‹ La littérature grecqueChapitre 15 sur 65 · ACL, t. II, p · texte numérisé non relu

ACL, t. II, p

2, Sitzungsberichte, 1896, p.627 et ACL, t.I1, p. 515.

3. Orro, Corpus, t. IX, p.41. H. Diezs, Doxographi graeci (Berlin 1879), p. 649. ACL, t. TI, p. 782. KRUEGER, art. « Hermias » de RE 38,

disant Hermias et s'applique à montrer les contradictions du paganisme. Il veut montrer de plus que les vérités religieuses que le paganisme a connues, il les doit aux livres sacrés des Juifs. On a voulu que ce Adyoç ragouverixdç (Cohortatio ad Graecos)ait connu : Hermias (Krüger) et que ce Æ670ç soit de la première moitié du II: siècle (Krüger, Puech); mais il paraît plus plausible que c’est une pièce contemporaine de … l’empereur Julien (Asmus) !.

$ 7. — Saint Justin.

Saint Justin (Lovoriros), grec d'origine, est né dans la Judée, à Flavia-Néapolis, l’ancienne Sichem, vraisemblablement vers l'an 100. Il est devenu chrétien à Éphèse au temps d'Hadrien. Puis il est venu à Rome, comme Valentin et Marcion, pour enseigner; il s’y trouve au temps d'Antonin le Pieux (138-161), comme eux à la tète d'un diducxulstor, comme eux laïque, sans attache hiérarchique, philosophe de profession et de costume. Il mourra martyr, du temps du préfet Junius Rusticus (disent ses Actes), c’est-à-dire entre 163 et 167. Justin a été élevé dans l’hellénisme le plus cultivé, en même temps qu'au contact des Juifs instruits : il est éminemment un « rationnel », qui conçoit ou propose le christianisme comme l'expression la plus élevée de la sagesse. Controversiste, il s'applique à éliminer les spéculations gnostiques, falsifications de la philosophie aussi bien que de la foi : apologiste, il établit contre l'incrédulité des juifs le bien fondé en fait de la foi au

4. J. Asuus, Zeitschrift für Wiss. Theologie, (1897), p. 268. A. PuEcu, Mélanges Henri Weil (Paris 1898), p. 395.

LES PRIMITIFS: … 95 £ La cs -

Christ, et cette foi il la présente aux Grecs comme une vérité révélatrice. On a pu tirer de son œuvre toute une théologie : c’est qu'aussi il pose méthodiquement les questions théologiques que soulève le symbole et il s’essaie à les résoudre rationnellement. Il est par là un initiateur. Joignez-y l'autorité d'une conviction pleine de courage et d'ouverture, le charme bien nouveau d'un art littéraire sobre et ingénu.

Parmi les écrits perdus de Justin on connaît de titre un Zérreyua no0c Mogxiun « cité par Irénée {1v, 6, 2 et v, 26, 2) ; un .ÆA6yoc nç0c ElAmrus cité par Tatien (Orat. 18), long ouvrage sur la sagesse comparée des chrétiens et des Grecs, ainsi que sur la nature des démons, nous

apprend Eusèbe {1v, 18, 3); un "Ekeyzos no0ç Ellmqrac,

un LTeoù 0eoù uovagyias d'après les «livres helléniques » en même temps que d’après les saintes Écritures; un Leo yvys, un autre-enfin portant le titre obscur de Parnc (av, 18, 4 et5). — Le Sérrayuu xurû nur Tor yeyevnuévov aigeoewr, où traité contre toutes les hérésies, n'existe plus : on le connaît par la mention que Justin en fait lui-même (Apol. r, 26) et qu'Eusèbe (1v, 11, 10) arelevée. Mais T'ertullien (Ad. Valentinian.5), à qui Justin » philosophe et martyr » est connu, l’a dû utiliser. On suppose même, sans que le fait soit assuré, qu'Hégésippe et Irénée en dépendent. Justin serait ainsi le premier en date de nos hérésiologues.

Les apologies de Justin sont intitulées, la première, > Anokoyia Énèg jQ0Tuarov 1006 *Avrwvivoy TO EÛ 0e67, et la seconde, 4xodoyia Ünèe o10rav0r n006 tir “Pouaicv ovyxanror. L’authenticité de ces déux pièces est établie grâce aux nombreuses citations qu'on en trouve dans Eusèbe. L'apologie à l’empereur est contemporaine d'Antonin le Pieux : de plus elle suppose Lucius Verus (né en 130) d’un âge à être appelé « philoso-

phe » et « ami du savoir »; elle suppose le Christ né depuis cent cinquante ans; elle suppose Marcion hérétique déclaré : on peut donc la dater de 150 environ. L'apologie au sénat est aussi contemporaine d'Antonin le Pieux et du temps où Lollius Urbicus est préfet de. Rome (155*-160) : elle est postérieure à l’autre apologie. Dans l'apologie à l'empereur, Justin établit l’innocence des chrétiens et l'injustice des lois qui les per-

sécutent, puis la vérité du christianisme; dans les derniers chapitres, avec une hardiesse qu'aucun autre écrivain primitif n’a eue, la liturgie étant pour eux un mystère qu'ilne convient pas de publier, il traite du baptême et de l’eucharistie. Dans l'apologie au sénat, il tire du fait même de la persécution et du spectacle de la constance des martyrs une preuve de la vérité du christianisme.

