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A LA RIME

Rime, qui donnes leurs sons

Aux chansons, Rime, l'unique harmonie Du vers, qui, sans tes accents

Frémissants, Serait muet au génie;

Rime, écho qui prends la voix

Du hautbois Ou l'éclat de la trompette ; Dernier adieu d'un ami

Qu'à demi L'autre ami de loin répète ;

Rime, tranchant aviron.

Éperon Qui fends la vague écumante ; Frein d'or, aiguillon d'acier

Du coursier A la crinière fumante;

Agrafe, autour des seins nus

De Vénus, Pressant l'écharpe divine Ou serrant le baudrier

Du guerrier Contre sa forte poitrine;

Col étroit, par où saillit

Et jaillit La source au ciel élancée.

Qui, brisant l'éclat vermeil

Du soleil.

Tombe en gerbe nuancée ;

Anneau pur de diamant

Ou d'aimant Qui, jour et nuit, dans l'enceinte Suspends la lampe ou, le soir.

L'encensoir Aux mains de la vierge sainte;

Clef qui, loin de l'œil mortel.

Sur l'autel Ouvres l'arche du miracle Ou tiens le vase embaumé

Renfermé Au cèdre du tabernacle;

Ou plutôt, fée au léger

Voltiger, Habile, agile coursière, Qui mènes le char des vers

Dans les airs Par deux sillons de lumière ;

O Rime I qui que tu sois.

Je reçois Ton joug; et longtemps rebelle.

Corrigé, je te promets

Désormais Une oreille plus fidèle.

Mais aussi devant mes pas

Ne fuis pas; Quand la Muse me dévore, Donne, donne par égard

Un regard Au poète qui t'implore l

Dans un vers tout défleuri.

Qu'a flétri L'aspect d'une règle austère, Ne laisse point murmurer.

Soupirer, La syllabe solitaire.

Autran 1813-1877

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