiguent leurs prestiges. La vertu, le bonheur, la passion, le devoir n'existent qu'en raison de l'ébranlement du cœur. Des interprétations optimistes de la Nature dominent les œuvres les plus expressives des alentours de 1760, font craquer les conventions d'une sociabilité exigeante et machinale, dirigent l'affabulation des romans et des pièces où les élans spontanés luttent douloureusement avec les prescriptions de la société, alimentent un pathétique direct et des métaphores véhémentes. Cependant l'esprit rationaliste n'entend pas abdiquer ses droits ; le principe d'évidence est maintenu sans doute, mais il s'applique, en littérature, à se transformer en cette « évidence du sentiment » que célébrait Jean-Jacques. Les « âmes sensibles » s'opposent aux « têtes froides » ^ qui prétendent maintenir l'antique raison dans ses privilèges et qui souvent ne sont que les serviteurs automatiques d'une règle surannée.
D'ailleurs, la « sensibilité » duxviii*' siècle ne comportait encore qu'à ses moments les plus aigus le sentiment exalté de l'unité du monde ou de la vie ; des habitudes sociales trop enracinées empêchaient la « nature primitive de l'homme » d'être quelque chose de plus qu'un regret assourdi, la hantise des idylles primitives de l'humanité. Cette nostalgie devient, pour le romantisme, une sorte d'actualité impérieuse :
Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime...
Et une perception vaguement panthéiste de l'univers, la sensation plus ou moins directe de la solidarité cosmique deviennent des foyers d'énergie personnelle, un recours contre le fait social et ses rigueurs. Comment cette recherche du divin dans la nature ou dans le développement de l'humanité n'aboutirait-elle pas à une poésie abondante, harmonieuse et colorée, à de vastes systèmes historiques et planétaires, à la glorification de la « divine » passion dans le théâtre et le roman, à des essais nombreux et faciles de religion et de morale que pénètre sans effort le souffle de Dieu ou l'Ame du monde? Il faudra parfois toutes les nécessités de la vie pratique pour contenir dans des limites artistiques ou intellectuelles cette libre expansion qui soulève les plus nobles esprits de 1830.
On sait enfin que le positivisme n'est pas sans des rapports étroits avec le naturalisme en littérature et, à un moindre degré, avec le Parnasse. Le déterminisme rigoureux dans l'ordre des faits constatés, rinlerdépendance des phénomènes que nous pou-
vons atteindre, se sont organisés d'une manière analogue dans les systèmes de Comte et de Littré et dans des types de romans et de drames pour lesquels « il n'y avait plus de mystères » ; une stricte cohésion de la trame poétique, l'absence de «trous », si l'on veut, d'hésitation et de clair-obscur, ne laissent pas d'apparenter l'affabulation des poèmes de Leconte de Lisle ou de Goppée à une philosophie qui révélait vers le même temps ce qu'on peut appeler la « température morale » des esprits cultivés.
Il ne faut pas croire que ces tréfonds d'idées n'agissent que sur la morale des poètes, le choix des sujets, l'agencement psychologique de leurs personnages, la conduite de l'action et la^ nature des dénouements. Même ces variations de fond auraient d'ailleurs chance, à elles seules, d'entraîner des variations de forme, puisque la nécessité de donner leur accent à telles ou telles modalités de la vie déterminerait des particularités de vocabulaire et de style, la prééminence de certains genres, etc. : on a constaté, par exemple, que des notions pessimistes, chez un écrivain moyen, semblent mettre en mouvement plus de substantifs que l'optimisme, infiniment plus riche de son côté en épithètes. Le genre descriptif et le poème didactique, avec toutes les malices et tous les « trucs » exigés par cette variété littéraire, — périphrases, transitions, etc., — avec les états d'âme moins spontanés que réfléchis qu'elle suppose, ne sont guère sympathiques à des époques de foi romantique, conviennent à merveille, en revanche, aux temps où l'adoration de la nature coïncide avec des procédés tout intellectuels
de connaissance, comme le milieu du xviii^ siècle. Le style poétique, la façon de percevoir et d'organiser les analogies émouvantes dont l'esprit attend la révélation, se trouve toujours lié directement à ce rythme profond des idées. Pierre Leroux observait dans le Glohe^ il y a près d'un siècle, qu'une révolution singulièrement riche de conséquences entraînait le langage des poètes, ses contemporains, — les jeunes romantiques — loin de l'ancien procédé de leurs ancêtres classiques. Pour ceux-ci, les comparaisons, poursuivant parallèlement une idée et une image, développaient avec soin deux thèmes que joignait d'un lien spirituel la pensée du poète; et Racine pouvait dire :
bienheureux milfe fois L'enfant que le Seigneur aime Qui de bonne heure entend sa voix Et que ce Dieu daigne instruire lui-même !
