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ORIGINES DE L'HISTOIRE

La préoccupation de fixer en l’écrivant le souvenir «des choses qui se sont accomplies parminous » (Luc. 1, 1) s’est manifestée de très bonne heure dans l’'Eglise. Le souvenir de Jésus ne faisait-il point partie de la catéchèse? Les effusions de l'Esprit-Saint, la conversion des païens, n'étaient-elles point des éléments de la plus ancienne apologétique? « Le mystère s'est fait voir dans la chair, a été justifié par l'Esprit, prêché aux nations, cru dans le monde » (I Tim. x, 16). Et de là « plusieurs entreprirent d’écrire l’histoire des choses qui se sont accomplies parmi nous, sur le rapport qu'en faisaient ceux qui dès le commencement les avaient vues de leurs propres yeux et avaient été les ministres de la parole » (Luc. 1, 1-2) : les sources des évangiles synoptiques (Mare, Luc, Mathieu), ces évangiles eux-mêmes, les Actes des Apôtres, sontletémoignage de ceteffort primitif. A cet effort se mêle une pensée d’apologie et une tendance à démontrer quelque chose : c’est déjà plus sensible encore dans l'évangile de saint Jean : « Jésus a fait beaucoup d’autres prodiges à la vue de ses disciples, ils ne sont pas écrits dans ce livre, mais ceux-ci sont

écrits afin que vous croyiez que Jésus est le Christ D]

fils de Dieu » (0. xx, 30-31). Des récits se produiront bientôt qui prétendront dire ce qui n’était pas encore écrit et démontrer autre chose que ce qui était reçu : faux évangiles, faux actes, que le docétisme, le gnos-

… /) re

ticisme, l’encratisme, ajoutent ou opposent aux véri- :

tables,,chose aisée en un temps où le canon ecclésias-

tique n’est pas encore défini. Il ne faudra pas moins de toute la ferme vigilance des églises, témoin la peine infligée à l’auteur des actes de Paul et de Thékla, témoin l'examen fait par Sérapion du faux évangile de Pierre, témoin les distinctions et les pres-

criptions du Muratorianum, pour protéger la foi indi-

viduelle toujours prête à secomplaire dans l’'apocryphe. Mais les églises apportent un sens sévère et comme judiciaire dans la critique des témoignages. Le jour où elles publient à leur tour des récits « des choses

qui se sont accomplies » sous leurs yeux, elles y

mettent la solennité qui fait des premières passions de martyrs de véritables actes publics de chaque église. Tout ce qui n’est pas public et contrôlé est apocryphe, c'est-à-dire secret, et déjà apocryphe est

synonyme de faux. Quant à chercher dans les deux

premiers siècles le souci d'écrire l’histoire à la façon des classiques ou seulement de Josèphe, si nous exceptons l’auteur du troisième évangile et des Actes chez qui il se trahit, partout il fait défaut : le bon Hégésippe dont on a pensé faire le premier historien ecclésiastique n’est rien moins que cela.

$ 4. — L'évangile avant les synoptiques.

Il est indubitable que dès avant que saint Luc en-

LÉ treprit de rédiger son évangile, « plusieurs avaient

Pen <

I LES PRIMITIES. 27

mis la main à ordonner le récit des choses accomplies » (Luc. 1, 1). Il ne sautait s'agir là que de documents écrits. Peut-on trouver trace de tels documents ?

M. Bickell a découvert en 1885 dans un papyrus (IIS s.) provenant du Faioum et aujourd'hui dans la collection de l’archiduc Rénier, à Vienne, un fragment de texte évangélique de sept lignes, en grec, synoptique de Mc. xrv, 26-30 et de Mt. xxvr, 30-84, mais rédigé sous une forme plus brève, plus naïve, plus originale que dans le premier et le second évangiles. En voici le texte, tel que Resch le lit :

[..... za ane ev Tw anaà-]

luyew woavtos malvres &v Tauvr?|

Ty vvrrr GxavduM0|0n6€00€ xatu]

TO youper" ratTuëw Toy [romeva «a Tu] noo6aTu Ouox0om00n0| 0vTu. ExovTOc| [rolu net. «ou a nauvrec ofux sy, aner 0] [xvouoc"] o ahexTovowor dis xox[avEer, «au ou] [rowror Tous unagr[no7 ue...

