L'ACADÉMIE
5a fondation, les statuts, ses rapports avec le pouvoir. — Travaux
de rAcadémIe. — Le Dictionnaire. — Furetière. — M. de Vau-
gelns. — Sa vocation. — Les Remarques sur la langue française^
— La théorie de l'asage. — Objections et critiques. — La Molhe
Le Vayer, Ménage, le père Bouhours, FéneloD.
On est assez enclin en France à faire honneur au pou<* voir, en quelques mains qu'il soit tombé, de toutes les créations qui ont jeté quelque éclat sur le pays : pendant tant de siècles, c'est le pouvoir seul qui a tout fait ou tout empêché! 11 est convenu, par exemple, que Richelieu est le véritable fondateur de l'Académie française, et c'est un de ses titres de gloire devant la postérité. Il serait juste cependant de rendre aux gens de lettres l'initiative qui leur revient, et de montrer les funestes effets d'une protection qui fut médiocrement généreuse, et fit payer fort cher ses bienfaits.
Dès le XVI* siècle, il y eut des réunions libres de gens de lettres, de poètes surtout, que la sympathie et la déférence groupaient autour d'un chef. L'érudit Daurat d'à* bord, puis Ronsard, son plus docte élève, furent les pré* sidents de l'école si célèbre sous le nom de la Pléiade. Dès que Malherbe eut pris l'attitude d'un réformateur, il eut, lui aussi, un certain nombre de disciples qu'il menait
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haut la main et â coups de férule. Ils se réunissaient dans son galetas, s'asseyaient comme ils pouvaient, et présentaient humblement leurs ouvrages à la censure du maître. Bien que la société qui se réunissait à T hôtel de Rambouillet comptât plus de gens du monde que de gens de lettres, les questions de littérature et de beau langage y étaient àl'ordre du jour, et, pendant plus de trente années, tout ce qu'il y avait de beaux esprits en France vint rendre hommage à ce tribunal délicat i.
C'est dans une réunion de ce genre que l'Académie française eut son berceau. Un Mécène au petit pied, le conseiller Conrart, homme peu instruit, mais qui aimait et vénérait la littérature et les littérateurs, et qui avait la passion et le génie du procès- verbal , recevait chez lui régulièrement les illustres de ce temps-là, j'entends ceux qui étaient connus dans les ruelles et qui donnaient le ton aux rimeurs mondains. C'étaient Godeau, plus tard évêque de Vence, un des fidèles de l'hôtel de Rambouillet, le chaste et raide Gombauld, l'auteur d'Amaranthe et i'Endymion^ Gombauld qui troubla un instant le cœur de Marie de Médicis, le docte Chapelain, personnage d'une autorité considérable, et à qui l'on préparait un piédestal en face d'Homère, Habert, Cérisy, de Malleville, peu connus aujourd'hui, mais qui occupaient au Parnasse des sièges d'honneur. De prosateurs il n'y en avait pas. Balzac était déjà retiré dans son château. Descartes et Pascal ne comptaient pas encore, et ne comptèrent jamais pour ces nourrissons des Muses. Corneille et Rotrou n'étaient pas i) 'assez bonne compagnie pour être appelés. C était un
1. Voir sur Malherbe el sur l'hôtel de Rambouillet les leçons du volume précédent : La Littérature française des origines au xvii" siècle*
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petit cénacle de personnages fort inoffensifs et qui ne songeaient guère à troubler l'État. Us reconnaissaient pour arbitre, pour oracle, le plus savant d'entre eux, le grave Chapelain, l'iùvenleur des trois unités, et qui faisait de mauvais vers, mais en petit nombre, dans toutes les langues. Il leur expliquait les préceptes de la poétique, il leur inspirait le respect et l'amour des règles : c'était un homme d'ordre et d'autorité. Richelieu qui, comme tous les vrais tyrans, avait des prétentions littéraires, Richelieu qui n'aimait pas les réunions libres, qui avait plus d'une fois témoigné sa mauvaise humeur contre l'hôtel de Rambouillet, et qui, lui aussi, avait directement sous ses ordres sa petite académie des cinq auteurs, chargés de versifier ses tragédies, ne voulut pas laisser à la jeune société le temps de s'étendre et d'assurer son indépendance. Bois- Robert, son factotum dans les petites choses, qui jouait tous les rôles, celui d'émissaire, d'espion, de boufl'on et même de poète par-dessus le marché, fut par lui député et demanda de la part de Son Eminence aux hôtes de Conrart : a S'ils ne voudroient pas faire un corps et s'assembler régulièrement et sous une autorité publique. » Ils furent troublés, hésitèrent, et moitié par crainte de déplaire, moitié par vanité, ils consentirent. Le Parlement, de son côté, montra une certaine répugnance à enregistrer l'édit de fondation. Il craignait que Richelieu ne songeât à se former un conseil à lui et un nouvel auxiliaire contre ce qu'il restait de libertés publiques. De là la clause formelle ajoutée à Tédit (1635).