Loin du monde élevé, de tous les dons des cieux Il est orné dès sa naissance; Et du méchant l'abord contagieux N'altère point son innocence.
Tel, en un secret vallon, Sur le bord d'une onde pure Croît, à l'abri de l'aquilon, Un jeune lis, l'amour de la nature.
Loin du mo-nde élevé, de tous les dons des cieux Il est orné dès sa naissance ; Et du méchant l'abord contagieux N'altère point son innocence.
L'artifice de la nouvelle école poétique de 1830, et de Victor Hugo en pai*liculier, consiste au contraire, observait Pierre Leroux, « à ne pas développer l'idée
que Ton veut comparer à une autre, mais à développer uniquement cette seconde idée, c'est-à-dire rimage... C'est un véritable emblème. De même qu'on remplace le mot propre par une métaphore, ici ridée est remplacée par son emblème : on a pour ainsi dire la métaphore d'une idée ». Hugo peut écrire, pour suggérer la chute de Napoléon sitôt après son triomphe :
Il a bâti si haut son aire impériale
Qu*il nous semble habiter cette sphère idéale
Où jamais on n'entend un orage éclater !
Ce n'est plus qii'à ses pieds que gronde la tempête;
11 faudrait, pour frapper sa tête.
Que la foudre pût remonter !
Le foudre remonta ! — Renversé de son aire, Il tomba tout fumant de cent coups de tonnerre,
Les rois punirent leur tyran.
On l'exposa vivant sur un roc solitaire ; Et le géant captif fut remis par la terre
A la garde de l'Océan.
« Le poète ne développe pas l'idée de la grandeur . de Napoléon, mais il passe tout de suite à Timage ; il n'y a même pas de comparaison, le mot d^aigle n'est seulement pas prononcé. Style commun aujourd'hui, qui ne développe jamais l'idée morale en termes abstraits, mais qui prend toujours un emblème de cette idée, qui pour elle donne un symbole, et procède par allégorie, dans le sens restreint que nous avons donné à ce mot... »
Pierre Leroux observait fort justement qu'une sorle de synchronisme répandait ce procédé d'art dans tout le monde européen, puisque les lakistes
en Angleterre, Jean-Paul et ses imitateurs en Allemagne, et avec moins d'enthousiasme Byron, Gœthe, Schiller faisaient de ce style un usage fréquent, dont on se plaisait aussi à retrouver les traces ou les germes dans quelques poètes antérieurs. Il ne faisait qu'indiquer la raison profonde de ce phénomène général : la sensation plus directe de la solidarité^'V cosmique, vers le moment où le lien social paraissait, de divers côtés, manquer de sécurité, créait dans les sensibilités modernes mille affinités irrésistibles entre divers ordres de manifestations restées sans grand contact jusque-là; les anciennes « harmonies de la nature » devenaient de sublimes coïncidences pour l'esprit attentif et inspiré; la vie de Tunivers était un répertoire sensible où s'inscrivaient, en signes matériels, des remous et des frissons de la vie que la phénoménologie de l'esprit""^' ressentait en impressions parallèles. Et c'est ainsi que des nouveautés poétiques, dont il semblait aux attardés que ce n'étaient qu'amusettes de jeunes oisifs, rendaient compte à leur façon de transformations profondes de la pensée européenne.
Peut-être, en effet, étant chose subtile que manient des âmes plus frémissantes, la poésie est-elle particulièrement apte à ressentir les variations prochaines ou encore indistinctes des idées directrices d'une époque. Un Corneille, s'il n'a pas été influencé par Descartes, pressent avant l'heure le cartésianisme qui monte. Tandis que la Révolution française, en tant que bouleversement politique, n'exerce guère d'influence directe sur l'atmosphère de la création littéraire, cette même Révolution, devenue surtout
un ensemble d'idées, fait sentir dans la poésie ' anglaise son action, qui n'est pas toute de théorie sociale, et qui a été plus d'une fois constatée : c'est qu'alors la Révolution agissait comme une force spirituelle, alors qu'en France elle n'était que la matérialisation d'idées qui semblent avoir touché la littérature dès 1770 environ. On a remarqué récemment que la philosophie bergsonienne étant peutêtre la métaphysique la plus analogue aux dispositions sensibles et imaginatives de la poésie symboliste, celle-ci s'est trouvée Tavant-courrière d'une doctrine de l'intuition qui répugne aux chaînes rigoureuses du déterminisme positiviste, aux constructions intellectuelles qui figent l'évolution de la vie. Une même « instantanéité », l'absence de dépendances causales trop marquées, et ce que l'on pourrait appeler le sens de Témerveillement,' je ne sais quel ébahissement devant les choses, témoignent d'ailleurs, dans le jeune roman des dix dernières années, de dispositions analogues. Qu'on est loin, par exemple, avec ces notations souvent charmantes, — souvenirs d'enfance dépouillés de tout support rationnel, impressions successives qui passent sur les âmes comme des bouffées d'air sur un visage, dégustation aiguë des instants juxtaposés, — des romans anglais du xviii*" et du milieu du xix*' siècles I Ici l'empirisme britannique et sa recherche des consciences définies et stables créaient des histoires un peu massîves et pesantes, mais fermes et continues, offrant le tableau d'âmes que martelaient les destins, Joseph Andrew^s ou Cecilia, Adam Bede ou Henry Esmond, Jane Eyre ou David Copperfield.