On remarquera la vivacité du dialogue, l'expression xonxVE&, l'omission de Me. xrv, 28 : « Après que je serai ressuscité, j'irai devant vous en Galilée. » Que nous ayons là un fragment d'un évangile qui ne nous est point parvenu, ce n’est pas sûr, mais vraiseMblable (Harnack)!.

On désigne depuis Cotelier (1672) sous le nom d’Agrapha les citations que les anciens auteurs ecclésias-

1. G. BrcreLL, Zeütschrift für kath. Theol. t. IX (1885), p.498. À. RESCH, Aussercanonische Paralleltexte zu den Evangelien (Leipzig 1893-6), t. II, p. 28. P. SAyr, « Le fragment évangélique du Faioum » dans la Rev. bibl. t. 1 (1892), p. 321. E. Nesrzr, Novi Testamenti graeci Supplementum (Leipzig 1896), p. 67. ACL, t. I, p.6 et t. TL D: 5902 /

tiques ont faites des évangiles et qui en réalité ne se retrouvent pas dans. nos évangiles existants. Saint Paul écrit (7 Cor. vu, 10) : « À ceux qui sont mariés, ce n’est pas moi, mais le Seigneur qui prescrit : la femme ne doit pas se séparer de son mari. » Ailleurs (I Cor. 1x, 14) : « Le Seigneur a prescrit à ceux qui ‘annoncent l'Évangile de vivre de l'Évangile. » Ailleurs (I Cor. xx, 23 et suiv.) : « C’est du Seigneur que j'ai appris ce que je vous ai transmis, savoir que le Seigneur en la nuit où il fut livré, prit du pain... » Ailleurs (1 Thess. 1v, 15) : « Ceci nous vous le disons comme une parole du Seigneur, savoir que nous qui vivons . et qui sommes réservés pour la parousie du Seigneur... » Ailleurs (Act. xx, 35) : « Se souvenir des nt du Seigneur Jésus et qu'il disait : Heureux bien plus celui qui donne que celui qui prend. » Ailleurs dans la bouche de saint Pierre (Act. xr, 16) : « Je me souviens de la parole du Seigneur et qu'il disait : Jean a baptisé dans l’eau, mais vous vous serez baptisé en l'Esprit saint. » Ailleurs (Justin, Dial. 47) : « Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit : Sur les œuvres où je vous surprendrai, je vous jugerai. » Ailleurs (Orig. /n Mt. tract. 27) « .… le précepte du Christ disant : Soyez de prudents banquiers (rouxebiræ), contrôlez tout, ne gardez que le bon... » Resch a relevé ainsi un ensemble de soixante-quatorze maximes attribuées au Christ, qui ne se retrouvent point dans nos évangiles canoniques, et dont on peut penser qu'elles ne sont point empruntées aux évangiles apocryphes. Il est certain que sur ce nombre de soixantequatorze Agrapha plusieurs sont moins indépendants que ne le croit Resch. Ropes n’en retient que 14. Toutefois il semble acquis que les vrais Agrapha sont dans la couleur des Synoptiques, aucun dans celle

de saint Jean, et semblent dérivés d’un original non grec, soit araméen, soit hébreu. &

Supposé, comme il est probable, que Mathieu et Luc soient indépendants l’un de l’autre, que Marc ait été utilisé par Mathieu et par Luc, il faut admettre que Mathieu et Luc ont eu des sources autres que Marc et en partie connues de Marc même : quelles seront ces sources? Resch croit pouvoir conclure de ses minutieuses recherches qu'il a existé un évangile primitif, écrit en hébreu, qui dans cet état a été aux mains des apôtres, Pierre, Jacques, Paul..…, et a été la source principale de la littérature du N. T., l'écrit fondamental des trois Synoptiques : ce devait être un récit des miracles et des discours de Jésus, portant un titre comme YVË* 127 {Adyu ‘Inood), composé sans doute par l’apôtre Mathieu, commençant à l'entrée en scène de Jean Baptiste, s’achevant sur l’ascension de Jésus et la séparation des apôtres : il serait sûrement antérieur à l’an 50. L'évangile de saint Marc serait un remaniement grec des pau "27 combinés

