Le texte, ibid. p
5. Bibl. hag. gr. p. 106. Bull. crût. t. VIII (1887), p. 161. ACL, t. 1,
p. 431; t. II, D. 549.
. | + ques. Les actes sont signalés par Eusèbe (nr, 25, 6)et: par Epiphane (xzvir, 1). Ce dernier en fait une pièce en circulation dans les milieux encratites. — Nous possédons d'importants fragments de cette Tlegiodos
Æwavrov. Premièrement, un récit de la comparution de.
S. Jean à Rome et de son exil à Patmos, dans une recension grecque évidemment tardive. Secondement, un récit du retour de Patmos à Ephèse, dans une recension grecque qui n’est pas plus originale que la précédente. Troisièmement, un récit concernant le séjour à Ephèse et les miracles accomplis par l’apôtre, y compris un curieux roman plus érotique qu'édifiant: Quatrièmement, un récit mis sur les lèvres de S. Jean lui-même et où est racontée la passion sous des traits d'un docétisme frappant. Cinquièmement, un. récit de la mort où Merdoraoi de S. Jean, portant des traces d'encratisme. Ces trois derniers morceaux, le quatrième notamment, doivent être beaucoup plus près de l'original, lequel doit être une composition gnostique de la seconde moitié du IT° siècle !. — Les textes catholiques dérivés de la Ilso1od0ç Locrvov sont : les actes grecs de saint Jean qui portent le nom de: Prochoros, soi-disant l’un des sept diacres, actes qui ont passé en latin, en slavon, en arménien, en copte, en éthiopien, en arabe, et qui sont probablement une œuvre syrienne du IVe siècle au plus tôt. Le pseudo- Méliton De passione loannis est latin (IV° siècle?) Nous possédons un Magréooy de S. André qui dérive, mais de loin, de la Tlsoiodos originale : ce Mug- Tüguoy porte quelque trace de tendances gnostiques. — Nicéphore ne parle pas de Tlsgiodos *Avdoéov, mais
1. Les textes dans BONNET, o. c. t. I, p. 451. — Zaun, Acta lohannis (Erlangen 1880). M. JAMES, Apocrypha Anecdota (Cambridge 4897). Bibl. hag. gr. p. 59. ACL, t. I, p. 124; t. II, p. 54.
RSS RAS * LES PRIMITIFS. 43 Epiphane signale chez les Encratites et les Gnostiques (xzvir, 1; Lxr, 1; LxIu1, 2) des actes de saint André. Tandis que Photius les met sous le nom de Leucius Charinus, le pape Innocent Ir (Jaffé n° 293) les dit composés « a Nexocharide et Leonida philosophis ». — On a encore le récit grec des aventures d'André etde Mathias dans la cité des Anthropophages récit qui a passé en syriaque, en copte, en éthiopien; puis le récit grec des aventures d'André et de Pierre dans la eité des Barbares, récit qui a passé en éthiopien et en slavon; fictions énormes et sans couleur doctrinale. Mais ces divers textes dépendent plus ou moins de la Lfegiodos gnostique. — Les actes gnostiques perdus, dont on a deux fragments caractéristiques chez Evodius (De fide, 38), seraient de la seconde moitié dusllésiècle.!.
Nicéphore donne la Tlsgtodos Oœu& pour une pièce de 1600 stiques ; des actes gnostiques de Thomas sont cités par Eusèbe et par Épiphane conjointement avec ceux de Jean et d'André, et signalés par Épiphane comme circulant chez les Ehératités: S. Augustin (C. Faust. xx, 79) les signale chez les Manichéens et les Priscillianistes. On en a un texte grec très voisin du texte primitif, etune recension syriaque. Il est douteux que l'original gnostique ait été syriaque : du moins les hymnes, comme l'hymne à la Sagesse et l'hymne à l’Ame (cette dernière, très belle, peut-être de l’école de Bardesanes + 222), sont d’origine syriaque. Les actes de Thomas, partagés en douze épisodes (rod£aiç), racontent la mission de l’apôtre dans l'Inde, récit plein de merveilleuses aventures, avec des tendances
10 Les textes dans BONNET, 0. c. t. II, p. 1. BONNET, Acta Andreae cum laud. cont. (Paris 4895). — Bibl. hag. gr. p.6. Byzant. Zeülschrift, t. IV (1895), p. 458. ACL, t. 1, p.116; t. II, p. 543.
encratites et gnostiques très accusées : très beau spécimen de fictions orientales, auxquelles sont mêlés des traits historiques. C’est ainsi que le roi indien des actes de Thomas est un roi connu, Gondapharès, du Ie siècle de notre ère. Les actes gnostiques de saint. Thomas seraient de la première moitié du III s.".
Nicéphore ne mentionne pas les actes de saint Philippe, mais le catalogue gélasien cite des « actus nomine Philippi apostoli », et il se peut qu'Eusèbe {x, 31; v, 24) les ait connus. Des quinze rgu£uc ou sections dont se composaient ces actes, la seconde (Acta Philippi in Hellade) et la quinzième (Martyrium Philippi) ont été retrouvées en grec et publiées par Tischendorf; les sections 1, 3-9, ont été retrouvées en grec et publiées par nous. On pense qu'il y a lieu de distinguer deux groupes primitivement indépendants : le premier (1-7), sans attache locale, d'esprit encratite ; : le second (8-15), légende locale d'Hiérapolis en Phrygie, et d'un gnosticisme très accusé. La légende de saint Philippe a passé du grec en syriaque, en éthiopien, en copte, en slavon. La composition gnosticisante primitive peut remonter à la première moitié du Ie siècle (Lipsius) ?.
Tertullien a connu des actes de Paul et de Thékla (Bapt. 17) et savait qu'ils avaient pour auteur un presbytre d'Asie que son église avait déposé pour s'être rendu coupable de cette fiction. Nous en avons un texte
4. BONNET, Acta Thomae (Leipzig 1883). M. JAMES, Apocrypha Anecdotæ, t. II. — Bibl. hag. gr. p. 123. ACL, t. I, p. 146; t. II, p. 545. BEVAN, The hymn of the Soul (Cambridge 1898). A. Gurscmmip, « Die Kônigsnamen in den Apokryphen Apostelgeschichten », dansle Reinisches Museum, t. XIX (1864), p. 161 et 382.
2, Les textes dans TISCHENDORF, Acta app. ap. et dans Analecta Bol-
land. t. IX (4899), p. 205. — Bibl. hag. gr. p. 109. ACL, t. I, p. 438, Bull. crit. t. XI (1890), p. 478.
grec en de nombreux manuscrits, plusieurs versions (deuxlatines, une arménienne, une slavonne, une arabe), car ce roman a été des plus lus. On y voit Paul, à Iconium, convertir Thékla à l'amour de la virginité, conversion d’où naissent mille tribulations pour Thékla et pour l’apôtre : c’est un roman d’aventures à personnages historiques, avec même des souvenirs de bon aloï (tel le portrait de Paul au ch. 3). Mais le texte existant est-il celui qu’a connu Tertullien? Gwynn nous semble avoir solidement prouvé (contre Lipsius) que l’affirmative est probable; que si notre roman s'inspire des données des épitres pastorales, il ne vient pas du même milieu catholique, mais est une œuvre encratite; enfin qu'il peut remonter à la période 130-170 et plutôt aux alentours de 160-170. Ce doit être une production antérieure à l'apparition du montanisme .
On a émis l'hypothèse que les Acta Pauli et Theclae ne seraient qu'un fragment de la TITegiodoc Tluëlov ci-dessus, et qu'à cette même Llsotodos appartiendrait
la correspondance aprocryphe de S. Paul et des Co-
rinthiens ainsi que le Magrugor Iluÿhov ci-dessus. Cette hypothèse est insuffisamment motivée par ce fait que les trois documents en question ont été trouvés réunis dans un papyrus copte (VII s.) sous la rubrique finale de Ilousas Tuvhov*?.
4. Les textes dans Lipsius-BONNET, 0. c. t I, p. 235. — MM. GRENFELL el Hunr ont retrouvé à Behnesa sur une feuille de parchemin du V° siècle quelques morceaux des ch.8 et 9 des Acta Pauli et Theclae : voyezleurs Ozyrrhynchus Papyri, p.1 (Londres 1898); n. 6. — Bibl. hag. gr. p.104. ACL, t. I, p. 136; t. II, p. 493. J. GWYNN, art. « Thecla » du DCB. RAMSAY, The church in the roman Empire before A. D. 170 (Londres 1894), p. 375. REY, Étude sur les Acla Pauli et Theclae (Paris 1890). E. LE BLANT, « Les Actes de sainte Thècle » dans son recueil Les persécuteurs et les martyrs (Paris 1893), p. 9.