100 LA LITrfRATLRE
C'est ainsi qu*à moins de se tenir, par quelque miracle, à l'écart de la température accoutumée d'une époque, un littérateur ne saurait s'affranchir des préoccupations dominantes qui forment la structure profonde de la vie de l'esprit dans une période donnée.
De fortes transformations dans l'attitude moyenne des consciences humaines entraînent donc, d'un effet évident, des modifications dans l'ordre littéraire. Par elles, la stagnation absolue est rendue impossible; et ce sont elles, sans doute, qui font paraître soudain désuètes et vieillotes des formules qui étaient jadis à la mode et ne correspondaient que trop, à leur date, à un stade intellectuel désormais suranné.
Les notions directrices ne peuvent manquer d'opérer des transformations dans la littérature. Mais comment ces notions elles-mêmes se transformentelles? Gomment s'opèrent ces substitutions, ce? interversions, ces glissements, ces progrès et ces déchéances? Par quelle usure s'affaiblit la vertu de principes sur lesquels, un demi-siècle plus tôt, tout le monde s'entendait? Quels heurts dégradants, quelles fâcheuses confrontations ruinent un idéal qui réunissait, d'un cœur presque unanime, les plus belles majorités? L'histoire des idées est une science trop neuve, ou du moins elle a été trop liée jusqu'ici à l'histoire des faits, pour qu'il soit aisé de répondre à ces questions : elles ne touchent d'ailleurs que de biais la vie des formes littéraires.
Ne croyons pas trop que les événements suffisent
à contrarier la germination ou l'extension des idées dans un sens donné. Une. catastrophe comme le tremblement de terre de Lisbonne a ébranlé un instant la foi du xviii® siècle dans les harmonies de la nature, mais n*a pas gêné sérieusement les théories les plus favorables à une finalité heureuse et humaine des choses naturelles ; et TefTarement même dont témoignent tant d'aveux contemporains est plutôt rindice d'une courte dissonance que d'une volteface réelle. Se produisant vers 1656, cette horrible démonstration d'une puissance cosmique hostile à l'homme eût semblé très rationnelle à des jansénistes cartésiens; elle eût, vers 1828, paru déceler une fougue toute romantique persistant dans certaines régions de la terre ; vers 1905, des catastrophes analogues ne font guère que signifier combien il est difficile, pour la science humaine, de prévoir tous les événements naturels.
Sans doute, les confrontations impérieuses d'une croyance générale avec des réalités contraires, ou qui semblent telles, proclament souvent la déchéance d'idées sur lesquelles vivait la majorité d'une époque. Un pouvoir politique se révèle, à l'user, insuffisant; une doctrine admise est démentie par des faits qui lui restent incommensurables. Goleridge n'a pas tort d'admettre, en gros, que « c'est une merveilleuse propriété de l'esprit humain, qu'une fois lancé dans une direction fraîche, il suit son nouveau chemin jusqu'à son aboutissement extrême, avec une persévérance obstinée et en admettant tous les corollaires imaginables. Et par les conséquences frappantes qui résultent de ces extrêmes, il a les
yeux ouverts sur son erreur : alors il est, soit ramené à un précédent sentier, soit muni d'une impulsion nouvelle qu-il suit avec le même entrain et qu'il admet avec le même exclusivisme ». Encore faut-il noter qu'il se produit aussi une usure des idées, lesquelles ne parvenant pas à enserrer tout le réel, laissant hors de leur atteinte un résidu trop considérable, se vident insensiblement de leur principe le plus actif, sont débordées et dépassées par un flot montant de phénomènes qu'elles n'étaient pas arrivées à encadrer. Trop de faits passent entre les mailles pour que nous ne soyons pas disposés à changer de filet.
