LE CAFE
... Il est une liqueur, au poète plus chère.
Qui manquait à Virgile et qu'adorait Voltaire :
C'est toi, divin café, dont l'aimable liqueur,
Sans altérer la tête, épanouit le cœur.
Aussi, quand mon palais est émoussé par l'âge.
Avec plaisir encor je goûte ton breuvage.
Que j 'aime à préparer ton nectar précieux !
Nul n'usurpe chez moi ce soin délicieux.
Sur ce réchaud brûlant moi seul tourne ta graine,
A l'or de ta couleur fais succéder l'ébène ;
Moi seul contre la noix, qu'arment ses dents de fer.
Je fais, en le broyant, crier ton fruit amer.
Charmé de ton parfum, c'est moi seul qui dans l'onde
Infuse à mon foyer ta poussière féconde.
Qui, tour à tour, calmant, excitant tes bouillons,
Suis d'un œil attentif tes légers tourbillons.
Enfin, de ta liqueur lentement reposée.
Dans le vase fumant la lie est déposée ;
Ma coupe, ton nectar, le miel américain
Que du suc des roseaux exprima l'Africain,
Tout est prêt : du Japon l'émail reçoit tes ondes,
Et seul tu réunis les tribus des deux mondes.
Viens donc, divin nectar, viens donc, inspire-moi !
Je ne veux qu'un désert, mon Antigone et toi.
LA POÉSIE — lo
A peine j'ai senti ta vapeur odorante, Soudain de ton climat la chaleur pénétrante Réveille tous mes sens; sans trouble, sans cahots. Mes pensers plus nombreux accourent à grands flots. Mon idée était triste, aride, dépouillée ; Elle rit, elle sort richement habillée.
Et je crois, du génie éprouvant le réveil. Boire dans chaque goutte un rayon de soleil.
Casimir Delavigne 1793-1843