avec des souvenirs propres à saint Pierre. L'évangile de saint Mathieu actuel, grec d’original, aurait combiné les 21®* 27 et l’évangile grec de Marc; il aurait eu, pour le récit de l'enfance et la généalogie, une source spéciale (1, 1-11, 23), et pour des passages comme x1v, 28-31, xvir, 24-27, XXVII, 3-10, 52-53, 62- 66, xxvu, 2-4, 9-15, une source qualifiée par Resch de « tradition pétrine hiérosolymite ». L’évangile de

1. À. REscH, Agrapha, aussercanonische Evangelienfragmente (Leipzig 1889). J. H. Ropes, Die Sprüche Jesu, die in den kan. Ev. nicht überliefert sind, eine krit. Bearbeitung des von A. Resch gesammelten Materials (Leipzig 1896). Un choix d'Agrapha dans NEstLE, N. 7, Suppl.

saint Luc aurait combiné aussi les Yu "NT et l’évangile de Marc, plus une Bi6los yevéoewc ’Insov, ou ELA n15$n en hébreu, d'où il aurait tiré son récit de l'enfance et la généalogie; subsidiairement, il aurait utilisé notre évangile de saint Mathieu et des souvenirs traditionnels. Nous ne pouvons qu'indiquer ces constructions d'hypothèses.

$2. — Les évangiles synoptiques.

L'existence de sources écrites primitives, probable : comme elle est reconnue de tous, a relégué au second plan la question de date des trois Synoptiques et donne moins d'importance aux dissentiments que cette question a soulevés entre critiques ecclésiastiques et critiques libéraux.

Parmi nous, l’évangile selon saint Mathieu est présenté comme datant de la période 65*-70*. L'évangile selon saint Marc serait antérieur à Mathieu et à Luc. L'évangile selon saint Luc, œuvre propre du Luc compagnon de saint Paul (Col. 1v, 14), serait contemporain de la captivité de Paul à Rome, sinon des débuts de la guerre juive, mais pas postérieur à la ruine de J HT

Ces dates sont loin d'être unanimement reçues, et il y a parmi les critiques non ecclésiastiques de grandes divergences. M. Harnack date Marc de la période 65-70, Mathieu. sauf quelques retouches, de 70-75, Luc de 78-93. M. Zahn date Mare de 64*, Luc de 75*, le Mathieu grec actuel de 85*, maisle Mathieu araméen primitif de 62*. Les datations de ces deux critiques sont à mettre au nombre des opinions modérées.

al

$ 8. — Les Actes des Apôtres.

L'indentité de l’auteur du troisième évangile et de l’auteur des Actes n’est niée par personne. L'évangile est le livre premier, les actes le livre second d'un unique ensemble, et la date de l'ensemble est une. — Signalons en passant le curieux problème littéraire soulevé par M. Blass : les profondes et irréductibles divergences du texte reçu et du manuscrit connu sous le nom de Codex Bezae ont fait supposer qu'il avait existé deux éditions des Actes données successivement par l’auteur lui-même, l’une romaine que représenterait le Codex Bezae, l’autre orientale représentée par le texte reçu. — Enfin il est possible que l'œuvre de Luc telle que nous la possédons, telle qu’elle a été publiée par Lue, soit incomplète : Luc aurait prévu un livre troisième, dont il n’y a aucune trace et qui probablement n'aura jamais vu le jour.

$ 4. — L'évangile selon saint Jean.

Le quatrième évangile est tenu parmi nous pour l’œuvre de l’apôtre Jean. Sur la foi de saint Irénée, on pense que l'évangile a été écrit à Éphèse : il doit dater du dernier decennium du premier siècle.

Pour M. Harnack, le quatrième évangile n'aura pas été écrit par le fils de Zébédée, mais porte puissamment son empreinte, composé qu'il aura été sans doute par le presbytre Jean, entre 80 et 110. M. Zahn, plus traditionnel, admet l'authenticité du quatrième érangile et le date de la période 80-90.

$ 5. — Évangiles non canoniques.