2, C. Scamipr, « Die Paulusacten », dans les Neue Heidelberger Jahr-
Nicéphore enfin cite une {legiodos Iuvrov de 3600 stiques, et le catalogue stichométrique du Codex claromontanus des «actus Pauli » de 3560 versets. Eusèbe (nr, 25, 4) a connu des actes Hors de Paul. De même Origène (Periarchon, 1, 2, 3). Hippolyte, dans son commentaire sur Daniel (111, 29), y fait allusion comme à un récit connu de tous ses lecteurs. Ils seraient donc antérieurs à l’an 200. Harnack les date de la période 120-170. Ils sont perdus. — Nous possédons un Magréguor Ilaÿkov grec dont on a des versions slavonne, copte, éthiopienne, latine, etque l’on retrouve dans le pseudo-Linus joint au martyre de S. Pierre. Ce Mugréouoy Iluviov, qui a perdu toute couleur archaïque, serait un extrait des actes de Paul!.
$ 7. — Apocryphes Clémentins.
Sous le nom d'apocryphes clémentins on groupe les pièces suivantes : — 1° Vingt soi-disant homélies (Eusèbe, nr, 38, 5, les appelle dxloya) portant en titre Kiquerrocriwr [éroovémdmuicwrzxnovyuarwr ëmrosu) [De praedicationibus Petri inter peregrinandum epitome). — 2° Entête de cesvingthomélies figurent une’Exotoi») Tlétoov 7006 ‘léxw60v, et une "Emorokn Kimuerros xo0ç ZLüxw60ov, destinées à justifier l'authenticité supposée
bücher, t. VII (1897), p. 117, cité et étudié par Harxack, « Die Entdeckung bez. Identificirung der Zlo@Ëais Ilœvlou » dans la Theolog. Literaturzeitung, t. XXII (1897), p. 625. Anal. bolland, à. XVII (1898), p. 231 et laréplique de Scamipr dans la Theolog. Lit. p.316. — HarNacCKk, Drei wenig beachtete cyprianische Schriften und die À cta Pauli (Leipzig 1899), retrouve une trace des À. P. dans des écrits attribuables au gallo-romain Cyprien (Ve s.).
1. Les textes dans LiPsIUS-BONNET, o. c. p. 104. — Bibl. hag. gr. D 104. ACL, t. I, p. 498; t. II, p. 491.
Le LES PRIMITIFS. 47
des homélies. — 3 Un'ouvrage en dix livres, dont l'original grec est perdu et dont on a seulement la version latine qu’en fit Rufin (ca. 400), sous le titre de Recognitiones. — De Lagarde a publié une version syriaque partielle des //omélies et des Recognitions, d’après un manuscrit daté de 411 (Br. Mus. Add 12150); et Dressel un abrégé lEmrouri) grec des Homélies, résumé de basse époque et sans intérêt critique.
Clément raconte comment à Rome il a été converti par saint Barnabé, puis mené par lui, à Césarée, à saint Pierre dont il devient l'historiographe : le récit eommence alors des rencontres et controverses de saint Pierre et de Simon le Magicien, à Jérusalem, à Césarée, à Rome; des prédications de Pierre à Tripolis; comment Clément retrouve sa mère naufragée dans l’île d'Aradus, etses deux frères naufragés aussi à Laodicée ; comment à Laodicée Clément réfute un viel ouvrier matérialiste, qu’il reconnaît à la fin être son père Faustinianus ; comment saint Pierre achève la conversion de Faustinianus, l'envoie à Antioche confondre Simon, et, l'y ayant rejoint bientôt, établit là sa demeure. Tel est dans ses plus grandes lignes le roman des Recognitions. Les Homélies, qui n’ont d’homilétique que letitre, racontent les mêmes fables, fables bien déchues aujourd’hui du rôle que l’école de Tübingen prétendait jadis leur faire jouer dans les origines du catholicisme. |
La plus ancienne attestation que l’on ait des apocryphes clémentins est dans un passage d’Origène cité dans la Philocalie (ch. 23) et qui donne, comme un fragment du livre quatorzième des Iegiodos de Pierre par Clément, un long morceau du dixième livredes fêecognitions. Eusèbe (nr, 38, 5) connaît un « verbeux et
long écrit » attribué « depuis peu » à saint Clément et. dans lequel on trouve des dialogues de saint Pierre et d'Apion : ce dialogue appartient au livre IV des Homélies. Le catalogue gélasien proscrit l« Itinerarium nomine Petri apostoli quod appellatur S. Cle- : mentis ».
Étant donné que la substance des Recognitions est la même que celle des Jomélies, on doit se demander si l’un des deux écrits est copié sur l’autre, ou si, indépendants l’un de l’autre, ils ne sont pas tous deux des contrefaçons d'un original perdu. Ces diverses hypothèses ont été proposées sans qu'on puisse dire que le problème ait été résolu. À prendre les deux textes ensemble et dans leur forme actuelle, ils représentent une production dela première moitié du Il° siècle (Lagarde, Harnack, Zahn). Ils doivent leur forme actuelle à des catholiques, qui n’y ont vu qu'une matière às'édifier et un roman didactique pouvant servir à la réfutation du paganisme (Harnack). Ils peuvent avoir reçu leur forme actuelle soit à Rome, soit en Syrie, sûrement pas à Alexandrie. Les thèmes fondamentaux (monarchie de Dieu, prophétie, stoïcisme) font penser que lasource de cette littérature doit être cherchée dans le syncrétisme judéo-chrétien du IT siècle #.
On a en syriaque deux épîtres De vérginitatequi sont
1. Les textes dans PG, t. I-II (éd. Dressez, Gôltingen 1853, pour les Hom.; éd. GErsDorr, Leipzig 1838, pour les Recogn.). Nouvelle édition des Hom. dans DE LAGARDE, Clementina (Leipzig 4865) ét Clem. rom. Recogn. syriace (Leipzig 1861). Frirzsone, Epist. Clem. ad Iacobum ex Ruf. interpret. (Zurich 1873). Sur l'arabe des Recogn. M. GimsoN, Studia Sinaitica, t. V (Londres 1896), n. II. — ACL, t. I, p. 212. G. SALMON, art. « Clémentine Literature » du DCB. C. Bicc, « The Clementine homilies » dans Studia biblica, t. II (Oxford 1890), p. 457. Voir sur J. LANGEN, + Klemensromane (Gotha 1890), Revue historique, t. XLNIII (1892), p. 379. W. CHAWNEr, Jndex of noteworthy words and phrases found in the Clementine writings (Londres 1894),
* LES PRIMITIES. 49
décorées dunom de Clément. Les deux pièces doivent avoir été d’original grec; mais saint Epiphane {xxx, 15) et S. Jérôme (Adp. lovin. I, 12) sont les premiers à les attester. On a voulu y voir une composition grecque du ITT° siècle; mais il semble plus prudent d’opiner pour le IV® siècle 1.
$ 8. — Hégésippe et les catalogues épiscopaux.
Eusèbe a possédé un traité qu'il déclare avoir utilisé à maintes reprises dans les premiers livres de son Æist. eccl. et dont il extrait finalement {1v, 22) ce que l'auteur donnait à savoir de lui-même : il se nommait “Hyqouxnoc, paraissait être juif palestinien de naissance à en juger par la conaissance qu’il manifestait de l’hébreu et du syriaque, comme aussi de la tradition non écrite des Juifs ; il s'est rendu à Rome et a circulé d'église en église, notamment à Corinthe du temps que Primos était évêque; il a séjourné longtemps à Rome, Anicet étant évêque [155*-166*] avec Éleuthère pour diacre, puis sous Soter[166*-174*] qui a succédé à Anicet, et jusque sous Éleuthère [174*- 189*] successeur de Soter.
Eusèbe (Z. c.) nous apprend que les Yrouruaru d'Hégésippe comptaient cinq livres. Il cite (ir, 23) un important fragment du livre V°, le récit de la mort de Jacques, frère du Seigneur; un second fragment (in, 20) a trait à la comparution des proches du Sauveur devant Domitien; un troisième fragment (rx, 32) à la mort de Siméon fils de Klopas, fragment qui a dû faire corps avec le précédent. Dans le premier frag-
4.PG,t.1, p. 379. FuNx, Opp. pp. apostol.t. II, p. 4. Sifzungsberichte, 1891, p.359. ACL, t. I, p. 518. — Pour les autres pièces qui portent
le nom de $. Clément, ACL, t, I, p. 942.
