‹ La littérature française au 19e; tableau généralChapitre 19 sur 90 · L INCONSTANT · texte numérisé non relu

L INCONSTANT

Collin d'Harlevillo 1755.1828

Inconstant! oh, voilà votre mot ordinaire! Eh! c'est pour ne pas être inconstant, au contraire. Qu'on me voit sur mes pas revenir tout exprès : J'aime bien mieux changer auparavant qu'après.

C'est que je fus trompé, c'est qu'il faut souvent l'être,

C'est qu'il est maint état qu'on ne peut bien connaître,

A moins que par soi-même on ne l'ait exercé :

Ce n'est qu'après l'essai qu'on est désabusé.

J'aurais pu me trouver dans cette circonstance,

Sans être pour cela coupable d'inconstance.

Je goûte d'un état; j'y suis mal et j'en sors;

Rien de plus naturel. Quoi ! Faudrait-il alors

Végéter sans désirs, sans nulle inquiétude

Et, stupide jouet de la sotte habitude.

Garder par indolence un état ennuyeux.

N'être heureux qu'à demi quand on peut être mieux ?

Vous mettez à ceci beaucoup trop d'importance.

M'allez-vous quereller pour un peu d'inconstance ?

A tout le genre humain dites-en donc autant.

A le bien prendre, enfin, tout homme est inconstant.

Un peu plus, un peu moins, et j'en sais bien la cause :

C'est que l'esprit humain tient à si peu de chose !

Un rien le fait tourner d'un et d'autre côté.

On veut fixer en vain cette mobilité :

Vains efforts! il échappe, il faut qu'il se promène;

Ce défaut est celui de la nature humaine.

La constance n'est point la vertu d'un mortel ;

Et, pour être constant, il faut être éternel.

D'ailleurs, quand on y songe, il serait bien étrange

Qu'il fût seul immobile : autour de lui tout change :

La terre se dépouille, et bientôt reverdit,

La lune tous les mois s'accroît et s'arrondit...

Que dis-je ? en moins d'un jour tour à tour on essuie

Et le froid et le chaud, et le vent et la pluie.

Tout passe, tout finit, tout s'efface; en un mot.

Tout change : changeons donc, puisque c'est notre lot.

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