MM. Grenfell et Hunt ont découvert en 1897 dans un papyrus (III° siècle) provenant de Behnesa, l’ancien : Oxyrrhynchos, un texte grec de 42 lignes, contenant huit logia détachés, attribués à Jésus, les uns parallèles à des passages des Synoptiques, les autres indépendants et nouveaux!. Il est admis que ces huit maximes n'ont rien à voir avec les Aoyc« que l'on conjecture être le substratum des trois évangiles synoptiques, non plus qu'avec le traité perdu de Papias sur les dits du Seigneur. Mais les données font défaut qui permettraient de se prononcer positivement sur leur origine. Ce sont, il semble, des maximes extraites d’un contexte, lequel constituait vraisemblablement un évangile, et cet évangile n'est aucun de nos évangiles canoniques. On ne peut même pas relever une influence littéraire directe de Luc, encore moins de Jean, sur la rédaction de ces maximes. On a voulu y voir un emprunt à l'Évangile selon les Égyptiens (Har-. nack), d’autres ont opiné pour l'Évangile selon les Hébreux, toutes conjectures sans base suffisante. Mais il est sûr que ces maximes gardent en grec une tournure sémitique, et quelques-unes n'ont de sèns que traduites en hébreu : elles sont amenées par la for-

1. B. GRENFELL et A. HuNT, Sayings of Our Lord (Londres 1897). Har- NACK, Ueber die jüngst entdeckten Sprüche Jesu (Freiburg 4897). P. Ba- TIFFOr, « Les logia du papyrus de Behnesa », dans la Rev. bibl. t. V1, (4897), p. 301. W. Locr et W. SanDay, Two lectures on the sayings of Jesus (Oxford 1897). H. REDPATH, « The so-called Logia and their relation to the canonical scriptures », dans l’Expositor, t. VI (4897), p.224. | P. CERSOY, « Quelques remarques sur les Logia de Behnesa », dans la Rev. bibl. t. VII (4898), p. 4415. C. TaxLor, Die Oxyrrhynchus Logia and the apocryphal Gospels (Oxford 1899).

mule Aéye Tnooùç, qui est plus juive que chrétienne : l’auteur de ces extraits, quelle qu’en soit la source, pourrait être un Juif. La période 120-140 est assignée aux Logia de Grenfell et Hunt.

L'existence d’un évangile selon les Hébreux (Evay- YEMOY xaTa sat est attestée par saint Ignace (Sreyrn. ur, 2: cf. Vér. int. 16), par Hégésippe Fuseb. 1v,.22, 7}, a Clément d’A., par Origène, par Eusèbe, par Jérôme : le catalogue de Nicéphore ! le mentionne comme une pièce de 2200 stiques. Il y a trace de deux éditions, sinon même deux compositions distinctes : l’une ébionite, propre aux chrétiens non catholiques de ce nom signalés par Irénée (1, 26, 2), et grecque de texte ; l’autre nazaréenne, propre aux chrétiens de ce nom signalés par Épiphane {xxrx, 9), et rédigée en araméen. SE AENS a trouvé le texte araméen dans la bibliothèque de Césarée et aussi à Béroë aux mains des Nazaréens de cette ville, et il le traduisit en grec et en latin. Aucune de ces recensions ou versions ne nous est parvenue, et l’on n’a que les citations qu'en ont faites les susdits écrivains, Épiphane et Jérôme notamment. On y peut constater que l’évangile selon les Hébreux en aucune façon l'original araméen

1. Les catalogues anciens auxquels nous aurons à faire appel, sont les suivants. — a) le Muratorianum; — b) le catalogue Gélasien se donne pour une décrétale De recipiendis et non recipiendis libris, qui auraît été publiée par le pape Gélase en un concile tenu à Rome en 495-496 ; il est en réalité fait de pièces rapportées en partie plus anciennes que Gélase, il a dû être arrêté officiellement à Rome au début du VIe siècle. — c) Le catalogue de Nicéphore (Patriarche de C P. + 828), en grec, donne une liste des livres canoniques et non canoniques, avec l'indication du nombre de stiques de chacun d’eux. (Le stique est une unité de longueur usitée par les copistes et qui équivaut à une ligne normale.) Le document dont dépend le cat. de