50 LITTÉRATURE GRECQUE. à
ment précité, Hégésippe fait allusion aux sept hérésies juives dont il a parlé déjà ê rois vrouruaotr : un quatrième fragment (1v, 22) énumère ces sept hérésies (Esséniens, Galiléens, etc.), hérésies dont Hésésippe fait sortir celles de Ménandre, de Marcion, de Carpocrates, de Valentin, de Basilides, de Saturnin. Un dernier fragment (rv, 8), où il est question de l'empereur Hadrien et d'Antinoüs, donne à Eusèbe l’occasion de rappeler qu'Hégésippe « en cinq livres du style le plus simple a exposé la sûre tradition de l’enseignement apostolique. » L'œuvre d'Hégésippe, en dehors d’une mention qu'en fait Philippe de Side, et une autre que l’on trouve dans Étienne Gobar, n'est connue que par cette notice et ces citations d'Eusèbe : on a voulu y voir une sorte d'histoire ecclésiastique (Overbeck), il est plus sûr d’y voir une œuvre analogue à celle de Méliton. Hégésippe entend opposer à la spéculation gnostique la tradition des églises, tradition qu'il étudie sur place, dont il constate l’unanimité, et la continuité qui la rattache aux apôtres. C’est la méthode que nous verrons être celle des presbytres et du catholicisme primitif dans la réfutation du gnosticisme. Le traité d'Hégésippe peut avoir été écrit vers 180 en Palestine ou en Syrie ‘. Hégésippe ne dresse pas seulement un catalogue des hérétiques, il recueille la suite des évêques, « pour s'assurer qu'il y a dans chaque église, ou plutôt dans les principales d’entre elles, une continuité absolue
4. Les fragments d’'H. dans Routu, Reliquiae, t. I, p. 207 et PG,t. V, p. 4307; y joindre DE Boor, Neue Fragmente des Papias, Hegesippus und Pierius (Leipzig 4888). ACL, t. I, p. 483 et IT, p. 311. — Le De excidio urbis hierosol. latin qui porte le nom d'Hégésippe (corruption de celui de Josèphe) est une adaptation par saint Ambroise du De bello iudaico de Josèphe (PL, t. XV).
LES PRIMITIFS. sl
entre l’enseignement des apôtres fondateurs et celui des évêques contemporains » (Duchesne). Eusèbe dans sa Chronique et dans son Histoire a donné des catalogues épiscopaux, remontant jusqu'à l’origine, aux quatre églises de Rome, Antioche, Jérusalem, Alexandrie. Pour Jérusalem, Eusèbe semble avoir recueilli lui-même la suite qu'on y conservait des évêques : at Toy œÿto dudoyai (H. E. v, 12). Pour Rome, Alexandrie et Antioche, il dépend de la CAronographie de Jules Africain, dont les listes s’arrêtaient au règne d'Elagabale.
À partir d'Élagabale et jusqu'au IV* siècle, Eusèbe en est réduit à ses informations directes.
Mais pour Rome Eusèbe a eu une seconde source indépendante de Jules l’Africain, c’est Hippolyte, dont le catalogue, s’arrêtant au pape Pontien (+235), a servi de base au document que l’on appelle Catalogue Libérien. I a dû exister une liste romaine antérieurement à Hippolyte aussi bien qu'à Jules l'Africain : à la fin du Il° siècle, soit Tertullien (Praescr. 30), soit le traité anonyme contre l’hérésie d'Artémon (Euseb. v, 28, 3), soit le rédacteur du fragment de Muratori, se servent des noms de papes pour dater certains événements; Îrénée a inséré dans son Contra haereses (1x1, 31) la liste papale de son temps, elle s’arrêtait à Éleuthère. On conjecture que c’est sous le prédécesseur d'Eleuthère, sous Soter (166*-175*), que la liste romaine aurait été établie .
1. Ducuesne, Le Liber pontificalis, t. I (Paris 4886), p. I-VI, et tout le chapitre « Die ältesten Bischofslisten » dans ACL, t. IN, p. 70 et suiv. F. Overgecx, Die Bischofstisten und die apostolische Nachfotige in der Kirchengeschichte des Eusebius (Bale1898), et la réplique de HARNAGK dans
la Theotog. Literaturz. t. XXII (1898), p. 657. FUNK, Kircheng. Abhandl. t. I, p. 373. A. MicueLs, L'origine de l’épiscopat (Louvain 1900), p. 306.
$ 9. — Actes des martyrs.
L'interrogatoire de tout accusé était sténographié par des notart où exceptores, et les procès-verbaux étaientconservés dans lesarchives publiques (archivum proconsulis, Go yeïo Smuooov). On pouvait se procurer une copie de pareils procès-verbaux, soit en payant les archivistes (spiculatores) pour les transcrire, soit en profitant de leur connivence pour en prendre copie.On lit par exemple dans la passion de saint Tarachoset de ses compagnons : « Voulant réunir toutes les pièces relatives à leur confession, nous avons obtenu de transcrire ces documents au prix de deux cents deniers payés à Sebastos l’un des spiculatores. » Apollonios l’antimontaniste, dans un passage cité de lui par Eusèbe (v, 18, 9), parlant d’un aventurier qui prétend indûment au titre de martyr, écrit qu'il comparut devant Aemilius Frontinus, proconsul d'Asie, non pas comme chrétien, mais comme auteur de vols commis alors qu'il avait apostasié : « Ceux qui voudront s’instruire . complètement de cette affaire, n’ont qu'à recourir à l'archive public [de Ja province] d'Asie ! ».
Pareils extraits des greffes nous sont parvenus : tels les Acta proconsularia martyrum Scillitanorum, martyrs de Scillium exécutés le 17 juillet 180 à Carthage, sous le proconsul Vigellius Saturninus. La pièce originale, latine, est perdue : on en a une recension grecque qui doit être très voisine de l'original; elle a été découverte et publiée par Usener (1881). On en a
4. E. LE BLANT, « Les Acta martyrum et leurs sources » dans son re- : cueil Les persécuteurs et les martyrs (Paris 4893), p. 4. J. VAN DEN GHEYN, art. « Acta martyrum » du Dict. de théol. catholique, t. I (Paris 4990), p. 320.
aussi deux recensions latines secondaires !. —Eusèbe (v, 21, 5) a connu des actes du martyr romain Apollonius sénateur, actes qui reproduisaient « les paroles
et les réponses prononcées devant le juge Perennius ».
Un mot un peu emphatique d'Eusèbe (7. e.) a fait croire
à saint Jérôme (Vér. int, 42) qu'Apollonius avait pré-
senté au sénat pour sa défense un « insigne volume »
qui était une apologie en règle du christianisme. Pa-
reille apologie n’a jamais existé. Mais on aune passion
grecque d'Apollonius, qui pour le fond semble repro-
duire fidèlement l’interrogatoire officiel; elle à été
découverte et publiée par les Bollandistes. Onenaune
recension arménienne. Le martyre d'Apollonius doit
dater du temps où Perennius était préfet du pré-
toire (a. 183-5) ?.
Dans d’autres occasions, les chrétiens qui sont témoins du martyre, en font le récit pour le communiquer aux églises ou en garder par écrit le rapport. Telle est la Passio Polycarpi, épitre de l’église de Smyrne à toutes les églises « en tout lieu de l'Église catholique ». Telle est la passion des martyrs de Lyon, épître des chrétiens de Lyon et de Vienne aux chrétiens d'Asie et de Phrygie. Nous les avons mentionnées parmi les lettres. Comme actes, on peut citer ceux des saints Carpos, Papulos et Agathoniké, martyrisés à Pergame en Asie, qui sont signalés par Eusèbe (1v, 15, 48) et dont on a retrouvé un texte grec qui peut être celui qu'Eusèbe a connu. Le texte
1. À. ROBINSON, The passion of S. Perpetla with an appendix on the Scillitan martyrdom (Cambridge 1891). — Bibl. hag. gr. p. 86 et Anal. bolland. t. XI (1892), p. 101.
2, F. CONYBEARE, The apology and acts of Apollonius (Londres 1894). Anal. bolland. t. XIV (1895), p. 284; t. XVII (1896), p. 234; t. XVIII (1899), p. 50 et 67. T. KLerTE, Der Prozess und die Acta S. Apollonii (Leipzig
mA: . LITTÉRATURE GRECQUE.
que Métaphraste avait accrédité attribue les martyrs à la persécution de Dèce : le texte retrouvé ne marque aucune date, et l’on conjecture que ces martyrs appartiennent plutôt au temps de Marc-Aurèle !.
Eusèbe ne parle pas d'actes de saint Justin (rv, 16, : 1). On a cependant une passion grecque de Justin et de ses compagnons de martyre, morts à Rome du temps de Iunius Rusticus, qui fut préfet du prétoire de 163 à 167. Cette passion est une relation contemporaine du martyre ?.
Les actes des saintes Félicité et Perpétue de Carthage (7 mars 203) sont un admirable morceau, d'origine montaniste et contemporain, mais l'original en étaittrès probablement latin, et le texte grec qu'on en a n’est qu'une ancienne version *.
Tels sont les actes de martyrs que l’on est en droit d'attribuer au II siècle : pièces bien rares au regard du nombre des actes authentiques qui ont dû exister, mais pièces d’une valeur de premier ordre comme sources historiques.
1. Harnack, Die Akten des Karpus, des Papylus und der Agathonike (Leipzig 4888). Bibl. hag. gr. p. 23.
2. Acta sanctorum tunii, t. I (1695), p. 20. Orro, Corpus apologetarum, t. III (Iena 4879), p. 266. — Bibl. hag. gr. p. 68. ACL, t. I, p. 817.