Le Tlooc Toëpora iovdaïoy dwxloyoc parait postérieur aux deux apologies. C’est le récit fait par Justin à un personnage du nom de Markos Pompeios d’un entretien qu'il eut jadis à Éphèse avec un juif lettré et libéral, Tryphon {est-ce un interlocuteur fictif? est-ce un rabbi véritable?) : Justin lui a raconté sa conversion au christianisme; provoqué par l'incrédulité ironique du juif et de ses compagnons, il a entrepris de leur démontrer par l'Écriture la légitimité de l'abolition de la Loi, la préexistence, Re et la résurrection du Christ, la vocation des Gentils et la raison d'être de l'Eglise. Le texte existant est mutilé !.

4. Orro, Corpus, t. I-V. PG, t. VI (reproduit l'édition de dom Manraw, Paris 1742). G. KRuEGER, Die Apologieen Justins (Freiburg 1891). — ACL, & 1, p.99 ett. II, p.274. K. Hozz, Fragmente, p. 32. Nombreux essais récents en Allemagne sur Justin, énumérés par BARDENHEWER, p. 98. P. WEnorEr, Die Apologie Justins (Freiburg 1897). —Nombreuses pièces supposées de saint Juslin. Nous avons noté déjà l’Oratio ad Graecos

$ 8. — Les premiers évêques controversistes.

L'entrée des évêques dans la littérature de controverse et d’apologie, dans le mouvement créé par les apologistes laïques, est un phénomène contemporain du dernier tiers du deuxième siècle. C'est en Asie que cette initiative se manifeste. À la prédication orale et exégétique des presbytres se substitue une littérature où se concilie l'esprit positif des presbytres et la culture des apologistes.

Apollinaire (Kiaëdios *Anolwäguoc) est évêque de Hiérapolis en Phrygie, comme l’a été Papias. Un passage d’une lettre de Sérapion d'Antioche (Euseb. v, 19, 2) parle d’écrits publiés (des lettres?) par lui contre les prophètes montanistes (ca. 170-175). Eusèbe (rv,

27) a connu d'Apollinaire un Tleôc Ékmvus en cinq livres, un Jleoi Glnôeiug en deux livres, probablement contre les juifs, enfin une apologie proprement dite adressée à Marc-Aurèle Tlooc ’Avrwriror Ênèo niotews. La Chronique Pascale cite deux fragments d'un Zlsoi Toù no ya soi-disant d'Apollinaire, inconnu d’ailleurs. Photius (cod. 14) a possédé le Jlooc Ekkmvuc et le Iso GAnbsias, plus un Tlsoi evosbeius qui pourrait n'être autre chose que l'apologie à Marc-Aurèle. L'apologie,

(p. 93) et la Cohortatio ad Graecos (p. 9,4). Le De resurreclione (P.G, t. VI, p. 1572) serait ancien et pourrait dater de la période 150-180, d’après Harnack, ACL, t. II, p. 508. L’Exposilio rectae fidei (p. 1208) n’est pas d’Apollinaire comme le voulait Draeseke, mais doit dater du Ve siècle, d’après Funx, Kircheng. Abhandl. t. If, p. 253. L’Epistula ad Zenam et Serenum (p. 118%) nous a paru être de Sisinnios, évêque novatien à Constantinople vers 400. Revue biblique, t. V (1896), p. 114. Les Ægwryoeis, que l’on a voulu attribuer à Théodoret, sont d’origine antiochienpe et du V® siècle. Byzant. Zeitschrift, t. VII (1898), p. 609. Les autres opuscules sont à étudier.

adressée à Marc-Aurèle seul empereur, peut remonter à la période 169-176. Tout cela est malheureusement perdu f.