Nic. peut remonter au Ve siècle. — On trouvera ces trois catalogues

dans les Analecta de PREUSCHEN. … e u

de saint Mathieu ; qu'il représente une tradition ana<

logue à celle de Mathieu et de Luc, sans paraître dépendre de l’un ni de l’autre évangile. La tendance judéo-chrétienne est manifeste dans l'édition ébionite

comme dans l'édition nazaréenne. Dans son état le plus :

ancien, l'évangile selon les Hébreux, rédigéenaraméen, serait un évangile palestinien, dont la rédaction daterait de la période 65-100 (Harnack) !.

Dans le tombeau d'un moine égyptien, à Akhmim (l'ancienne Panopolis), on a découvert, dans l'hiver 1886-7, un paquet de feuillets d’un petitms. grec (VIITS- IX° s.), contenant un fragment {9 pages) d'un évangile de saint Pierre, un fragment (7 pages) d’une apocalypse de saint Pierre, un fragment plus étendu (45 pages) du livre d'Énoch : ces textes ont été publiés par M. Bouriant, en 1892. L'existence d’un évangile selon saint

Pierre (Evayyélor xara Iléroov) était attestée par Séra- :

pion d’Antioche dans son épitre aux chrétiens de Rossos (Euseb. 1v, 12, 2) : peut-être saint Justin même (Dial. 106) l’a-t-il connu : le catalogue gélasien le mettait au nombre des écrits prohibés. Le ms. d’Akh-

mim nous en a rendu 174 stiques environ, donnant

la fin du récit de la passion et le récit de la résurrection. Il n'apporte aucun élément nouveau à l'histoire évangélique, mais est un repère pour l’histoire de l’altération du souvenir par la légende et une précieuse attestation de la très primitive autorité des quatre évangiles canoniques. Le rédacteur de cet évangile a en effet connu nos trois synoptiques et très probable-

1. Les fragments en sont réunis dans E, NesTe, N. T. Suppl., p. 75.

— R. HANDMANN, Das Hebräerevangelium (Leïpzig 1888). RescH, Agra- *

bha, p. 322. ACL, t. I, p.6; t. IE, p.695. J. RonINsON, « Three notes on the gospel acording to the Hebrews », dans l'Exposilor, t. V (1897), p. 194.

ment saint Jean (Schubert, Harnack). Le crucifiement présente quelques traits de docétisme à rapprocher de ceux que saint Ignace reproche aux Docètes de son temps. L’évangile selon saint Pierre doit dater de la première moitié du deuxième siècle (ca. 110-130) 1. L’'évangileselonles Égyptiens (Evayyélovxar Aiyvxtiovc) est une pièce attestée par Clément d’A., encore la citation de Clément d'A. est-elle prise par lui à l’encratite Cassianos; la même citation se retrouve dans la ZP® Clementis. S. Épiphane (Lxur, 2) le signale chez les Sabelliens, et les Philosophoumena (v, 7) chez les Naasséniens. On n'en a en définitive qu’une citation, celle que fournit Clément d'A. d’après Cassianos, et qui se retrouve altérée dans la /Æ Clementis. On y voit Salomé interrogeant le Christ, et le Christ déclarant que la mort ne sera désarmée que par l’encratisme absolu. Cette citation caractérise la doctrine de l’évangile selon les Égyptiens. Épiphane le représente comme prêtant au Christ des discours ésotériques où est exprimée l'identité du Père, du Fils et de l'Esprit. Les Philosophoumena y signalent la métempsycose. Il faut voir dans cet évangile une fiction égyptienne hérétique du deuxième siècle {ca. 150)?.

4. U. BOURIANT, Fragments du texte grec du hvre d'Énoch et de quelques écrils attribués à saint Pierre [Mémoires publiés par les membres de la mission arch. franc. du Caire, t. IX] (Paris 1892). A. ROBINSON et M. James, The Gospel according to P. and the Revelation of P.(Londres 1892). A. Lons, Evangelii sec. P.et P. apocalypseos quae supersunt (Paris 1895). Harnack, Bruchslücke des Ev. und Ap. des P. (Berlin 1893). O. v. GEBHARDT, Das Ev.und die Ap. des P. (Leipzig 1893), reproduiten phototypie le ms. aujourd’hui au musée de Gizeh. NESTLE, N.T. Suppl. p.68. — Rescu, Paralleltexte, t. IL, p. 34. Rev. des études grecques, t. VI (1893), p. 59 et 267. J. SEMERIA, « L’évangile de Pierre », dans la Rev. bibl. t. III, (1894), p. 522. ACL, t. I, p. 40; t. IT, p. 474.