3. R. Harnis et S. GirroRD, The acts of the martyrdom of P. ana F. (Londres 1890). P. FRANCHT DE CAVALLIERI, La passio SS, P. et F. (Rome 1896). Bibl. hag. gr. p. 106, et Anal. bolland.t. X (1891), p. 67;t. XV (1896), p. 334.
d III
PROPHÈTES ET HOMÉLISTES
La prophétie, soit don surnaturel, soit genre littéraire, tient une place que l’on soupçonne trop peu dans les plus anciennes expressions de la conscience chrétienne. Comme genre elle dérive de la littérature prophétique de l'A. T., plus particulièrement de Daniel; et aussi elle a subi l'influence des écrits apocalyptiques juifs de la dernière époque. Le voyant écrit toujours en un temps qui crie vengeance et revanche : l'avènement du Messie attendu, l'inauguration de la Jérusalem céleste ou du millenium, l’écrasement des ennemis de Dieu et de ses élus : tout une théodicée historique s'exprimant en une imagerie éclatante et avec une passion comme aucune autre littérature humainen’en exprime :les apocalyptiques juifs constituent une famille d'écrits unique. Or ces apocalyptiques ont été lus beaucoup dans les deux premières générations chrétiennes, pour leur messianisme surtout, et dans les milieux chrétiens de culture juive ils ont eu une influence. Cette influence s'est exercée sur les éléments les plus exaltés de l'Église naissante : les communautés chrétiennes primitives ont eu leurs prophètes : tels Agabos (Act. x1, 28; xxr, 10), Barnabé,
Siméon le Noir, Lucius de Cyrène, Manaën (Act. xiu, 1), telles les quatre filles de Philippe (Acé. xxr, 9). On voit par saint Paul que les réunions de fidèles des premières générations comptaient des prophètes prêts à parler selon ce que l'Esprit leur suggérait (7 Cor. xiv,. 26-40). Paul désigne de tels discours du nom d’apocalypses {26 et 30). IL trouve de tels prophètes de l’'Esprit dans toutes les églises par où il passe, en Asie notamment (Act. xx, 23). Les églises toutefois mettront vite de l’ordre dans ces manifestations de l’enthousiasme. On commencera par en exclure les femmes : « Vous pouvez tous [hormis les femmes]. prophétiser l’un après l’autre, afin que tous apprennent et que tous soient consolés » {7 Cor. xrv, 31 et 34). Miltiades défendra plus tard à « tout prophète de parler en extase ». Les prophètes deviendront alors de simples prédicateurs et l’homélie remplacera la prophétie. Il reste de cette prédication des premiers jours l’Apocalypse johannine. Le Pasteur d'Hermas n'en est qu'une imitation artificielle, un apocalyptisme virgilien. La Secunda Clementis est une homélie. Le prophétisme ne renaîtra plus que dans les conventicules montanistes, pour être alors répudié et combattu par toutes les églises.
, $ 4. — Les apocalypses avant l’Apocalypse.
Nous ne nous occuperions pas ici des apocalypses d’origine juive si les plus importantes de ces pièces, négligées par les juifs de la tradition talmudique, ne nous avaient été conservées par des mains chrétiennes, non sans interpolations, il est vrai!.
1. Sur les apocalypses juives voir E. Scuuerer, Geschichte d. jüd. Volkes im Zeitalter I. C. t. III (Leipzig 1898). é
Le livre d'Énoch, hébreu ou araméen d’original, et qui en grec n’était pas un ouvrage de moins de 4800 stiques (Nicéphore), s’est conservé intégralement en éthiopien, et le manuscrit d’'Akhmim en a restitué un large fragment grec. Il est attesté dans la tradition chrétienne par l'épitre de Jude et celle de Barnabé, par Irénée, lertullien, Clément d’'A., Origène, Eusèbe.… Descriptions du ciel, visions de la physique du monde, visions messianiques et eschatologiques, visions de la succession des règnes historiques, le livre d'Énoch est une apocalypse typique et plus que toutes les autres d'une étincelante poésie. Elle se compose de morceaux d’origine diverse : une vision historique, datant durègne de Jean Hyrkan et plus précisément de l’an 110 environ ; trois paraboles messianiques, datant du règne d'Hérode le Grand (40-4 av. J:-C.), avec de sensibles retouches chrétiennes !.
L'Assomption de Moïse, dont l'original perdu était hébreu, a été en grec une pièce de 1400 stiques (Nicéphore) : on en a un fragment de version latine ancienne d’après le grec et quelques citations en grec. Ce livre est attesté par l’épître de Jude, par Clément d’A., par Origène, par Didyme, par Evodius... L'important fragment qui nous en reste a dû constituer un livre à part, une sorte de testament de Moïse, auquel on aura joint ensuite l'assomption ou récit de sa sépulture. Vision de toute l’histoire du peuple juif, depuis Josué jusqu’à la fin du monde annoncée comme devant suivre de peu un règne qui n’est autre que celui d'Hérode Antipas et de Philippe, cette apocalypse est de très peu postérieure à la mort d'Hérode le Grand (4 av.
1. R. Cuarues, The book of Enoch (Oxford 1893). H. B. SWETE, Psalms: of Salomon with greek fragments of the book of Enoch (London 1899).
ACL, t. IL, p. 68.
J.-C.). Ici les retouches chrétiennes sont douteuses !.
L'Apocalypse [ou Quatrièmelivre] d'Esdras, grecque d'original, ne s'est conservée que dans des versions (latine, syriaque, éthiopienne, arabe, arménienne). Elle est citée par l'épître de Barnabé, par Irénée, : Clément d’A., Tertullien, Ambroise, Jérôme... C’est une annonce de la venue du Messie, de ses combats contre les méchants, de son règne avec les élus sur terre, composition d’une rare et émouvante beauté qui | a exercé une influence exceptionnelle sur la pensée po- ÿ pulaire chrétienne. Une vision d'un aigle à trois têtes [Vespasien, Titus, Domitien], six paires d'ailes [César, Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron] et quatre paires d’ailerons [Galba, Othon, Vitellius, Nerva], symbolise l’Empire romain et fait penser que le Quatrième livre d'Esdras, sûrement postérieur à 70, date de la fin du règne de Nerva (97°). Ici encore des retouches chrétiennes ?.
Nicéphore mentionne une pièce de 300 stiques qu'il intitule *46guau. On en croit retrouver la trace dans les apocryphes Clémentins (Æecogn. I, 32) et dans Origène (Homil. 35 in Lec.), et le texte, au moins en substance, dans une apocalypse d'Abraham que l’on a en slavon et qu'a publiée M. Bonwetsch, pièce d’origine juive, à peine retouchée #.
Nicéphore connaît une apocalypse d'Élie de 316 stiques en grec. On en veut retrouver la trace dans saint Paul (7 Cor. x, 9 et Epk. v, 14). Elle est attestée plus sûrement par Tertullien, les Philosophoumena, Origène, Jérôme, Epiphane... On a des fragments
1. Le texte dans FriizsCue, Libri apocryphi V. T. (Leipzig 1871) et mieux dans R. CHARLES, The Assumption of Moses (Londres 1897) 2. BEnsLy et JAMES, The fourth book of Ezra (Cambridge 4895). 3. N. BoNwersCu, Die Apokalypse Abrahams (Leipzig 1897)
a k LES PRIMITIFS, 59
qu'on croit pouvoir attribuer à cette apocalypse : mais l'attribution est contestée !. — Le même Nicéphore donne 600 stiques à une apocalypse de Sophonie dont on a une citation grecque dans Clément d'A. et une version copte : c'est une pièce juive fortement remaniée par un chrétien. — L'apocalypse de Baruch a dù être composée en grec, comme celle d’'Esdras, mais n'existe plus qu'en syriaque : postérieure à la ruine de Jérusalem, elle est attribuée à la dernière | période du règne de Trajan (+ 117)2.
$ 2. — L’apocalypse de saint Jean.
« Apocalypse de Jésus-Christ, qu'il a reçue de Dieu pour découvrir à ses serviteurs ce qui doit se produire bientôt, et qu'il a manifestée par son ange envoyé à Jean son serviteur... Moi Jean, votre frère, participant avec vous à la tribulation, j'ai été dans l’île appelée Patmos », ainsi débute le livre de l'apocalypse de Jean. Saint Irénée (v, 30), cité par Eusèbe {nr, 18), assure que l’Apocalypse est de l’apôtre et qu'elle « ne date pas de longtemps, mais presque de notre génération, savoir de la fin du règne de Domitien ». Toutefois dans l’Apocalypse même (xvir, 10), la vision des rois donne à entendre qu’il y en a cinq de morts [César, Auguste, Tibère, Caligula, Claude], « et un qui est, et
4. G. STEINDORFF, Die Apokalypse des Elias, eine unbekannte Apokalypse und Bruchstücke der Sophonias-Apokalypse (Leipzig 1898). Voyez ScHuerER dans la Theolog. Literaturz. t. XXIV (1899), p. 4. — Ne pas confondre cette pièce avec l'apocalypse hébraïque du même Elie contemporaine des Sassanides et plus précisément de Chosrau. M. BuTTENwisser, Die hebräische Elias Apokalypse (Leipzig 1897).