Méliton (Maliruy) est un autre évêque asiate, il est évêque de Sardes : Polycrate, écrivant au pape Victor, parle de son tombeau à Sardes comme du tombeau d'un des plus vénérés personnages d'Asie (Euseb. v, 24,5), et Tertullien dans un écrit perdu reproche aux catholiques de le tenir pour un prophète (Vir. nl. 24). Eusèbe (1v, 26) a possédé un recueil fort riche d’écrits de Méliton, dont il dresse la liste : — à) deux livres Ileor roù ndoyæ, dont le fragment cité par Eusèbe témoigne qu'ils ont été écrits à propos d’une controverse sur la pâque suscitée à Laodicée « du temps du martyre de Sagaris et du proconsulat en Asie de Servilius Paulus », c'est-à-dire dans l'intervalle de 162 à 167. — b) deux livres Ileoi molrelug xui ngognrwr, vraisemblablement contre les prophètes montanistes, — c) un Leo Eéxxhnotas, — d) un Ilsoù xvoraxns, peut-être contre les marcionites, — e) un Ilsoi quoeus dvôgwrov, —"fjun Lleoi nhacews, sur la création de l'homme, — g) un Lleoù vauxonç niorews aicônTnotwr ou de l’obéissance que les sens doivent à La foi, mais le titre reste obscur, — À) un Jleoi Wuyns xai owuuros, — i) un Llsoù Aovroov, traité du baptème dirigé sans doute contre “Marcion, et dont on a un très curieux fragment, — 7) un leo œhnôeius, — 1) un Ilepè xricews xui ysreoewc Xqoorov, ici encore le titre est obscur, — 72) un Ileçù aoognreias, dont on veut avoir retrouvé un court fragment dans un des papyrus chrétiens de Behnesa?, — 7)

4, Orro, Corpus, t. IX. ACL, t.I, p. 243 et t. II, p. 358. HARNACK, arf. « Apollinarius » de RE3,

2. GRENFELLEt HUNT, Oxyrrhynchus Papyri, p. 1 (Londres 1899), n.5. Harnack, Sitzungsberichte, 1899, p. 516.

un Ileoù quioSevius, où de l'hospitalité, — o) un livre intitulé KAeiç que l’on a cru à tort retrouver dans un lexique latin de symbolismes bibliques tirés des pères latins, — p)un LIeoi roù dubdaov, #ai WE GTTOX HUE "Lwéyvov, encore un titre obscur et qui peut être à dédoubler; — g) un Ileoù évowudrou 0soù, — r) enfin un Tlç0c”Aytrovivor, apologie adressée à Marc-Aurèle, dont Eusèbe (rv, 26) a sauvé une citation très remarquable; concernant les rapports du christianisme et de l’empire de Néron à Hadrien. On en a une autre courte citation dans la Chronique pascale. Cette apologie est postérieure à la mort de Verus (169) et à l’association de Commode à l'empire (175), elle sera donc de 175-180.

Eusèbe parle en outre d’Exloyai, c'est-à-dire d'extraits de Moïse et des Prophètes concernant « le Sauveur et toute notre foi », et il en cite la préface, une lettre à un chrétien du nom d'Onésime. La préface est le morceau célèbre où Méliton rapporte qu'il a fait un voyage en Palestine pour s'informer du canon de l’Ancien Testament, il entend le canon juif de vingt-deux livres. Le fragment cité par Anastase le Sinaïte (PG,t LxxxIx, p. 528) du troisième livre d'un Zlegi cugxwoecc Xooroù contre Marcion, est d'une authenticité probable !. Pareillement, les quatre fragments syriaques publiés par Cureton et qui semblentappartenir à un traité Ileoù yoyns rai ouuaros xai sis T0 nuûos, dont on retrouve des traces chez Hippolyte et chez Alexandre d'Alexandrie !.

4. Rouru, Reliquiae, t. 1, p. 415. Orro, Corpus, t. IX. A compléter par Spicil. solesm. t. II (entier) et Anal. sacra, t. IT, p. 3. K. Hozz, Fragmente, p. 56. Discussion des fragments de Méliton (notamment ceux que produit Pitra), dans ACL, t. I, p. 246 et t. II, p. 517. Sur la prétendue Clavis, voyez Bulletin critique, t. VI (1885), p. #7 et 196 : c'est

Cureton a publié le premier, d'après un ms. syriaque du IVesiècle, une apologie qui porte le nom du «philosophe Méliton ». Cette apologie se donne pour adressée à « l'empereur Antonin ». En dehors du titreaucun indice ne permet d'attribuer cette apologie à Méliton, ni d'y voir une traduction d’un original grec. Mais elle péut appartenir au I[° siècle !.

Le personnage de Théophile, qui figure dans le catalogue épiscopal d'Antioche (Euseb. rv, 24) et dont Eusèbe place l’épiscopat entre 169* et 177*, est identifié par ce même Eusèbe avec l’auteur de quelques écrits qu'il a eusen main : — a) un 1lo0c tir wipeowr ‘Eouoyévovc, hérétique présenté comme ayant soutenu l'éternité de la matière; cet écrit perdu a été utilisé par Tertullien (Ade. Hermogenem) et par les Philosophoumena; — b) un Kara Mugxiwvos, perdu aussi, a été utilisé par [rénée et par Tertullien; — €) un Tooc - Aitodvroy, en trois livres, que nous possédons; — d) quelques autres écrits qu'Eusèbe qualifie de « catéchétiques », sans doute des livres purement didactiques et non plus apologétiques, il ne nous en reste rien. Le Llodc Avrokvror Emvu mep Tic Tr YOOTLuroY niotTewg, * qui ne s'est conservé qu'en un seul manuscrit (War-cian. 496 ; XI° siècle), est attesté par Lactance (/nstit. dis. 1, 23) et par Eusèbe{£. c.), peut-être par Tertullien, Minucius Félix et Novatien. L'auteur s'y applique à montrer l'innocence de la vie chrétienne et la vraisemblance de la résurrection des corps; le troisième livre

une compilation latine anonyme du V® siècle. La soi-disant lettre de Méliton àEutrepius, trouvéeen arménien, Anal. sacra, t. IV, p.300, n’a aucune valeur. — C. Taomas, Melito von Sardes (Osnabrück 1893).