2. Les fragments dans NESTLE, p. 72. — ResCu, Agrapha, p. 316. ACL, t. I, p. 12, et t. II, p. 612. A. JAcoy, Ein neues Evangelienfragment

L'évangile selon saint Mathias, comme l’appellent le catalogue gélasien et Origène, ou « Traditions de Mathias » (MatÜiov rapuddoac), comme dit Clément d'A. (Strom. 11, 45 et vir, 13), est perdu : il était sans doute identique aux discours ésotériques soi-disant adressés : au seul Mathias par le Seigneur, et dont le gnostique Basilides faisait grand état (Philosophoum. vit, 20). On y peut voir une production gnostique égyptienne de la seconde moitié du deuxième siècle. Épiphane (xxv1, 13) cite un fragment d’un évangile au nom de Philippe, recueil de discours ésotériques prêtés au Seigneur ressuscité, autre production gnostique égyptienne de la même époque. Les Philosophoumena (v,7) citent quelques mots d’un évangile selon Thomas gnostique en circulation chez les Naasséniens. Ce même évangile est signalé par Origène et par Eusèbe. Le livre gnostique de la Pistis Sophia présente les trois apôtres Philippe, Thomas, Mathias [le texte dit « Mathieu »), comme chargés par Jésus d'écrire ce qu'ils entendront et verront de lui, et d’être les « trois témoins du royaume des cieux ». Les évangiles Philippe-Thomas-Mathias gnostiques seraient les restes de cette trilogie égyptienne gnostique !.

L'existence d’un autre évangile selon saint Thomas est attestée par le catalogue de Nicéphore, qui le mentionne comme une pièce de 1300 stiques, et par le catalogue gélasien, qui le condamne comme un évangile en usage chez les Manichéens ?. Avant eux, S.

(Strasbourg 1900), publie un fragment copte tiré d’un papyrus (Ve-VI® s.), et qu'il croit, très hypothétiquement, appartenir à l’Év. selon les Égyptiens.

4, NESTLE, p. 73-74. — ACL, t. T, p. 445 t. II, p. 595.

2. C. TISCHENDORF, Evanñgelia apocrypha (Leipzig 1876), p. 110. — ACL, t 3, p. 15 ett, II, p. 598.

Cyrille de Jérusalem l'avait dénoncé comme une œuvre manichéenne (Cat. 1v,36), capable de perdre les âmes. Nous possédons, en deux recensions grecques, trois latines et une syriaque, un soi-disant évangile de saint Thomas ou « Evangile de l'enfance » (Tu nœud roù xvotov), récit des miracles accomplis par Jésus enfant, quand il jouait avec les enfants de son âge, quand il allait à l’école, quand il travaillait avec Joseph, ete., depuis sa cinquième année jusqu’au jour où il paraît au milieu des docteurs. Si cet évangile selon S. Thomas est le même que mentionne Nicéphore et le catalogue gélasien, nul doute que le texte que nous possédons soit un abrégé. Quant à l'original perdu, il ne semble pas avoir pu appartenir à la littérature gnostique, à en juger par l’abrégé sans arrière pensée qui nous en reste; et Origène (Contra Cels. vr, 36), quand il dit que.« nulle part dans les évangiles qui circulent dans les églises, Jésus n’est représenté comme un charpentier », témoigne que de tels puerilia du Sauveur lui étaient inconnus. La plus ancienne attestation de ces puerilia est fournie par S. Jean Chrysostome {Hom. XVI in loann.).