2. Sur Élie, ACL, t. I, p. 853. Sur Sophonic, ACL, t. I, p. 854. Sur Baruch, FRITZSCHE, 0. ©. et R. CHARLES, The apocalypse of B. (Londres 1896).
un [septième] qui n’est pas encore mais qui, quand il. sera venu, demeurera peu » : à ce compte l’Apocalypse
daterait du règne de « celui qui est », soit de Néron
(+ 68). Ces données, et il en est d’autres, sans oublier
(xur, 18) le fameux cryptogramme ÿ£ç où on s’ingénie à reconnaître Néowr Kaïcao, ces données font de
l’'Apocalypse la pièce la plus difficile à dater. On n’en
est pas moins assez d'accord pour l’attribuer, avec
saint Irénée, à la fin du règne de Domitien (Cornely,
Harnack). L’Apocalypse est sans doute un recueil de
prophéties se rapportant à différents moments; les
plus anciennes remonteraient à la persécution néro-
nienne, les dernières à celle de Domitien.
$ 3. — Apocalypse de saint Pierre.
Le même manuscrit grec d’Akhmim auquel on doit une part du livre d'Énoch et un fragment de l’évangile selon saint Pierre, nous a restitué un fragment (130 stiques environ) de cette apocalypse de saint Pierre que Nicéphore signalait comme une pièce de - 300 stiques, et dont le Muratorianum écrivait : « Apocalipses etiam IÎoannis et Petri tantum recipimus, quam quidam ex nostris legi in ecclesia nolunt». Cette apocalypse est attestée par Clément d'A. (Eclog. 41, 48, 49 et Euseb. 77. Æ. vr, 14, 1), peut-être par l’épitre des Lyonnais (a. 177). Elle était lue encore en certaines églises de Palestine, au V® siècle {Sozomen. vit, 19). Le fragment conservé débute aux derniers mots d’un discours de Jésus aux Douze sur les signes de la fin; suit une description de la félicité des justes et du châtiment des méchants en l’autre vie. L'apocalypse de saint Pierre n’a rien de commun soit avec
l'évangile de saint Pierre, soit avec l'apocalypse johannine; mais ses points de contact avec la seconde épitre de saint Pierre sont nombreux et énigmatiques. C'est la première en date des descriptions de l’audelà chrétien, et elle a influé sur toute la longue série qu'on en a, et plus directement sur l'enfer des Acta Thomae etsur la vision de Saturus dans la passion de sainte Félicité. Notre apocalypse aurait été composée entre 110-160 et serait d’origine palestinienne ou égyptienne !.
$ 4. — Le Pasteur d'Hermas.
Le livre singulier en tête duquel on lit simplement Tour S'est conservé, pour deux morceaux, dans un papyrus (V°s.) rapporté du Faioum à Berlin, pour un autre dans le Codex sinaiticus de la Bible {IV° s.), pour la presque totalité dans un manuscrit de l’Athos (XIVe-XV°5.) aujourd'hui en partie à Leipzig. On ena, en. outre, deux versions latines anciennes indépendantes : l'une dite Vulgate, pour la première fois pu-
1. Le texte dans BOURIANT, GEBMARDT-HARNACK, ROBINSON, Lops (voyez p. 35). ACL, t.I, p. 20. A. DieTeniCn, Nekyia, Beiträüge zur Erklärung der neuentdeckten Petrusapokalypse (Leipzig 1893). HARNACK, Zur Petrusapokalypse (Leipzig 1895). À CL, t. II, p. 410.
Épiphane (XXX VIII, 2) attribue aux Gnostiques caïnites une apocalypse de Paul ?4ya6arixor Iluvlov développement du passage (II Cor. XII, 4) où l’apôtre parlait de son ravissement au troisième ciel. — Sozomène (VII, 49) parle d’une autre apocalypse de Paul, développement catholique du même thème et fiction sans intérêt du temps de Théodose ; Tischendorf en a publié le texte grec, 4pocalypses apocryphae (Leipzig 1866), p. 34. On l’a en syriaque, en copte, en slavon, en latin. — Le catalogue gélasien mentionne, en même temps que cette apocalypse de Paul, une apocalypse de Thomas (perdue) et une apocalypse d'Étienne(perdué). — Sur l’apocalypse de Zacharie (le père de Jean-Baptiste), voyez Anal. bolland. t. XVI (1897), p. 92. :
bliée par Lefèvre d'Étaples (1513) et dont on a de nombreux manuscrits, remonte peut-être au IT siècle; l'autre dite Palatine, publiée par Dressel (1857) d'après un ms. du fonds Palatin du Vatican{(lat. 150; XIV°$.) ne serait pas antérieure au V° siècle. On a enfin une version éthiopienne.
La circulation du Pasteur est attestée par Irénée, par le Muratorianum, par Tertullien, par le De aleatoribus, par Cyprien, Clément d'A., Origène, Eusèbe, … À Athanase, Jérôme... Rome et Mie sont les deux églises où il a été lu davantage. L'auteur à adopté la forme apocalyptique : il s'exprime en cinq visions, douze commandements et dix paraboles. L° Église lui révèle le secret de l'édification de l'Église et de devoir de la pénitence; l'ange de la pénitence, le Berger, lui expose les douze commandements, puis, par des symboles ou paraboles, des enseignements spirituels dont le thème est toujours l'édificatién de l'Église etla pénitence. C’est une introduction à la pénitence pleine de traits de mœurs révélant une église déjà bien relàâchée : c’est aussi un manifeste anti-encratile, « scriptura Pastoris quae sola moechos amat », dira Tertullien (Pudicit. 10).
L'auteur du Pasteur est indiqué dansle Muratorianum : « Pastorem nuperrime temporibus nostris in urbe Roma Hermas conscripsit sedente 7 in > cathedra urbis Romae ecclesiae Pio episcopo fratre eius ». De même la Chronique d'Hippolyte citée dans le Catalogue Libérien : « Sub huius [Pii] episcopatu frater eius Hermes librum seripsit, in quo mandatum continetur quod ei praecepit angelus cum venit ad illum in habitu pastoris » (Lib. Pontif. t. I, p.5). À ce compte, le Pasteur daterait du temps du pape Pius (140*-155*) et aurait cet Hermas pour auteur. De fait, les indices his-
toriques y sont significatifs d’une époque de paix {le règne d’Antonin le Pieux, 138-161), qui succède à un temps de persécution {le règne de Trajan, 98-117). Mais il faut admettre que l’auteur aura archaïsé son personnage, dont il fait un contemporain de saint Clément, et archaïsé son langage même, les termes qui lui servent à désigner la hiérarchie témoignant d’un état
… assez primitif. Il y à une grande part d'artifice dans la
naïveté d'Hermas. Le système (Spitta) qui tendrait à faire du Pasteur une œuvre juive retouchée par un chrétien est un simple paradoxe. Le système (Harnack), qui, tout en reconnaissant l'unité philologique et doctrinale du Pasteur, tout en le tenant pour une œuvre publiée vers 140, en ferait une œuvre formée de sections successivement agelomérées autour de la Vision II comme noyau, sections dont la plus ancienne remonterait aux premières années du second siècle, est un système qui nous paraît s’accorder mal avec l’unité de tendances du Pasteur ?.
$ 5. — La prétendue seconde épître de Clément.
La pièce qui porte le nom de seconde épitre de saint Clémentn'a rien qui permette d’y reconnaîtreune épitre. C’est en réalité une homélie, qui s'adresse à des « frères » et à des « frères etsœurs », une instruction morale, une vovOeota (cf. xvur, 3 et 5), prononcée sans doute par un presbytre. Cette homélie est incontestablement antique : l’auteur semble encore peu prévenu contre le
1. GennarDT-HarNAcK, Hermae Pastor (Leipzig 1877). FUNK, Opp. pair. apost. t. I (Tübingen 1887). — ACL, t. I, p. 49 et t. II, p.257. F. SPITTA, Studien zum Hirten des H. (Gôttingen 1896). FUNK, « Die Einheit des Hermas » dans la Theologische Quartalschrift, t. LXXXI (1899), p. 321.
gnosticisme, il ignore la littérature johannine, il cite {outre les Sen piques l'évangile selon les Égyptiens ; enfin et surtout entre le Ro d'Hermas et notre ho-. mélie on constate une telle conformité de pensée en ce qui concerne la vie chrétienne et la pénitence, que l’on incline à voir dans la Secunda Clementis une œuvre, sinon du même écrivain, au moins du même milieu et du même temps que le Pasteur. Le texte grec en est établi sur le Codex alexandrinus (V°s.) et sur le manuscrit qui nous a rendu la Didachè (XF5s.) : on a une version syriaque, pas de version latine. La plus ancienne attestation que l'on puisse produire est celle d'Eusèbe (11, 38, 4), encore ne connaît-il une soi-disant seconde épître de Clément que par ouïdire. L'hypothèse (Zahn, Lightfoot) qui ferait dela Secunda Clementis une pièce d'origine corinthienne, plutôt que . romaine, ne se soutient pas; l'hypothèse (Harnack) qui lidentifierait avec l’épitre perdue de Soter (166*-175*) aux Corinthiens, a contre elle le caractère homilétique de notre prétendue épitre !.