1. Le texte en est reproduit avec une version latine par RENAN, dans le Spicilegium solesmense, t. II (Paris 1853). Orro, Corpus, t. IX. ACL, t. 1, p. 250,

établit la vérité et l'antiquité des récits mosaïques sur l'origine du monde et de l'humanité opposés aux récits des Égyptiens et des Grecs. L'auteur, dialecticien de peu de logique, mais esprit insinuant et orné, se donne comme un païen converti; il est d’un pays proche du Tigre et de l'Euphrate; il écrit plusieurs années après la mort de Marc-Aurèle (180). Cette observation chronologique, jointe à la méthode même de l'auteur, rend difficile d'y reconnaître l’évêque d’Antioche ; mais la question reste fort obscure {.

$ 9. — Montanistes et antimontanistes.

Le mouvement illuministe, qui a Montan (Moytu»oç) pour initiateur, Priscilla et Maximilla pour principales prophétesses, s’est manifesté en Asie aux environs de 170. Dès 177 nous avons vu les martyrs lyonnais écrire à ce sujet aux fidèles d'Asie et de Phrygie en même temps qu'au pape Éleuthère. Le montanisme se propage en Orient et en Occident : à Rome, centre de toute propagande, il a des docteurs, Proklos, par exemple, et l'église romaine hésite un temps à le répudier : en Afrique, Tertullien sera conquis par lui. Puis le montanisme s’éclipse presque subitement, du vivant même du pape Zéphirin (199-217), qui, après lui avoir paru favorable, s’est finalement prononcé contre. Il ne subsistera plus qu'à l’état de secte fanatique localisée en Phrygie. \

La littérature montaniste, en grec, se réduit à peu

4, Orro Corpus, t. VIII. PG,t. IV (éd. de dom Mara). — Jérôme (Vér. int. 25) parle de commentaires (perdus) In evangelium et proverbia Salomonis attribués de son temps à Théophile et qui lui paraissent supposés. — ACL, t. I, p. 319. E. VENABLES, art. « Th. of Ant. » du DCB.

de choses. Les montanistes recueillaient religieusement les oracles prononcés parles voyants de leur secte dans leurs transports prophétiques : on a quelques curieux oracles de Priscilla, de Maximilla, de Quintilla.…, relevés dans Tertullien, Origène, Eusèbe, Épiphane. Le catalogue gélasien mentionne des «opuscula Montani, Pédale et Maximillae ». Épiphane. eite à plusieurs reprises une Moyruyod 700qnreia (xLvir, 4, 10, 11). Un montaniste du nom d’Astérios (?4oréproc OvoGurdc) est signalé comme ayant été réfuté par l'Anonyme dont il sera question plus. loin (Euseb. v, 16, 17), et un autre du nom de Thémison (@euiowy) comme ayant écrit à la manière des apôtres une « épitre catholique ».

Parmi les catholiques qui ont écrit contre les Montanistes, il faut compter, sinon l’apologiste Miltiades, du moins Apollinaire évêque de Hiérapolis, Méliton évèque de Sardes, Sérapion évêque d'Antioche. — Tertullien montaniste avait écrit contre un catholique du nom d’Apollonios unlivre que Jérôme a connu {Vér. énl. 40). Eusèbe (v, 18) a possédé le traité même d’Apollonios contre les Montanistes : il en donne six fragments, l'un entre autres où l’auteur témoigne que le montanisme date de quarante ans, c’est dire qu'il écrit vers 200-210. — Un autre auteur dont Eusèbe, par qui seul on le connaît, n’a point su le nom, ce qui lui vaut d'être appelé l « Anonyme antimontaniste d'Eusèbe », avait adressé un traité en trois livres à un certain “4oviguocs Maçgxehloc (peut-être l'évêque d'Hiéropolis Aberkios dont nous avons l’épitaphe). Dans sa préface (Euseb. v, 16, 3-5), l’'Anonyme exprime qu'il s'est récemment rendu à Ancyre, en Galatie, où il a trouvé l’église bouleversée par le montanisme, et où, plusieurs jours durant, il a disputé contre les nova- :

teurs; les presbytres dulieu lui ont demandé de laisser un mémoire de ce qui a été dit « en présence de notre compresbytre Zotikos d'Otrous ». Eusèbe a sauvé neuf fragments ayant trait à l'histoire de la secte. On voit par l’un d’eux que l'auteur écrit treize ans environ après la mort de Maximilla et au milieu d'une période de paix, ce qui le reporterait au temps d'Alexandre Sévère (222-235), peut-être plus tôt !.