Il faut se dire, de plus, que ces idées dominantes ne sont jamais des idées exclusives. Leur triomphe n'est pas une extermination; Taffleurement imprévu de leurs antagonistes manifeste surtout que les autres s'étaient trouvées reléguées à l'arrière-plan et loin de la rampe, quitte à reprendre des forces, à contracter de nouvelles alliances, à l'écart du théâtre où s'affadissent des énergies trop visibles et trop aff'airées. Là encore, la vie se plaît à dissocier ce qui fut assemblé et à réunir ce qui fut épars : et de ces éternelles combinaisons, de ces disjonctions incessantes résulte un kaléidoscope dont nous ne saisissons bien que les combinaisons arrêtées.
Enfin, il faut constater que, dans Thistoire des idées, l'etTort apparent, la propagande et les injonctions impérieuses aboutissent parfois à leur contraire : des ironistes ont souvent noté que l'anticléricalisme du xviii^ siècle avait été réchauffé dans le sein de l'enseignement des Jésuites. Par un saut
analogue, le rationalisme allemand des Nicolaï semble favoriser, par une sorte de paternité qui est un contraste, les effusions les plus mystiques; c'est au moment où le matérialisme du xix" siècle a fini d'organiser sa propagation que surgissent en face de lui des adversaires qu'il paraît presque avoir créés.
En réalité, la multiplicité du réel nous empêche de discerner tout ce qui subsiste d'éléments divers dans une époque. Elle semble d'accord sur une doctrine, un dogme, une foi essentielle : de fait, son unité est d'apparence et de surface, comme dans une foule qui paraîtrait applaudir de toutes ses mains, et dont une contre-épreuve révélerait les résistances. Seulement, son unanimité apparente est enregistrée par les témoins, acceptée par la postérité : et Von s'étonne que, les circonstances ayant varié, il subsiste encore autant d'adversaires qui menacent de devenir majorité à leur tour, et qui entraînent le centre indécis et la masse incertaine.
C'est ainsi que les idées directrices, à la fois effets et moteurs des groupes humains, déferlent, affleurent et « moutonnent » dans l'histoire. Or, cette crête d'écume qui blanchit au sommet de la lame, ce sont peut-être, déterminés par des mouvements de fond qui ne se trahissent pas toujours, une figure de poésie, un détail de psychologie littéraire, la prédilection donnée à un genre, l'heureux emploi d'un moyen secondaire d'expression.
« Les opinions religieuses des hommes, disait un philosophe, sont fondées sur les idées qu'ils se font
de la nature. » On pourrait avancer de même qu'en dernière analyse, la façon de considérer l'univers, les opinions avouées ou tacites sur la place de rhomme dans le monde, les postulats de toute une biologie inconsciente, déterminent les prédilections esthétiques des sociétés. Ces dépendances, à tout le moins, semblent fatales dans les littératures les mieux connues de nous, plus affranchies que d'autres des strictes exigences ethniques, religieuses ou morales.
Soyez persuadé de la dualité de la matière et de l'esprit, attribuez à l'homme un rang exceptionnel sur la terre, et félicitez-vous des atteintes que, sous le nom de civilisation, l'humanité a fait subir à la nature : comment ne pas maintenir la création littéraire dans un domaine privilégié, mais exigu, où la science de l'être huniain sera préférée à l'évocation des choses, où pourra bien être évoqué çà et là « un lieu champêtre et néanmoins agréable », où une langue à peine colorée, mais soigneusement épurée, admirablement nuancée, tirera de la pensée même, non de la sensation et du sentiment, ses meilleurs effets, où les « ornements » enfin résulteront plutôt de la convention que du libre choix?
Sans supprimer entièrement ce dualisme, retrouvez dans la. nature le vêtement d'un Dieu bienfaisant : Cœli enarrant gloriam Dei. Placez un être au-dessus d'elle, cherchez sa cause et son origine en dehors d'elle-même, et ingéniez-vous à découvrir les innombrables causes finales qui doivent faire de la création la demeure providentielle de l'homme: une littérature « harmonienne », celle d'un Bernardin ou
d'un LamartiDe, de maint poète anglais aussi, doit émaner d'une telle conception. De la cordialité pour le réel, même dans ses manifestations les plus humbles; une résignation attendrie, propice à de longues effusions d'Ame, guère favorable — à moins de dons spéciaux — à une vive plasticité dans la représentation des objets matériels; quelque mollesse en somme dans le fond et dans la forme, avec une fraîcheur d'intonation digne parfois du Psalmiste : ne serait-ce pas là que viendrait aboutir cette dis- ■ position, si conciliable avec un christianisme tout évangélique et adouci?