4. Le texte dans les éditions GEBHARDT-HARNACK, FUNK, LIGHTFOOT, wl sup. PG, t. I, p.329 (texte de Cotelier). ACL, t. I, p. 47 et t. II, p. 438.
Chaque église a une fonction didactique continue, qui s'exerce par ses presbytres, vocable archaïque désignant les évêques, les prêtres, les didascales, tous ceux que l'Église a investis d'une prééminence : et en chaque église les presbytres constituent une force de stabilité qui partout également s'oppose aux nouveautés. Lorsque, à la fin du II° siècle, l’hérétique Noët est cité devant les presbytres de Smyrne pour rendre raison de ses nouveautés, les presbytres se bornent à opposer àses affirmations leur symbole et d’ajouter: «...xai ravra héyouer & dudOouer : Nous disons ce que nous avons appris » (Hippol. Contra Noet. 1). Cette méthode ne suppose aucune spéculation, à peine une exégèse. Le symbole est le tout des presbytres. De là l'importance qu'il convient d'attacher à l'étude des symboles, en particulier au symbole type, celui de Rome ou des Apôtres, comme expression de la foi canonique des églises primitives. — Le gnosticisme n’est pas né dans le sein des églises : les fidèles qu'il arrive à séduire sont sans merci séparés, « multos exterminavit», comme dit Irénée de Marcellina (1, 25, 6) : les docteurs qu'il se donne sont excommuniés et réduits à
n'être que des teneurs d'écoles et de conventicules : les livres apocryphes qu'il met en circulation sont dénoncés et proscrits. Mais malgré tout, si les syncrétisations théosophiques du gnosticisme sont une tentative avortée et de nulle action sur la pensée catholique,
cette tentative à elle seule est un effort d'explication de la nature et de l’histoire conformément aux données introduites par le christianisme, et cet effort, qui est légitime, vase perpétuer, parce que les premiers pères qui auront à réfuter les Gnostiques auront à leur emprunter leur méthode. — Cette évolution de la méthode ecclésiastique est tardive : aux Gnostiques, l'Église n’a opposé que ses symboles et ses presbytres. Voyez la préface de l’Anonyme antimontaniste d'Eusèbe (v, 16, 3), où cet écrivain s'excuse d'avoir longtemps hésité à écrire « appréhendant d’être accusé de vouloir ajouter quelque chose à la parole du Nouveau Testament de l'Évangile, à laquelle il n’est possible ni d'ajouter ni de retrancher », Ce sont des laïques, ce sont des « philosophes » de profession, qui, défendant le christianisme comme société au nom du droit des gens, en viennent à le défendre comme religion au nom de la philosophie : le christianisme est pour saint Justin une philosophie révélée : on montre par l'exégèse qu'il est révélé et par la dialectique qu'il est une philosophie. Le jour, où des évêques, comme Apollinaire, eomme Méliton, comme Irénée, entreprennent de réfuter Marcion et de convaincre de Aurèle, la théologie tr lique est fondée.
$ 4. — Les symboles.
Le formulaire de foi que nous appelons symbole des Apôtres est le formulaire qui dans l’église romaine
nn.
était appris par cœur par les catéchumènes au début de leur initiation catéchétique (traditio symbot), et qu'à la dernière séance avant leur baptème ils devaient réciter publiquement {redditio symboli). Le symbole n'était jamais écrit. Le symbole romain, en grec à l’origine, a dû être primitivement constitué par les termes suivants
! à : 4 Iliotevw ets Eva 0e0v Tmaréoa Tayroxodrooa, nat eis Xg070Y
?T; C2 \ € 1 > … 4 , Eee 4 2 > 7OOVY TOY VIOY AUTOU TOY XVO1LOY YUWV; TOY yevvn0évre Ex T&Q-
Oérov, toy ëmt Iovriov Iluérov oTavewOérra, rm Toit %uéoe &vao térra x vexoor, xa0mueror èy deñi@ Toù murods, 60e» Éoyere zotren ÉWyTag xal vexoovs, xab els TO HvEUuU& &yL07.
Les symboles des diverses églises occidentales [italien, africain, espagnol, gallican, irlandais) sont issus du symbole romain. Ce symbole au contraire ne pénetre, semble-t-il, dans les églises orientales que par l’intermédiaire du symbole accepté à Nicée, loin qu'il y ait eu en Orient un symbole aussi ancien que le symbole romain et procédant de l'Asie. Le symbole romain dans sa forme la plus ancienne remonte au moins à la seconde moitié du Ile siècle. Il est antérieur aux controverses monarchiennes de la fin du If° siècle. On remarquera qu'il ne présente aucune expression proprement hellénique et est tout scripturaire de langue, mais l'influence de S. Jean est absente. Nul indice que le rédacteur se préoccupe des Juifs. On s'est manifestement appliqué à abstraire la foi en une norme quasi juridique.
Plus tard, à mesure que les controverses naïitront, elles laisseront leurs traces dans le symbole. On supprime £y« devant 4edy pour ôter toute prise aux Mo-
narchiens; on mentionne l'Église et le Baptème au moment des controverses baptismales du III siècle;
le Conceptus vise, croit-on, les Priscillianistes. Le reste est interprétation ou glose. Le Descendit ad inferos apparaîtra à Aquilée à la fin du [Ve siècle. La Communio sanctorum au début du Ve chez Nicetas de Ré-
mésiana. Catholicam n'est pas plus ancien !.
$ 2. — La Didachè.
Le catalogue stichométrique de Nicéphore mentionne une ÆAdayn énocrokow» à laquelle il attribue 200 stiques. Le titre complet en grec est Aduyn Tor dudexx änootékwy. Les plus anciennes attestations certaines qu'on en ait sont, pour l'Occident latin, le De aleatoribus (ch. 4) du pseudo-Cyprien ; pour l'Orient grec, Clément d'Al. (Sérom. 1, 20, 100 etc.) et Origène (Hom. VI in ludic., etc.). Elle a été retrouvée et publiée par Bryennios (1883), d’après un ms. unique qui appartient à la bibliothèque grecque orthodoxe de Jérusalem et provient du fonds de l’ancien patriarcat, ms. daté de l’an. 1056. On a retrouvé depuis une version latine ancienne de la première partie (I-VT) dans un homiliaire du XI° siècle; et cette même première partie dans la vie de Schenoudi, soit arabe, soit syriaque; enfin toute la Didachè en arménien ?.
4. Pour le texte du symbole, voir la diss. « Vetustissimum ecclesiae romanae symbolum » appendice (p. 115 ets.) à la Barnabae epistula (Leipzig 4878) de GEBHARDT-HARNACK. — ACL, t. I, p. 115 et t. Il, p. 524.
Pour l’histoire du symhole, deux livres : C. P. Caspari, Quellen zur Geschichte des Taufsymbols (Christiania 1866-1879) et F. KATTENBUSCH, Das apostolische Symbol (Leipzig 1894-1897). Excéllent résumé dans Haun, Bibliothek der Symbole, 3° édit. (Breslau 4897). — HARNAGK, art. « Ap. Symb. » de RE 3. P. BATIFFOL, art. « Apôtres (Symbole des) du Dictionn. de théologie cath.
2. L'édition princeps a été donnée par Philothée BRYENNIOS, Ada y
La Didachè écrite en un style simple et populaire, mais pur et presque rythmique, se divise en deux parties, l’une morale, l’autre liturgique et disciplinaire. La partie morale (r-vi) est présentée en une sorte de parabole : il existe deux chemins, celui de la vie et celui de la mort, celui des préceptes essentiels, celui des fautes capitales. La partie disciplinaire traite du baptème, des jeùnes, de l’eucharistie (vir-x), puis de la hiérarchie, apôtres, prophètes, didascales, évèques, diacres (x1-xv). L’opuscule se clôt (xvr) par une exhortation à la vigilance et sur la parousie. C’est, moins le symbole, une façon de catéchisme, et de catéchisme sans aucune tendance hérétique.