L'Académie ne pourra connoitre que de la langue françoise, et des livres qu'elle aura fdits^ ou qu'on exposera à son jugement.
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Les académiciens entendaient bien d'ailleurs se renfermer dans ces attributions. Us avaient eux-mêmes défini ainsi la tâche qu'ils assumaient € A'étdblir un certain i usage des motSy et de rendre la langue plus éloquente, » Bossuet dira plus tard c de tempérer les dérèglements d\m empire trop populaire. > Il ne faut jamais perdre de vue ce point de départ. L'Académie française, fondée à un moment où la société polie^ ou qui allait l'être, appelait tout à son aide pour se distinguer de celle qui ne l'était pas, devait natupellement entrer dans la même voie, et elle y a persévéré jusqu'à nos jours, peut-être avec trop de rigueur. Elle n'a jamais songé à enrichir la langue, mais à l'épurer, à lui donner de la noblesse , à la rendre plu^ éloquente. Elle n'a accepté que bien longtemps après les locutions et les termes que Tusage imposait. Aujourd'hui encore, dans notre société toute démocratique, le Dictionnaire refuse la naturalisation à une foule de mots que tant de révolutions en tout genre ont légitimés en les rendant indispensables. C'est que l'Académie n'est ni un guide ni un éclaireur : c'est une barrière. Nos impatiences se révoltent, cette lente circonspection nous irrite ; c'est un tort 2. Tout mot nouveau, né viable, a la force d'attendre, et même ne perd rien pour attendre. Il fait ses preuves chaque jour; il se place sous des plumes autorisées, il se produit à la tribune, au barreau; il se fait reconnaître comme étant de la famille. Après l'adoption du cœur, viendra Tadoption légale; elle ne peut pas ne pas venir.
i. On dirait aujourd*liiii un usage certain^ fixe, invariable. 2. Ce n'est pas l'opinion de Sainte-Beuve qui réclame vivemeot radmission de bien des intrus : baser. émottonneTf etc.
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Il y a deux cents ans, ou se préoccupait surtout d'excîlire, aujourd'hui il faut songer à admettre. Il y aura toujours le langage des honnêtes gens, et l'autre, mais le nombre des honnêtes gens augmente tous les jours.
