‹ La littérature de tout à l'heureChapitre 42 sur 56 · René Ghil : Traité du Verbe · texte numérisé non relu

René Ghil : Traité du Verbe

un jour de gaîté — le pince-sans-rire qui ne dormait pas toujours au fond du génial poëte. — Non pas qu'en effet les sons (puisque toute la nature lui est soumise) échappent aux prises d'une loi de coloration, sons et couleurs n'étant qu'une double et symétrique émanation de la lumière ; mais cette loi, sans rien d'absolu, est nécessairement individuelle: en sorte que le seul sens réel du sonnet célèbre est en une manifestation d'Arthur Rimbaud par la sorte spéciale dont cette loi s'empruntait de ce tempérament. Rien de plaisant dès lors comme de voir René Ghil discuter eu ce document personnel l'affirmation d'une vérité e : i soi, y relever des erreurs, préférer l'I bleu, l'O rouge, l'U jaune, puis substituer aux couleurs les instruments musicaux tels qu'il vient de les colorer : « A, les orgues ; E, les harpes ; I, les violons ; 0, les cuivres ; U, les flûtes. »

Charles Vignier, Mathias Morhardt : tous deux Suisses, tous deux ont donné, très jeunes, des essais d'une poésie personnelle, plus spirituelle et musicale le premier, plus sentimentale et picturale le second.

Vignier est un des artiste doués du sentiment le plus aristocratique de l'art que je sache.

Dans une coupe de Thulé

Où vient pâlir l'attrait de l'heure

Dort le sénile et dolent leurre De l'ultime rêve adulé. '

Sans l'avoir prouvé par des œuvres — car ses vers, ainsi que l'avoue leur titre, ne sont guère qu'admirables pastiches — il sait. Peut-être a-t-il reculé devant les .grands sacrifices qu'exige, de quiconque ose l'affronter, le Haut Rite. Mais de quel droit faire une supposition telle? Ou si c'est de voir un artiste digne de son art être, hélas ! absorbé par le journalisme, qui permettrait de souhaiter — si peu noin.treux sommes-nous qui sachions ! — que l'artiste pût recouvrer la liberté ? — Voici, d'un accent qu'il a seul, de naïveté fausse, de jovialité pointue, quelques vers encore de Vignier • peut-être serait-ce devenu ceci, à cette heure, les « adieux » lyriques et romantiques des poètes « à la lyre » :

Mon triste angelot Aux ailes lassées Viens je sais un lot Lot de panacées

Là bas c'est trop loin Pauvre libellule Reste dans ton coin Et prends des pillules

Sois Edmond About Et d'humeur coulante Sois un marabout Du Jardin des plantes

Page 1