Faite? au genre humain un immense crédit, rien qu'à cause de la part de nalure en laquelle il reste, engagé, et ressentez avec irritation les obstacles opposés, par l'organisation de la société humaine, au libre jeu des forces primitives ; rapprochez de la création la plus consciente des créatures, et croyez aune force progressive qui, de proche en proche, gagnei*» tous les éléments de l'univers et les amènera quelque jour au triomphe de la solidarité : le goût de la propagande, (e frémissement devant toute tyrannie, la foi dans les résultats dérinitifs d'une éducation généreuse ne manqueront point d'animer une littérature émotive plutôt qu'artiste, guettée par la déclamation, mais singulièrement agissante l'âme des foules.
Absorbez davantage encore l'humanité dans forces naturelles; ne laissez pas les facultés maines s'écarter du Cosmos animateur; et puis des nécessités qui peuvent sembler provisoires cessent pas . d'exercer leur empire, que l'art
lOG LA LITTÉRATURE
moins profite de rexcelience imprescriptible de la nature. Elle est un «< répertoire » où paiisera Técri- Tain ou le peintre, uû le philosophe et le sociologue iront chercher leurs préceptes. Des œuvres al>ondantes et séduisantes, échos sonores et retlets colorés, ne manqueront pas de faire honneur à la grande inspiratrice qu'on n'invoque pas en vain. Vous mêlerez vraiment, comme le demande le poète, « toute votre âme à la création ». Mais peut-être mériterezvous la rude remontrance de saint Augustin : « Les hommes vont admirer les hauteurs des montagnes et les vastes flots de la mer. et les larges chutes des fleuves, et les rivages de TOcéan, et les révolutions des étoiles, — et ils s'abandonnent eux-mêmes. »
Hésignez-vous à l'absorption finale dans le grand Tout, sans espérer de privilège qui vous distingue des autres êtres périssables, et éprouvez, à côté du sentiment de la fragilité de l'individu, l'horreur sacrée de cette entité formidable, inhumaine et éternelle,
Le Pan mystérieux, insoluble problème,
/ et l'épouvante enfin de la causalité dévoratrice à laquelle rien n'échappe : une littérature surtout plastique, sensuelle et intellectuelle paraît impliquée dans une telle disposition, avec la recherche de la forme et le culte des images définies, avec la curiosité des conflits extérieurs de l'histoire et la joie païenne de l'instant présent.
Renoncez enfin à sonder l'énigme de l'être , mais éprouvez avec acuité tout ce que le temps a, pour l'homme, de momentané et de fragmentaire, et
avouez que le déterminisme institué entre les phé- S nomènes est moins un lien réel qu'une construction commode pour Tesprit : il y a chance que vous aboutissiez à « un lyrisme qui puise sou essor dans la vie même de Tàme, dans les songes intérieurs ou cosmiques, dans les paysages vus du dedans et ramenés à des élans émotionnels, dans les spectacles de la nature perçus en fonction de l'enthousiasme qu'ils déchaînent en nous m (T. deVisan), vibrations délicates que le rythme le plus souple, ou l'emploi des correspondances dont parlait déjà Baudelaire, ambitionneront de suggérer...
A côté de ces moteurs profonds, quoique lointains peut-être, de la vie de l'esprit, dirons-nous que les organisations sociales, les pédagogies et les rites systématiques sont d'assez faibles énergies? Nous y verrons surtout des manifestations parallèles, souvent concomitantes, parfois retardataires, de forces analogues. Il leur arrive de réaliser à leur manière, dans un autre domaine, des aspirations identiques. Mais comment leur attribuerait-on une efficacité égale dans le mouvement de l'esprit? Les hommes ne peuvent être modifiés sérieusement que par un seul agent, qui est la vie : à son défaut, ce sont les succédanés de la vie, une foi, un art, une doctrine vraiment vivante qui pourraient exercer le même pouvoir de modelage et de transformation que ce milieu par excellence de l'être humain.
Une littérature dépourvue, par aventure, de grands talents originaux , mais assurée de voir se
renouveler les notions directrices qui seraient au centre de son existence morale, conserverait sans doute la souplesse indispensable au rajeunissement de ses formes. Rien que par la variation de ces principes directeurs avoués ou secrets, le changement se produirait, sans éclat sans doute et fort insensiblement, mais sans risque d'immobilité ni d'arrêt. Encore une telle action est-elle favorisée par d'autres moyens, avec lesquels l'histoire littéraire a toujours eu à compter.