$ 10. — Saint Irénée.

Irénée (Eiorvaïoc) est un asiate qui a dù naître vers 125 et a grandi dans les entours de Polycarpe de Smyrne (+ 155), au milieu des presbytres qui comme Polycarpe ont « conversé avec Jean et les autres témoins du Seigneur ». En 177, il est à Lyon, en Gaule, prêtre, et il est chargé de porter au pape Éleuthère la lettre des confesseurs lyonnais « pour la paix des églises » : sans doute est-ce lui le rédacteur de la lettre de l'église de Lyon sur le martyre de saint Pothin et de ses compagnons. Au moment où se pose la question pascale, il est évêque des fidèles de Gaule et il intervient comme un arbitre dans le conflit entre le pape Victor et Polycrate d'Éphèse. La date de sa mort est inconnue. Ce disciple des presbytres asiates a passé par Rome, au temps où Justin y enseignait, et il est possible qu'il y ait lui-même enseigné. Comme Justin il est ouvert à la culture hellénique et capable de citer Homère et Platon. Comme Méliton, il est soucieux de contrôle et de faits : il connaît les hérétiques par leurs propres œuvres. Mais, moins spé-

1. ACL, t. I, p. 238 (avec un relevé des oracles montanistes). Sur le montanisme, Ducnesxe, Origines chrétiennes, p. 228. ACL, t. II, p. 363 sur la chronologie du montanisme.

culatif qu'exégète, c’est sur le terrain de l'Écriture qu'il les entreprend de préférence, de l'Écriture con- - sidérée comme une parole divine, de l'Écriture interprétée selon l Église. Il est le premier théologien de l'infaillibilité de l Église !.

Un Jleçi Lovaoyiag n xeoi Toù y elvou TOv 0EOY HOT xax@v, lettre adressée à un prêtre, Florinos, tombé dans le valentinianisme et chef d’une petite église schismatique à Rome, est cité par Eusèbe à qui on en doit un fragment très important concernant saint Polycarpe (v, 20, 4-8). Un Ilsoù cyiouaros était une autre lettre adressée à un romain nommé Blastos du parti de Florinos (v, 15 et 20, 1). Irénée avait connu ce Florinos en Asie, auprès de saint Polycarpe. Un Jleoi dydodd0c, mentionné par Eusèbe (v, 20, 1-3), réfutait les opinions valentiniennes embrassées par Florinos. — Eusèbe (v, 26) a connu un Ilepi èmormuns soit un écrit. sur les éléments de la foi, et un Llooç Mugriuroy : le premier de ces deux écrits était une brève mais solide apologie qui s’adressait aux Grecs, le second un « exposé de la prédication apostolique », un dé-. veloppement du symbole. On n’en sait rien de plus. Du Biôlior duuhsëewr diapogwr signalé par Eusèbe {v,

1. PG, t. VII (reproduit l'édition de dom Massuer, Paris 4710.) Éditions plus récentes de SrIEREN (Leipzig 1848-53) et de HARvEY (Cambridge 1857). F. Loors, Die Handschriften der lat. Uebersetzung des Irenüus (Leipzig1890).K. HOLL, Fragmente, p. 58.— J. HAUSSLEITER, dans la Zeitschrift für Kirchengeschichte, t. XIV (1893), p. 69. Prrra, Analecta sacra, t. Il, p. 188 et suiv. ACL, t. I, p. 163 ett. II, p. 350 et 517. ZAHN, Forschungen, t. IV, p. 283. Les dissertations de dom Massuer (reproduites dans PG) restent toujours à lire. Lipsius art. « Irenaeus » du DCB. Dom F. CABROL « La doctrine de saint lrénée », Science catholique, t. V (4891), p. 97, 241, 304. Dom J. CHAPMAN, « Le témoignage de saint Irénée en faveur de la primauté romaine », Rev. Bénédictine, t. XII (1893), p. 49. A. CAMERLYNOK, Saint Irénée et te canon du N. T. (Louvain 1896). Funk, Kircheng. Abhandl. t. I, p.1.

26) on a quelques vestiges qui font penser à des homélies. On a relevé dans Maxime le confesseur (VII s.) deux fragments d'un Iso miorecwç adressé à Démétrios, diacre de Vienne; Pitra en a retrouvé un troisième. Nous rappelons pour mémoire les lettres d'Irénée sur la question de la pâque.