On a conjecturé que la Didachè dépend d’un texte primitif juif, sorte de catéchisme moral pour les prosélytes qui pouvait s’intituler Duae viae et qui comprenait, non seulement le développement sur les deux chemins qui forme la première part de la Didachè, mais encore un certain nombre des préceptes de la seconde partie. Les Duae piae seraient la source du dernier chapitre de l'épître de Barnabé. Mais à cette conjecture (Harnack) on en oppose une autre : l'épitre de Barnabé dépendrait directement de la Didachè, et cette seconde conjecture paraît la plus naturelle (Funk).
rûr dudex« àrocrdiwr (Constantinople 1883). Nombreuses éditions à la suite : Harnack, Leipzig 1884; HILGENFELD, Leipzig 1884; SCIIAFF, New-York 1885 et 1889; P. SABATIER, Paris 1885; Funx, Tübingen 1887; JAcouIER, Lyon 189; Minasr, Rome 1891; RENESSE, Giessen 41897. — R. Harris, The teaching of the Ap. (Baltimore 1887) reproduit en phototypie les feuillets du ms. — J. Dasnran, Die Lehre der 4postel (Vienne 1896). H. BENIGNI, Didache coptica (Rome 1898). L. ISELIN, Eine bisher unbekannte Version des ersten Theiles der Apostellehre (Leipzig 4895). J. SCHLECHT, Doctrina XII App.una cum antiqua versione latina (Freiburg 1900). Harnacx. art. « Apostellehre » de RES, ACL, t. I, p.86;
t. II, p.498. Fuxx, Xirch. Abhandlungen, t. II, p. 108.
Ilya quelque parenté entre les prières eucharistiques de la Didachè et maintes expressions du quatrième évangile; mais que la Didachè dépende du quatrième évang'ile, cela non plus n’est pas prouvé. Les citation qu’elle fait de l’« évangile », comme c’est le cas auss des Logia de Behnesa, se re à la tradition synoptique sans s'y retrouver textuellement. La Didachè ignore la littérature pauline et elle fait allusion à un état du développement de la hiérarchie antérieur à celui que révèlent les épitres ignatiennes et l’épitre de saint Clément. À ce compte, il semble impossible de la dater avec Harnack de la période 120-160. Aussi la tendance générale est-elle actuellement de vieillir davantage la Didachè : elle serait au moins de la période 80-100 (Funk, Zahn, Lightfoot).
Le lieu d’origine pourrait être indifféremment l'Égypte ou la Syrie.
$ 8. — Didascalies et constitutions.
Une pièce qui portait le titre de Térgov xjovyua est citée d’après le valentinien Hérakléon par Origène (Zn Jo. xur, 17), et peut-être directement par Clément d'Al. (Sérom. v1, 6, etc.) à plusieurs reprises. Eusèbe la mentionne (11, 3, 2) comme un apocryphe. Origène mentionne ailleurs (Periarchon, praef. 8) une I£éroov ddacxukia, qui est sans doute le même Ilérçov #jovyua. On n'est pas d'accord sur le contenu possible du 11£- Toov #jouyua : peut-être conviendrait-il d'y voir le développement dela vision de Pierre à Joppé (Act. x, 9- 16). Il dépendrait de l’évangile selon les Hébreux: et l'apologie d’Aristides en dépendrait à son tour. Il n'y a aucun lien entre la Secunda Petri et le Kigvyuaæ. On
28 ‘ ke | £ 4 e : À Ë # LES PRIMITIFS, 71
en fait une pièce égytienne de la première moitié du IF° siècle !.
On peut désigner sous le titre de Constitution ecclésiastique apostolique (« Apostolische Kirchenordaung » des Allemands), une description en trente pechapitres de la morale chrétienne et de la discipline »celésiastique, redigée sous forme de procès-verbal d’une assemblée où ee apôtres prennent tour à tour la parole pour énoncer d’abord des maximes de conduite, puis les règ'es qui doivent présider à l'élection des évêques, des prêtres, des lecteurs, des diacres, des veuves, et finalement pour expliquer les raisons qui excluent les femmes de tout ministère liturgique. Il est probable que les chapitres de morale {ri-xv), simple adaptation de la Didachè, sont un complément introduit après coup dans l’opuscule primitif qui était purement disciplinaire (£a Duchesne contre Harnack). Le rédacteur de cette partie disciplinaire connaissait sûrement la Prima Clementis. On a voulu lui donner pour sources deux écrits plus anciens, l’un une Karuo- Taois Tic éxnotuc, l'autre, une KardoTraois Toù xhjç0v, deux écrits d’origine égyptienne et remontant à la période 140-180. Mais cette conjecture ne se soutient pas (ta Funk contre Harnack). La Constitution ecclésiastique apostolique, telle que nous l'avons, remonte à la première moitié du II° siècle. En titre 4è diarayuè at da Kimuevros Lo AONOVEG ÉXAANOLUOTLXOÙ TOY GyLwr änootékwv, titre impropre donné par l'unique ms. grec qu'on en ait (Vindob. hist. gr. 45; XIF° s.). Lo puscule existe aussi en cople, en éthiopien, en De laque. Ilest, peut-on croire, d’origine égyptienne ?.
1. Les fragments dans NesTLE, N.T. gr. Suppl. p. 82. —E. v. DOpscnürz, Das Kerygma Petri (Leipzig 1893). ACL, tr pH AID A7 2, Le texte de la Const. eccl. apost. dans Funk, Doctrina XII apostolo-
Il ne faut pas confondre cette Constitution ecclésiastique apostolique avec une pièce analogue, qui n’existe plus qu’en copte et en éthiopien, et que l’on désigne sous le titre de Constitution ecclésiastique égyptienne (« Aegyptische Kirchenordnung » des Allemands); elle est divisée en trente-deux canons. Cette Constitutionecclésiastique égyptienne est attribuée au IV° siècle et tenue pour intermédiaire entre les soi-disant Canons d'Hippolyte et le VII livre des Constitutions apostoliques |.
De Lagarde a le premier publié (1854) un texte syriaque qui s'intitule Didascalia sive doctrina XII apostolorum et sanciorum discipulorum nostri Salpatoris, et qui s’est conservé en un ms. syriaque unique (Paris. Sangerm. syr. 38; VIIT s.). Tout récemment on vient d’en retrouver une version latine dans un ms. palimpseste de Vérone : cette version peut remonter au IV° siècle et est d’origine milanaise. On en a aussi une version arménienne, qui peut être du V: siècle. Il est certain que les six premiers livres des Constitutions apostoliques (IV° siècle) sont une adaptation de l'original grec perdu de cette pièce syriaque, original qui, sous le nom de Æurañç Tv @rxoo- TÜAwy, était aux mains de saint Épiphane (XEv, 2; Lxxy, 7;1xxx, 7; etc.). L'auteur grec de cette exposition de
rum (Tübingen 1887), p. 50. — ACL, t. I, p. 451, et t. IT, p. 332. HARNACK, Die Quellen der sog. apostolischen Kirchenordnung (Leipzig 4886). Cf. Bull, crit.t. VII (1886), p.361, une importante critique de Harnack par Duchesne. ACuELIS, art. « Apost. Kirchenordnung » de RE 3. Fuxx, Kürcheng. Abhand. t. IL, p.236. — On identifie par conjecture la Const. eccl. apost. avec la pièce citée par Rufin (7n symb. 38) sous le titre de Duae viae vel iudicium secundum Petrum, la même que S. Jérome appelle: Tudicium Petri (Vir. inl. 1).
1. Le texte de la Const. eccl. égypl. traduit du copte et de l’'éthiopien en allemand, dans H. Acneuts, Die ältesten Quellen des orient. Kirchenrechts (Leipzig 189), p. 39.
la discipline ecclésiastique a dû écrire dans la première moitié du IT siècle, si nous enjugeons d’après l'état de la hiérarchie et de la pénitence qu'il décrit. Ce doit être un Syrien (ou un Palestinien). La version syriaque
. de son grec peut remonter à la seconde moitié du IIIe
siècle, et présenter un texte un peu rajeuni. Parmi
les sources de la Dicascalia, on reconnaît la Didachè, les épîtres ignatiennes, le IV® livre des Oractes stbyllins, peut-être Justin et Hégésippe (Funk), peut-être un récit apocryphe de la passion (Resch) !.
$ 4 — La littérature gnostique.
Le plus ancien gnosticisme, tel qu’on l’entrevoit dans les hérésies que combattent les épîtres aux Colossiens et aux Éphésiens, les épitres pastorales, Johannines, ignatiennes, n'a pas de littérature : Cérinthe (Kyow6oc), contemporain de Jean à Éphèse,
Saturnin (Surogrivoc) à Antioche (ca. 100-120), ne sont connus que par ce que les hérésiologues catholiques ? rapportent d'eux. Mais au second siècle, au moment
1. E. HAULER, Didascaliae apostolorum fragmenta veronensia, t. 1 (Leipzig 1900). P. de LaGarDE, Didascalia apostolorum syriace (Leipzig 1854). Funk promet une édition critique. — ACL, t. I, p. 515. FUNK, Die apost. Konstitulionen (Rottenburg 1891), p. 28.
