‹ La littérature française aux XIXe et XXe siècles: tableau général accompagné de pages typesChapitre 13 sur 58 · L APPEL DU ROI · texte numérisé non relu

L APPEL DU ROI

LE ROI LOUIS XIV, à Vambassodeuf de Savoie*

Jj& Montf errât?... Jamais!... Votre duc voulait rire; Céder le Montf errât!

l'ambassadeur de SAVOIE, s' inclinant.

Vous y songerez. Sire.

LE roi, à V ambassadeur de Portugal,

Ohl pour le Portugal, je comprends le lien Qui rattache.....

LE THÉÂTRE - oâ

l'ambassadeur de PORTUGAL, à voix basse.

On entend, Sire, notre entretien...

LE ROI, avec indifférence.

Vous croyez!... L'Angleterre a travaillé, sans doute...

l'ambassadeur de PORTUGAL

Sire...

le ROI, irès haut,

Qu*ai-je à cacher, lorsque mon peuple écoute ? Monsieur l'ambassadeur, écartez ce souci :

Nous sommes en famille, on peut tout dire ici.

{S* adressant aux seigneurs.)

Vous ne le saviez pas, le Portugal nous aime I Le Portugal, messieurs, brûle d'un zèle extrême. Et tout irait au mieux, si, pour couper le mal. Nous suivions simplement l'avis du Portugal I Il s'agit tout d'abord d'abandonner l'Espagne, Moyennant quoi, messieurs, on finit la campagne. Voilà tout... c'est très clair. La Savoie, à son tour. Exige, au plus, de nous, six mille francs par jour. Soixante mille écus par mois. C'est peu de chose. Le Savoyard se donne I

(Se tournant vers les ambassadeurs.)

Ainsi donc on suppose Que nous sommes, ici, bien perdus et bien bas. Puisqu'on lâche après nous tous les petits États, Et qu'éveillant partout des morgues ridicules. On nous fait mordre au pied par les principicules 1

l'ambassadeur de PORTUGAL, indigné.

Sire ! .

LE ROI, avec autorité.

Vous entendrez jusqu'au bout, s'il vous plaît. Nous avons écouté vos discours au complet !

Or donc, on vous a dit que l'heure était venue D'arracher par lambeaux la France toute nue.

Et que, cachant l'ennui qui le ronge au dedans. Le vieux lion royal avait perdu ses dents I

On vous a dit cela, pour qu'avec tant d'audace.

Vous m'osiez marchander vos amitiés en face !

Me donner des conseils, vous à moi ! — C'est fort bien.

Mais, je le jure ici, vous ne connaissez rien.

On vous abuse. — Ouvrez vos oreilles avides :

On nous dit fort gêné, mais nos coffres sont vides ;

On ne nous croit que pauvre, et nous manquons de pain 1

Écoutez I... au dedans, la misère et la faim;

Au dehors, la fortune à nos armes contraire. —

Voilà la vérité qu'on n'eût pas dû vous taire.

Car vous eussiez compris qu'en un tel désarroi

C'est la pâleur au front qu'on aborde un grand roi

Et que la France, enûn, sur sa couche inféconde.

De ses deux bras mourants peut étouffer le monde !

Eh bien ! mon peuple est prêt pour les derniers efforts.

Plus de trêve aujourd'hui I... Nous nous sentons le corps

Assez ferme et dispos, malgré l'âge où nous sommes.

Pour monter à cheval, avec nos gentilshommes.

Et dresser, comme un mur impénétrable aux coups.

Nos quarante ans de gloire entre la France et vousl

(Se retournant,)

C'est plaisir de manger dans de la porcelaine.

Quand nos buffets vidés font notre bourse pleine.

Plus de froment, surtout^ c'est par trop délicat :

Nous mordrons comme un autre au pain noir du soldat.

Et si, jusqu'à la fin, le sort nous abandonne.

Pour le dernier combat nous fondrons la couronne...

Ça, qui de vous, messieors, veut mourir avec moi ?

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