On a donné le nom de Protévangile à un récit de la naissance de Marie, fille de Joachim et d'Anne, de son enfance dans le Temple, de son mariage avec Joseph, de l'annonciation, de la nativité, du massacre des Innocents, du meurtre de Zacharie par ordre d'Hérode, le tout soi-disant raconté par saint Jacques. Le titre du récitest l'évynous Maçius : on l’a en grec, en latin, en syriaque, en arménien : peu de livres ont été plus populaires et maints traits sur la famille et sur l'enfance de Marie circulent encore, qui n’ont d'autre source que le Protévangile. C'est un récit d’une élégance délicate et simple, pour une part fiction pure,

pour une autre part adaptation des données évangéliques, peut-être aussi de données légendaires. OnnYy relève pas trace de tendances hérétiques ou même d'une théologie quelconque. L'existence de cette F° EVE vnois Maugias est attestée par S. Épiphane, par S. Jé-. rôme, par l'Opus imp. in Mat., par S. Grégoire de Nysse; toutes attestations du IV® siècle. On a pensé distinguer dans le Protévangile tel que nous l'avons une Bi6,0c ‘luxw6ov concernant l'enfance et le mariage de Marie (fin du IT° s.), un récit attribué à Joseph de la nativité de Jésus (IT s.?), un récit apocryphe sur Zacharie (III s.?) On s’expliquerait ainsi comment Clé-= ment d'A. (Strom. vi, 16), voire mêmes. Justin (Dial. 78), ont connaissance de détails qui se retrouvent dans notre Protévangile. Tout cela hypothétique. Quoi qu’il en soit, le Protévangile existant, étant donné qu'il est inconnu d'Eusèbe, pourrait remonter au milieu du IV® siècle.

Il n’est pas démontré que T'ertullien (Apol. 21) ait connu un texte se donnant pour le rapport de Pilate à Tibère : «... omnia super Christo Pilatus, et ipse iam pro sua conscientia christianus, Caesari tune Tiberio: nuntiavit » : et Eusèbe (1x, 2, 1) n’en parle que d’après Tertullien. Justin (Apol. 1, 35 et 48) parle du dossier de Jésus, comme de pièces officielles qui ont dé être transmises à Rome; mais ni Justin, ni personne ne les a connues. Selon Eusèbe (1x, 5, 1) on fabriqua sous Dio-= clétien de faux actes de Pilate « pleins de blasphèmes

4. TISCHENDORF, 0. ©, p.1.— ACL, t. I, p. 19 et t.II, p. 598. American Journal of Theol. t. I (4897), p. 424. — Le Protévangile a été adapté en latin sous le titre de Liber de oriu Mariae et infantia Salvaloris a beato Matthaeo Evangelista hebraïce scriptus et a beato Hieronymo presbylero in latinum translatus. C’est une pièce du V° siècle au plus : tôt. Le texle dans TISCHENDORF, 0. c. p.51.

contre le Christ », actes que l’on fit répandre dans les villes et les campagnes, et que les maîtres d'école eurent ordre de faire apprendre par cœur aux enfants : ces actes sont cités dans la passion de saint Tarachos et de ses compagnons, martyrisés en Cilicie (a. 304). Le nom d’évangile de Nicodème est donné à une compilation, qui comprend en réalité deux récits distincts et indépendants. Le premier est constitué par un récit grec du jugement et de la résurrection de Jésus. intitulé Yrouvquara Toù xvoiov uor Inooù Xooroë aouy0ëvra End Iloyriov IlLdrov. On en a deux recensions grecques, une version copte, une version arménienne, une version latine. Ces Acta Pilati, comme on les appelle communément, sont une composition apologétique catholique, harmonisant les données de nos évangiles et aussi des éléments secondaires fictifs en une sorte de roman historique : leur plus ancien témoin est S. Épiphane (L, 1), et Eusèbe de Césarée ne les a pas connus. On peut les dater du quatrième siècle ou du début du cinquième. Il n’y a aucune relation entre eux et l’évangile selon saint Pierre. Le second récit compris dans l’évangile de Nicodème est le récit de la descente du Christ aux enfers rapporté par les morts qui ont résuscité au moment de la passion. Ce second récit, plus artificiel, est probablement plus récent. La plus ancienne attestation qu’on en ait est dans Eusèbe

d'Alexandrie (Ve-VI® s.)!.