Il reste pour apprécier la doctrine d'Irénée son "Ekey oc rai dvuroonn Ts wevdwrduou yrw0ewc. Photius (cod. 120) possédait encore ce grand traité contre les Gnostiques, désigné d'ordinaire sous le titre de Contra haereses. De l'original grec, il subsiste seulement les citations qu'on en recueille dans les PArlosophoumena, Eusèbe, Épiphane, Théodoret... On trouve des vestiges d'une version syriaque et d’une version arménienne. Mais on a une version latine intégrale, très littérale et d'un latin barbare, qui est sûrement antérieure à saint Augustin qui la cite, et que Tertullien (dans son Adp. Valentinianos, 210*- 230*) a pu connaître; serait-ce une version lyonnaise ? Les manuscrits en sont nombreux. Dans son Contra haereses (nr, 3, 3); rapportant le catalogue épiscopal de l’église romaine, Irénée l’arrête à Dior dont il Ne comme d'un vivant; et comme ailleurs (v, praef.) il témoigne qu'il est lui-même investi de la charge épiscopale, l'on en conclut que le Contra haereses a dû être composé entre 177* où Irénée était prêtre encore et 189* où Éleuthère est mort. Un ami, dont le nom n’est pas donné, a demandé à trebés des explications sur l'hérésie valentinienne et une réfutation : la réponse est ce traité en cinq livres, le premier consacré à exposer la doctrine de Valentin et subsidiairement des autres Gnostiques, le second l’absurdité et les contradictions du système, les livres zr1-v sa réfutation par l’exégèse. Les sources

SE Fr “ie”

d'Irénée sont les écrits mêmes des hérétiques dont il

traite, mais aussi (1, 22-27) un traité hérésiologique antérieur (réfutation de Simon, Ménandre, Saturnin, Basilides, Carpocrates, Cérinthe [Valentin], Cerdon

et Marcion), traité qui ne serait autre que le Séyrayua:

de saint Justin; sûrement entre autres dits de presbytres comme Polycarpe ou Potin, les Exégèses de Papias ; et encore la première apologie de Justin, les commentaires d'Hégésippe et l’épitre aux Romains de saint Ignace. On peut estimer à ce compte la valeur du Contra haereses comme représentation de la théologie catholique à la fin du II siècle et comme source de l’histoire littéraire chrétienne.

On a donné le nom de fragments de Pfaff à quatre fragments grecs soi-disant de saint Irénée publiés par le théologien protestant C. M. Pfaff en 1714. Ces frag-

ments avaient une réelle couleur irénéenne; mais en

y regardant de plus près, on a découvert que ces textes, dont on n'avait ni un manuscrit, ni une attestation ancienne, étaient un ingénieux et effronté pas-

üche du sieur Pfaff, qui avait habilement prêté à saint

Irénée son propre protestantisme sentimental.

1. HARNACK, Die Pfaffschen Irenäusfragmente als Fälschungen Pfaffs (Leipzig 1900).

$ 4. — La liturgie.

« Quant au mystère du culte chrétien, n’espère l’apprendre de personne, » dit l’épitre à Diognète {rv, 6). Nous avons marqué que saint Justin est le seul écrivain primitif qui sur les saints mystères, le baptème et l'eucharistie, se soit clairement exprimé. Pour tous les autres, c'est un sujet réservé. Encore saint Justin décrit-il les réunions chrétiennes et ce qui s’y pratique, sans citer aucune formule rituelle. On lit dans Firmilien (Cyprian. Æpistul. Lxxv, 10) : « Ante XXII fere annos temporibus post Alexandrum imperatorem..., emersit istic subito quaedam mulier, quae in extasin constituta propheten se praeferret.. Etiam hoc frequenter ausa est ut et invocatione non contemptibili sanctificare se panem et eucharistiam facere simularet, et sacrificium Domino sine sacramento solitae praedicationis offerret, baptizaret quoque multos usitata et legitima verba interrogationis usurpans, ut nil discrepare ab ecclesiastica regula videretur. » Voilà bien, au début du III: siècle, la constatation d’une liturgie qui tend à se fixer : mais c'est tout.

Dans la Prima Clementis (Lix-Lx1) est inséré « un morceau d’un caractère liturgique évident » : c'est une prière à Dieu dans le « style de la prière so-

lennelle, telle que l’exprimaient [à la fin du I siècle] les chefs ecclésiastiques dans les réunions de culte » (Duchesne). Il existe d’autres spécimens.de ce style : telles sont les prières eucharistiques de la Didachè et des Acta loannis gnostiques. La Didachè donne une bénédiction du calice, une bénédiction du pain, une ac-

tion de:grâce après la consommation du vin et du pain,

trois prières coupées de doxologies comme « Gloire à

toi dans les siècles », ou d'exclamations hébraïques

comme Amen, Maranatha, Hosanna, et d’une couleur

tout à fait primitive. Cependant ces prières constituent

une « solita praedicatio », plutôt que | « invocatio non. contemptibilis», c'est-à-dire la formule canonique pour

la confection du sacrement eucharistique. De même et mieux encore les prières eucharistiques des Acta loannis (éd. Zaun, p. 243) : « Et ayant demandé du pain, il [l’apôtre Jean] rendit grâces en disant : Quelle

louange, ou quelle offrande, ou quelle eucharistie, en rompant le pain, évoquerons-nous, sinon toi seul?