Les premiers académiciens qui rédigèrent les statuts de la compagnie proclamèrent la liberté et l'égalité entre tous les membres. L'intention était excellente, la pratique bien difficile, pour ne pas dire impossible. Comment concilier la liberté avec la clause contenue dans l'article 1»^? a Personne ne sera reçu à V Académie qui ne soit agréable à monseigneur le Protecteur, > Le protecteur n'était pas tyran à demi. Non-seulement il excluait ou ajournait qui bon lui semblait, mais il donna l'ordre à l'Académie decensurer le Cid, Elle voulut esquiver, elle se débattit, chercha des faux-fuyants ; mais le moyen de résister à un homme qui lui faisait dire par l'inévitable Bois-Robert : «Faites savoir à ces Messieurs que je les aimerai comme ils m'aimeront! > Il fallut s'exécuter. Les sentimens de V Académie sur le Cidy rédigés par Chapelain , et dont La Bruyère a fait l'éloge, nous semblent une œuvre bien chétive, bien étroite surtout. On était fort embarrassé : il ne fallait pas mécontenter 'Richelieu d'abord ; ensuite il eut été téméraire de vouloir casser le jugement rendu par le public. L'Académie ne satisfit personne, ni Richelieu, ni l'opinion, ni Scudéry, ni Corneille, ni elle-même sans doute. Quant à l'égalité, les académiciens du xvii« siècle ne pouvaient guère s'en faire l'idée que nous en avons aujourd'hui. Il leur semblait tout naturel, par exemple, d'offrir une place parmi eux au petit- fils de leur second protecteur, le chancelier Séguier : cet académicien n'avait que dix-sept ans et s'appelait le marquis de Coislin. Pendant plus de
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ceat anuées les Coislin eurent un représentant à TAcadé* mie : c'était peut-être pousser un peu loin la reconnaissance. II y eut péril un nioment de voir la compagnie se recruter presque exclusivement parmi les gens de naissance; ce fut après Tinstitution des jetons. Les grands seigneurs qui n'y entraient pas, y voulurent faire entres les gens de leur maison : c'était autant d'économisé sur les gages. Bussy-Rabutin, qui ne fut jamais impertinent à demi, disait à ce propos :
Il faudra pourtant y laisser toujours un nombre de gens .. lettres, quand ce ne serait que pour achever le Dictionnaire, et pour 1 assiduité que des gens comme nous ne sauraient avoir en ce lieu-là.
Voilà les dangers qui menaçaient la nouvelle institution. Réussit-elle à y échapper? On n'oserait le prétendre. Le chancelier Séguier laissa à l'Académie une liberté relative, mais à sa mort, elle tomba sous le protectorat de Louis XIV (1672). Il lui donna une salle au Louvre pour tenir ses séances, des fauteuils et des jetons. Bientôt elle fut invitée aux fêtes de la cour, elle reçut sa part des raQraichissements offerts; enfin elle obtint l'honneur de complimenter le roi, tandis que la petite Académie (la future Académie des Inscriptions) faisait des devises pour Sa Majesté. Il fallut payer tant de bienfaits. Outre leb harangues officielles, fléau dont Racine priait Dieu de préserver le roi, l'Académie qui venait de fonder le prix d'éloquence et le prix de poésie, ne trouva pas de plus belle matière à offrir aux concurrents, pendant près de soixante années, que les infinis mérites de Louis XIV. Un jour, elle proposait le sujet suivant. « Quelle est de loulea
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les vertus du monarque celle qui mérite la préfé* rence? > Le roi,averti, modifia le lexte et se contenta de cette rédaction modeste : a Lsroi rCest pas moins distingué par les vertus qui font Vhonnête homme que par celles qui font les grands rois. > — Veut- on avoir une idée du ton de ces compositions consacrées à la glorification de Louis XIY et couronnées par l'Académie ? La Honnoye, un des lauréats, disait :
Sagesse, esprit, grandeur, courage, majesté, Tout nous montre en Louis une divinité !
Un autre lauréat (c'était une femme) s'écriait dans la prière qui terminait le poème :
Laissez-nous en jouir quelqueê êiècle» encore!
