‹ La littérature française au 19e; tableau généralChapitre 73 sur 90 · CARACTÈRE DE LA LITTÉRATURE DU XYII© SIÈCLE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE LA LITTÉRATURE DU XYII© SIÈCLE

Les grands écrivains du siècle de Louis XIV avaient reçu du siècle précédent l'exemple d'étudier l'antiquité; mais l'enthousiasme du goût remplaça pour eux l'idolâtrie de rénidition. Élevés au milieu d'unec^^î''3atio^ qui s'épurait et s'ennoblissait chaque iour, ils ne se réfugiaient plus tout entiers dans les souvenirs et dans l'idiome des Rouiains, comme avaient fait autrefoi:- quelques hommes supérieurs lassés de la barbarie de leurs contemporains ; ils étaient, au contraire, tout modernes par la pensée, tout animés des opinions, des idées de leur temps;

seulement leur imagination s'était enrichie des couleurs d'une autre époque, d'une civilisation, d'un culte, d'une vie différente des temps modernes. Ils rapportaient de ce commerce avec les Hébreux, les Grecs, les Romains, quelque chose d'étranger, une grâce libre et fière qui se mêlait à l'originalité native de l'esprit français. Les diverses couleurs des différents âges de l'antiquité dominaient en eux, suivant l'inclination particulière du génie de chacun. Racine et Fénelon ne respiraient que l'élégante pureté, la douce mélodie des plus beaux temps d'Athènes; ils choisissaient même parmi les Grecs ; ils avaient le goût et l'âme de Virgile. Bossuet, d'un génie plus vaste et plus hardi, confondait la mâle simpUcité d'Homère, la subUme ardeur des prophètes hébreux et l'imagination véhémente de ces orateurs chrétiens du iv® siècle, dont la voix avait retenti au milieu de la chute des empires et dans le tumulte des sociétés mourantes. Massillon était inspiré par l'élégance et la majesté de la diction romaine dans le siècle d'Auguste. Fléchier imitait l'art savant des rhéteurs antiques. La Bruyère empruntait quelque chose à l'esprit de Sénèque. M™® de Sévigné étudiait Tacite; et cette main délicate et légère, qui savait décrire avec des expressions si vives et si durables les scandales passagers de la cour, saisissait les crayons de l'éloquence et" de l'histoire pour honorer la vertu de Turenne. Quelquefois une idée perdue dans l'antiquité devenait le fondement d'un monument immortel. Bossuet avait entrevu dans saint Augustin et dans Paul Orose le plan, la suite, la vaste ordonnance de son Histoire universelle: et, maître d'une grande idée indiquée par un siècle barbare, il la déployait à tous les yeux avec la majesté d'une éloquence pure et sublime. Mêlant ainsi les lueurs hardies d'une civilisation irréguhère et la pompe d'une société poHe, il était à la fois Démosthène, Chrysostome, Tertullien, ou plutôt il était lui-même; et des sources fécondes où puisait son génie, rassemblant les eaux du ciel et les torrents de la montagne, il faisait jaillir un fleuve qui ne portait que son nom.

Vive expression des temps modernes et reproduction originale de l'antiquité dans ses âges divers, voilà donc les deux caractères distinctifs et dominants que nous présente le génie du XVII « siècle.

8alnt-IVIaro Glrardln 1801-1873

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