Nous glorifions ton nom dit par (#zo) le Père. Nous

glorifions ton nom dit par (dia) le Fils. Nous glorifions

ton entrée par la Porte. Nous glorifions la Résurrection

à nous montrée par toi. Nous glorifions de toi la se-

mence, le logos, la grâce, l’indicible pierre précieuse,

le trésor, le labour, la pêche (owyñrrr), la grandeur, le

diadème, le vocable de fils de l'homme, la vérité, le

repos, la gnose, la liberté, le refuge en toi. Car toi seules le Seigneur, la racine de l’immortalité, la source

de l’incorruptibilité, le siège des éons.…. » etc.

Les canons dits de saint Hippolyte présentent des formules liturgiques ressemblant davantage à celles de nos sacramentaires : prière pour l’ordination de l'évêque, du prêtre, du diacre; pour la liturgie du baptême; pour les oblations. Ces mêmes canons don-

nent, mieux encore, un véritable rituel de l’ordination, du baptème, de la messe. On a là, si ces canons sont romains, le plus ancien état de la liturgie pratiquée à Rome.

$ 2. — La poésie.

Après la prière liturgique, le chant liturgique : dès l’origine, à l’imitation aussi bien des synagogues que de certains collèges religieux païens, les assemblées chrétiennes étaient mêlées de chants (7 Cor. xiv, 15 et 26; Col. nr, 16; Eph. v. 19), et ce n'étaient point seulement des chants individuels etimprovisés comme Tertullien en a entendu (Apol. 39), c'étaient aussi des ensembles (Ignat. £ph. 1v, 1 et Rom. 51, 2), et par conséquent des chants écrits et consacrés. Pline (Epist. x, 96) ne parle-t-il pas de la coutume des chrétiens de Bithynie et de Pont de « carmen dicere Christo quasi deo secum invicem »? L’Anonyme contre Artémon, de psaumes et de cantiques écrits depuis l’origine par les fidèles pour célébrer le Christ (Euseb. v, 28, 5 : wakuoi rai Wdui.. youpaiom)? Eusèbe, des psaumes en l'honneur du Christ qui se chantaient à Antioche et que Paul de Samosate supprima sous le prétexte qu'ils étaient, au contraire des psaumes davidiques, des compositions nouvelles et d'hommes nouveaux (vir, 30, 10)? Il ne reste presque rien de cette littérature lyrique et didactique. Irénée attribue à son « divin presbytre et héraut de la vérité » (est-ce saint

4. F.-E. BricnrmaAn, Liburgies eastern and western, t. I {Oxford 1896). DucHEsne, Origines du culle chrétien (Paris 1898), p. 45. F. WARREN, The liturgy and ritual of the antenicene Church (Londres 1897). F. CABROL, Le livre de la prière antique (Paris 1900). Bickell a découvert dans un papyrus (ILI-IVe s.) du Faioum un curieux fragment de prière liturgique grecque : le texte dans ACL, t, I, p. 467.

Polycarpe?) un fragment didactique contre le gnostique Markos, qui se trouve être une suite de huit vers iambiques sénaires ! : .

Eïidwlonoié, Moore, xul TEQuTOooxone. .

Dans un autre fragment des presbytres d'Irénée on

a pensé retrouver le même mètre :

…ÊTTLULyT Oo yolxos eis TOY &oyvoor, Tis evxo1w5

! Le > 2 La duyyoera TOÙTOY Gxéouuos doxudou;

Ailleurs ce ne sont plus des mètres, mais une prose parallélique : tel est un passage des épîtres pastorales Tim. ox, 16)"

Epareowôn ëv oaoxi, Edixaw0n èr rrrevuarr, dp0n yyélois, Exnouy0n ëv ÉOreour, èmorev0n à x0ouw, @velyuyôn èv do Er.

Et tel un autre de la Prima Clementis (1ix, 3) :

Toy uovoy ÿyrorory ëy Dwiorois

er re > , œy10oY LY4 œyvois &ŒVGTTOVO UEVOY...

Les Constitutions apostoliques ont sauvé le texte de trois pièces du même genre : la première est le £a êy vyiorois (notre Gloria in excelsis), qui peut être du

"IIIe siècle; la seconde, diveîre modes xÜouoy, est une variante de la première; la troisième, Doc i1ap0v éyiuç doënc, qu'on identifie à tort avec l'hymne que saint Basile (De spir. sancto, 73) attribue au martyr Athénogènes (fin Il° siècle).