2. Les controversistes se sont appliqués à dresser des sortes d’inventaires des hérésies, contenant l'exposition ct la réfutation de cha. cune d’elles. On connaît trois hérésiologies principales : — celle que saint Irénée a incorporée (I, 22-27) dans son traité et qui a dû être composé vers 170; — puis celle de saint Hippolyte, composée vers 200, et dont a) l’appendice au De praescriptionibus de Tertullien, b) le Liber de haeresibus de Philastrius de Brescia vers 385, c) le Contra haereses de saint Épiphane, sont dérivés; — enfin les Philosophoumena. R. A, Lrpsius, Die Quellen der ältesten Ketzergeschichte (Leipzig 1875).
Sur les sources de l’histoire du gnosticisme, AC£, t. I, p. 143-592, J, XuNzE, De historiae gnosticismi fontibus (Leipzig 1894). W. ANz, Zur Frage nach dem Ursprung des Gnostizismus (Leipzig 4897).
(ca. 120-150) où le gnosticisme est en pleine florai--.
son, il se produit une littérature gnostique, que les controversisles catholiques font connaître en la réfu-
tant, et dont quelques découvertes modernes ont res-
titué des morceaux "originaux n
Basilides (Buoueidne), contemporain d'Hadrien (117-
138), 4 enseigné à Alexandrie, et il ne semble pas que sa secte se soit répandue hors de l Égypte : il se donne pour disciple de Glaukias interprète (ëguyreus) de l'apôtre Pierre. Après lui, son fils Isidore (oidwgos) continue son enseignement. La secte basilidienne disparait passé la fin du Il° siècle. — L'œuvre écrite de Basilides con$istait en un recueil intitulé E£nynrixé, en 23 livres au moins (Strom. 1v, 12), le même qu'Eusèbe {1v, 7, 7) d’après Agrippa Castor signale comme un traité en 24 livres Eic t0 svuyyehov. Ce titre est à
rapprocher du titre de Papias, "E£yyroaic. Il est pos- -
sible que l’évangile de Basilides dont parle Origène (Hom. Tin Le.) ne soit qu'une périphrase désignant les "E£pynruxa. De ces derniers de nombreuses traces ou citations existent dans les Stromates et les Philo-
sophoumena, qui demanderaient à être soigneusement:
relevées. — Un fragment d'Origène, recueilli dans une chaîne, attribue des hymnes à Basilides, et de même, semble-t-il, les dernières lignes du Muratorianum : aucun vestige de ces hymnes. — Isidore avait composé des Efyyquuxo Toù noogyrov Ilapywo, le Barkoph ou Barkabbas personnage légendaire de la littérature Zoroastrienne ; il avait composé aussi
1. Les fragments des Gnostiques sont réunis dans l’édition de s. Irénée de dom MAssuEr (PG, t. V, p. 1263). Ce recueil serait à refaire. —
ACL, t.p.1#ett.Il, p.533est capital. Pour la chronologie des Gnostiques, ,
ACL, t. II, p.28i.Sur le gnosticisme en général, Ducnesxe, Orig. chrét. p. 133 et KRUEGER, art. « Gnosis » de REG,
des Hé où Ilugæveruxd, sortes d'homélies : et enfin un Leo roo6pvoës wvync ou de la seconde âme. Tous ces titres nous sont connus par Clément d'A. en ses Stromates .
Originaire d'Égypte, Valentin (Oÿasrtivos) a enseigné à Alexandrie, puis en Chypre; il enseigne à Rome du temps d’Antonin le Pieux (138-161); à la manière de Basilides, il se donne pour disciple d'un | Théodas familier de l'apôtre saint Paul. On voit signaler de lui par Tertullien, Clément d’A., les Phrlosophoumena, des hymnes ou psaumes, des épitres, des homélies. Mais ce peu d’écrits ne donne pas l’idée de l'influence exercée par V alentin : son enseignement est celui qui tient le plus de place dans les
réfutations de Justin, d'Hégésippe, d'Irénée, de Ter-
tullien; sa secte aux allures secrètes est traitée de « frequentissimum plane collegium inter haereticos » (Tertull. Ade. Valentinian. 1)?
Dans cette secte on écrivit beaucoup. On a un recueil fait par Clément d’A. d'extraits valentiniens attribués à un disciple nommé Théodotos, inconnu d'ailleurs, Ex Tor Oeoddrov ui Ti GvarolMxÿs xahovuëvns Mdacxulius xura Toùs OÙulsytivou Y00VOvG Entroua. Epiphane (xxx1, 5 et 6) cite un important fragment valentinien qui appartient peut-être à ce Théodotos. Les disciples de Valentin étaient partagés en deux écoles ou didascalies, celle d'Italie (éralorixn ddaoxukta), celle d'Orient (dyaroluxn d.), cette indication est fournie par les Philosophoumena (vtr, 35). Avec Theodotos, Axionikos, dont on n’a rien, et.
4. HiLcenreLn, Ketzergeschichle des Urchristenthums (Leipzig 488%), p. 227. KRUEGER art. « Basilides » de RE3, et ACL, t. I, p. 157. FUNK,
Kircheng. Abhandl. t.T, p. 358.
2, ACL, t.I, p. 480; 1. IN, p.289. Lupsius, art. « Valentinus » du DCB.
Bardesanes, qui appartient à la littérature syriaque, représentent l’école orientale : l’école italienne est représentée par Hérakléon et par Ptolémæos. De ce dernier (ca. 150-175), on a une importante épitre à une femme chrétienne, Flora, épiître conservée par: Épiphane (xxx, 3-7), et un fragment de commentaire du prologue de saint Jean, cité par [rénée [r, 8, 5), qui a dû faire partie d’un ouvrage plus étendu. D'Hérakléon (ca. 175-200), on a des fragments d’un commentaire sur l'évangile de saint Jean cités par Origene (/n Jo. passim), et d'une réelle importance. Il faut joindre à ces Valentiniens, l’Alexandre dont Tertullien (Carn. Chr. 17) cite un écrit qui a pu porter le titre de Syllogismes; et le Théotimos dont Tertullien encore (Ad. Valentinian. 4) rapporte que « multum circa imagines legis operatus est », allusion à quelque traité fortement allégoriste; mais surtout le : Markos (ca. 150) dont Irénée fait le maître des Markosiens. Ce Markos qui a dû séjourner en Asie, était auteur au moins d’une sorte de liturgie gnostique, dont Irénée cite plusieurs formules consécratoires, et pour laquelle Tertullien le traite de « magus » (Z. e.) : elles vaudraient la peine qu’on les réunît et qu'on les étudiàt !.
À Rome, du temps du pape Anicet (155*-166*), une femme du nom de Marcellina vint prêcher la doctrine carpocratienne et lui obtint une certaine vogue (Iren. 1, 25, 6). Irénée parle d'écrits des Carpocratiens (1, 25, 5) : Clément d’A. cite un traité Ilsoù dixuooëvns d'un carpocratien du nom d'Épiphanes (Strom. 111, 2)
41. HILGENFELD, 0. C. p. 292 et suiv. À BROOKE, The fragments of Hera- : cleon (Cambridge 1891). P. RUBEN, Clementis A. excerpta ex Theodoto (Leipzig 4891). — ACL, t. I, p. 17%; t. II, p. 540. LrPsiUS, art. « Ptolemaeus » et SALMON, art. « Marcus » et « Heracleon » du DCB.
dont il fait le fils de Carpocrates. Ce dernier luimême (Kagroxoärncs) était un alexandrin et contemporain de Basilides et de Valentin ou plus jeune qu'eux de très peu : il ne paraît pas que saint Justin ait connu ses doctrines {.
Basilides, Valentin, Carpocrates représentent trois écoles ou confréries nettement caractérisés, autour desquelles les hérésiologues en groupent d’autres qui le sont infiniment moins, leur donnant le nom générique d'Ophites, et les distinguant en Archontiques, Antitactes, Barbéliotes, Docètes, Sévériens, Caïnites, Naasséniens, Noachites, Pérates, Séthites, ete. On peut tenir ces manifestations gnostiques pour secondaires et dérivées. Strictement exclues detoutes les églises par la vigilance de la hiérarchie, elles formèrent, particude n en Égypte, des groupes de dissidents, dont quelques-uns persévéraient encore dutemps de saint Spiphane. Il y a des traces et des vestiges de plusieurs livres apocryphes qui furentàleurusage, comme l’évangile de Judas, l'évangile d’ Ëve, une Assomption de Paul, d'Isaie, des ce d'Abraham, de Moïse, d'Élie, des livres d'Adam et de Seth et des fils de Seth, des hymnes? Née dans les milieux des plus malsains, hors du courant de la grande Église, cette littérature de faux n’est pas de nature à être regrettée. — On en a du moins quelques spécimens. Dans la Pistis Sophia, Jésus ressuscité converse avec ses disciples, et durant onze années les instruit des mystères les plus sublimes; le thème est l'histoire de « Pistis Sophia », de son origine céleste, de sa déchéance, des persécutions que les autres éons lui font
4. ACL, . I, p.161. SALMON, art. « Carpocrates » et « Epiphanes » du DCB.