Ces fadeurs idolâtriques étaient le ton du jour. C'est aux académiciens en exercice que les concurrents empruntaient l'exemple et le modèle d'une poésie et d'une éloquence aussi plates que fausses. On sait combien Racine avait d'esprit et de goût, avçc quelle vivacité il saisissait et accusait les ridicules : tout cela l'abandonnait dès que la majesté surhumaine de Louis XIV se présentait à sa pensée. Il tombait au niveau, souvent au-dessous d'un Charpentier et d'un Leclerc. Est-ce bien lui qui put dire au jeune duc du Maine, âgé de quinze ans, qui avait témoigné quelque envie d'être de l'Académie : c Que quand même il ny aurait pas de place vacante, il n'y aurait pas d'académicien qui ne fût bien aise de mourir pour en faire wnc ?> Se figure-t-on les immortels tirant au sort le nom de celui qui aura l'honneur de mourir pour céder son fauteuil au fils du roi et de M"^ de Hou-
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tespan ? C'est encore Racine qui expliquait si ingénieusement le plaisir que trouvaient les académiciens à la composition du Dictionnaire, plaisir qu'ils firent durer longtemps.
Ce dictionnaire, qui de soi-même semble une occupation s! sèche et si ennuyeuse, nous y travaillons avec plaisir : tous les mots de la la^^gue, toutes les syllabes nous paraissent précieuses, parce que nous les regardons comme autant dinetru* ments qui doivent servir à la gloire de notre auguste protecteur.
Mais c'est trop insister sur ces misères. C'était l'esprit du temps, me dit-on de tous côtés. Soit. Mais alors pourquoi vouloir recommander éternellement à notre admiration un siècle, un règne qui imposa à une grande nation un tel esprit? Combien d'oeuvres supérieures nous a coûté cette préoccupation incessante de célébrer les hauts faits du roi? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle retarda singulièrement la composition du Dictionnaire qui ne parut qu'en 1694. Colbert, qui aimait à savoir comment et pourquoi il donnait sou argent, tomba un jour à Timproviste parmi les académiciens, et les surprit à l'œuvre. Ils y étaient depuis quarante ans (1675) et rédigeaient le mot ami. Si l'on en croit l'historien de la compagnie, Pellisson, ce ministre exigeant et peu lettré, sortit pénétré d'admiration pour la sage lenteur, la conscience, Térudition profonde qu^apportaient à leur tâche ces hommes éminents. Ce financier économe était donc ce jour-là en veine de générosité.
On sait ce qui arriva. Un des académiciens, qui faisait partie de la compagnie depuis plus de vingt ans, fit le Dictionnaire à lui tout seul et le publia. Cet audacieux
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s'appelait Furetière. On a réimprimé dans ces derniers temps les principales œuvres de Furetière i, le Roman bourgeois et les Factums. Le Roman bourgeois manque absolument de gatté : cela est long, froid, lourd. C'est dit-on, une satire assez fidèle des mœurs de la bourgeoisie de robe; satire bien superficielle et qui n^atteint pas le vif. Où est la verve, la joyeuse allure de Scarron ? Pas d'action, pas d'incidents comiques; d'interminables conversations qui rappellent le Cyrus et la Clélie ; çà et là quelques traits heureux, mais noyés dans un flux de paroles, plus d'amertume que de force, plus de méchanceté que d'esprit. Ouvrage écrit en courant d'ailleurs, et avec un sans-gène qui n'est pas de la grâce.
Les Factums sont bien supérieurs. Il n*y a rien de tel pour valoir tout son prix que de plaider dans sa propre cause. Furetière ne rappelle en rien Pascal, et les JProvinciales restent isolées dans leur incomparable beauté ; mais il fait penser à Beaumarchais, bien que l'avantage reste à celui-ci. Il y a dans les Mémoires plus de verve, plus de variété surtout, un plus habile mélange d'éloquence (souvent déclamatoire) et de comique; les deux auteurs excellent à embrouiller les questions. Il y avait dans Furetière beaucoup du procureur retors et subtil. C'était de ce côté peut-être qu'était sa véritable vocation. Il débuta dans le monde des lettres à peu près dans le même temps que Racine et Boileau. Il faisait partie de ces joyeuses réunions du cabaret où Molière, La Fontaine
1. M. Louis Asselineaa a réédité dans la bibliothèqae elzévirienne le Roman bourgeoiê^ et a publié chez Poulet- Malassis les Factums de Furetière. Naturellement il surfait légèremeol aoQ auteur ; mais il a feodo aux lettres un aervice vérilable.