Â, Les textes dans TISCHENDORF, 0. €. p. 210. — Lipsius, Die Pilatus Acten (Kiel 4871 et 4886). F. CONYBEARE, « Acta Pidati », dans S{udia biblica, t. IV (Oxford 1896), p. 59. ACL, 1. I, p. 21 et 865 et t. II, p.605. Rev .bibl.

Pa

$ 6. — Actes apocryphes des apôtres.

Il a existé tout unelittérature d'actes apocryphesdes apôtres, que le catalogue gélasien condamne en bloc: sous la dénomination de « libri omnes quos fecit Leucius discipulus diaboli. » Le nom de ce Leucius, que Photius (cod. 114) appelle Æeéxoç Xugîvos, et dont Épiphane (cr, 6) fait un disciple de saint Jean, était en tête d’une collection d’actes d'au moins cinq apôtres (Pierre, Jean, André, Thomas, Paul), collection que Photius (l. c.) a eue en mains et dont il note le style populaire et les multiples erreurs. Evodius d'Uzala, saint Augustin, Innocent 1%, saint Léon dénoncent Leucius comme l’auteur ou le collecteur d’actes pareils en circulation chezles Manichéens et les Priscillianistes. Ephrem les signale chez les Bardesanites, et Epiphane chez les Ebionites, les Encratites, et autres sectes. Cette collection s'est perdue, mais il nous reste, en des recensions plus où moins expurgées, des pièces qui y figuraient !.

Le catalogue de Nicéphore connaît une Legtodog Iléroov de 2750 stiques, actes grecs attestés par Eusèbe (nr, 3, 2), par Isidore de Péluse (Æprst. 1, 99), ete. — Nous possédons un Muorégor [Téroov, en grec, récemment retrouvé en deux mss. (l’un à Patmos, IX° s.; l’autre à Vatopedi, Mont-Athos, X-X[°s.) : il contient le récit de la mort de Simon le Magicien, la scèhe du

4. C. TisCneNDoRF, Acta aposlolorum apocrypha (Leipzig 4851). R. A. Lipsrus et M. BONNET, ACia app. apocrypha (Leipzig 1891 et 1898). LrPsius, Die apokryphen Apostelgeschichten und Apostellegenden (Braunschweig 1883-90). DUCHESNE, « Les anciens recueils de légendes apostoliques » dans le compte rendu du Congrès sc. internat. des cath. 1894, FANS p.167.

#, 7” LES PRIMITIFS. al

Domine quo vadis, la crucifixion de l’apôtre la ten bas'. Nous possédons des Actus Petri cum Simone découverts par M. Studemund dans un ms. de Verceil (VIFS.):ils contiennent la version latine du Maorügor ci-dessus, et, au préalable, le récit du départ de Paul pour l'Espagne, de l’arrivée de Simon le Magicien à Rome, de la venue de Pierre à Rome pour confondre Simon ?. Ces Actus, comme le Magrvgior, paraissent appartenir à la lsoiodos Iléreov primitive, et cette Tleoiodoç est une œuvre gnostique et encratite du IT siècle, croyons-nous avec Lipsius et Zahn, contre Harnack qui l’attribue au IT. — Les textes catholiques qui en dérivent sont : un Martyrium ss. Petri et Pauli app. a Lino papa graece conscriptum et orientalibus ecclestiis destinatum*, sûrement d'orignal grec, mais qu'on n’a qu'en latin, slavon, copte, éthiopien; et un Marcelli quem discipulum Petri ap. ferunt, de mirificis rebus et artibus bb. Petri et Pauli et de magicis artibus Simonis magi, qui existe en grec et en latint. Le pseudo-Marcellus ne dépend pas d'actes ébionites perdus, où Paul aurait été identifié avec Simon le Magicien, comme l’a soutenu Lipsius, mais est une œuvre catholique (comm. du IV s.) qui dépend indirectement de la Isgiodos Iléroov. Le pseudo-Linus dans son texte latin peut être du V° ou du VI* siècle : l'original grec perdu, antérieur au quatrième siècle, doit dépendre très directement de la Tlegtodoc TTéteov*.

Nicéphore connaît une 1leotodoç ’Lwrvou de 2500 sti-

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