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et Chapelle un peu plus âgés, donnaient la note aux autres. Il collabora à la paroi ie du Chapelain décoiffé ^ péché de jeunesse qui passa inaperçu, et n'empêcha pus TAcadérniH de lui ouvrir ses portes de bonne heure, et lorsque Boileau et Racine étaient encore peu connus. A partir de ce jour, ce fut un homme rangé, grand travailleur, et une des lumières de la compagnie. Il n'y a pas d'accusations, pas de calomnies que les collègues de Furetière n'aient lancées contre lui : à les en croire, sa vie privée est le résumé de toutes les turpitudes. A quoi se réduisent tous ses méfaits ? car Furetière n'est pas absolument irréprochable. Il fit paraître sous son nom, lui académicien, lui un des membres de la commission du Dictionnaire, un dictionnaire qui était bien son œuvre personnelle, mais qui devait naturellement faire grand tort à celui de l'Académie. Ce qui rendait le procédé moins excusable encore, c'est que l'Académie avait un privilège qui interdisait à tout auteur de lui faire concurrence. Il est vrai que Furetière avait trouvé le moyen de se procurer, lui aussi, un privilège. De là l'embarras des juges, et l'on eût été embarrassé à moins. Le roi, dont onréclama l'intervention, se récusa. Alors l'Académie se flt justice elle-Hième : elle chassa Furetière. L'opinion publique ne semble pas avoir ratifié cette condamnation.
Les Factums que Furetière lança d'une main ferme et infatigable eurent des lecteurs et un véritable succès. On admira cet homme qui, seul, avait mené à bonne fin un travail dont les quarante immortels ne pouvaient sortir» L'accusation de plagiat dirigée contre lui par ses collègues ne put se soutenir. Il cita dans ses Factums de nombreux articles de son dictionnaire , en mettant en regard
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les mêmes articles empruntés au dictionnaire de l'Académie : les différences sautent aux yeux. Il faut dire en outre que le plan diffère absolument. Furelière avait adopté Tordre alphabétique, le seul raisonnable dans un travail de ce genre, et que l'Académie suivit dans les éditions postérieures; il avait, de plus, donné place aux termes techniques que l'Académie jugea à propos d'exclure, comme n'appartenant pas au beau langage. Enfin, son travail, repris depuis par Huet, Basnage et les auteurs du Dictionnaire de Trévoux, fait le plus grand honneur à son savoir et à sa persévérance. C'est le jugement qu'en portent aujourd'hui tous les critiques impartiaux. — La lutte fut vive. Furetière attaqué dans son honorabilité, riposta. Il prit à partie les plus acharnés de ses adversaires, l'épais et lâche Charpentier, Tallemant l'ignorant, le sémillant Benserade , le fade Quinault, et enfln ce pauvre La Fontaine, qui s'était fourré, on ne sait trop pourquoi, dans cette bagarre. C'était un ami de jeunesse, un compagnon de folies; mais alors il commençait à se ranger, et il se mettait vaillamment du côté du plus fort. Furetière lui fit expier cruellement cette faiblesse de caractère, et il faut avouer qu'il en avait bien le droit. Boileau et Racine restèrent neutres. Ils ne voulaient pas se compromettre; mais toutes leurs sympathies étaient pour Furetière. Bossuet faillit se déclarer pour lui, et l'eût fait peut-être, si Furetière n'avait pas cassé les vitres. Le débat fut long et cruel. Furetière, bien que chassé, fit tête à toute l'Académie et en somme eut les honneurs de la guerre. Mais, lui mort, l'Académie prit sa revanche. Elle écrivit l'histoire de la querelle de ce style noble et grave qui impose toujours. Plus d'injures, plus de personnalités
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