4. LiGuTF00T, Clement of Rome, t. II, p. 405. KRUMBACHER, p. 660. ACL. A. I, p. 195.

Nombreuses traces de chants dans les milieux hérétiques. Le fragment de Muratori attribue à Marcion un «novum psalmorum librum ». Origène parle de yaruot de Valentin et d'wdui de Basilides, et l’on trouve trace d’'édai de Montan (ACL, t. 1, p. 160 et 238). Les Acta Thomae syriaques présentent une belle «hymne de l’âme », etles actes grecs une « hymne de

. la Sagesse » sans doute syriaque d’original, qui sont

deux perles!. Les Acta loannis renferment aussi un cantique gnostique, grec d’original, et d'une saisissante poésie toute d'enthousiasme mystique : « Gloire à toi, Père; gloire à toi, Verbe; gloire à toi, Grâce; gloire à toi, Esprit... » etc. (éd. Zaux, p. 220). Pareils cantiques dans la Pistis Sophia?. Les Philosophoumena (v, 6 et 10) cite quelques fragments de psaumes anonymes des Gnostiques Naasséniens, et (vr, 37) un fragment de psaume de Valentin, d’une rare obscurité. Toutes ces pièces lyriques sont en prose parallélique plus ou moins rythmée. Citons en exemple le fragment de Valentin, sans prétendre à le traduire :

Ai0éços mavra xoeudueva ryevuarr 61ÉTW, TréyTa d'OYOUUEVE TYEUUATL VOW.

oùoxc MEV ÈX WUYNS XOEUGUÉVIY; 3 puynr de dégos éboyovuérmr, déoa de &E ai0égos #çgeudueroy,

4, À. BEvAN, The hymn of the soul contained in the syriac Actaof S. Thomas (Cambridge 1898). M. Bonxer, Acta Thomae (Leipzig 1883), p.8, 2, Autant dans le Papyrus de Bruce : « Alors Jésus commença de chanter un hymne en rendant gloire à son père et en prononçant ces paroles : Je te rends gloire. etc. Et il fit répondre par trois fois à ses disciples : Amen, amen, amen. Il leur dit en outre : Répondez après moi Amen à chaque glorification. Il dit de nouveau : Je te chanterai un hymne de louanges, Ô Dieu, mon Pere, car... etc. Alors par trois fois ils répondirent : O Dieu immuable.. etc. Il reprit : Je te chanterai un hymne de louanges, Ô Dieu immuable, car... etc. Ils dirent de nouveau par trois fois : O Dieu... » etc. (éd. AMÉLINEAU, p. 160 et suiv.).

ëx 0ë GvOoÙ xapxoûs pecouérous, x unroas de Poëpos pEgo uevoy.

$ 83. — L’épigraphie.

À son tour l’épigraphie enrichit le trésor bien pauvre de la; poésie chrétienne primitive, mais de quels précieux joyaux! Nous ne citerons que pour mémoire les vestiges de compositions métriques, citations tronquées de pièces que les fidèles savaient sans doute par cœur : telle l’épitaphe romaine de Iulia, qui peut être de la fin du IT° siècle ou du début du ITT° :

Re ne een tone 7 080E évOd de #eïrou,

uyn dE évanarobetoæ rrevuarr Xo10Toù Rs ensmmescnaesnesecess &yyelixov at coua Axbouoa CR RTE ER es Baouelar

2 4 Sd \ C2 EE 1 2 Ld ovoarioy Xeuorov et Toy œylwv Gveln up.

L'inscription romaine encore de Maritima (même époque) est complète :

Moçgiriua CEUVT » ylvxegov p&os où xaTÉEUYaS,

Éoyes yde ner ooù [ici un poisson] zaradraror xarè névre. evoebela yèg 07 névroté 6e Teodyel.

L'inscription de Pectorios (onze vers), découverte à Autun en 1839 et publiée immédiatement par Pitra, doit remonter, selon De Rossi, à la première partie du IIIe siècle; mais les six premiers vers sont d'un mètre et d’un Ale trop différents des cinq derniers pour ne

1. DE Rossi, Inscripliones christianae, t. II, p. xxvi, et suiv. Toute l'introduction De Rossi à son t. Il est à lire pour l’histoire de la poésie épigraphique chrétienne. — Voyez dans BoEckw, Corpus inscript. gr. t. 1V (Berlin 1877), d’autres inscriptions métriques, aux numéros 9696,

9715, 9727 (intéressante), 9852 (juive?), toutes inscriptions de Rome et antérieures au IV* siècle.

pas être estimés indépendants et plus anciens. Ils forment acrostiche sur le mot IXO YS.

*Ty6Vos ovgariou Oetoy yévos gro o[eu]ro Xe70e, Aabw|r ryyn]r &ubooror èy Booréois Osoreoiwy vdd[rw]r, Tv oyv pile OtAneo yuyrr

“Ydaow devdois mAovrodoTov copie.

Zwrngos [0] dylwr uelmdéa Aéu6[æ]r[e Bodo], Eoûue rwfdw]r, yOvy Éyowr To uaus.

« O race divine de l'IXOYS céleste, reçois avec un cœur plein de respect la vie immortelle parmi les mortels ; rajeunis ton âme, mon très cher, dans les eaux divines, par les flots éternels de la Sophie qui donne les trésors. Recçois l'aliment doux comme le miel du Sauveur des saints; mange à ta faim et bois à ta soif, tu tiens l'IXO YE dans les paumes de tes mains » (Renan) !.

L'inscription de Flavia a été découverte à Rome en 1858 au troisième mille de la voix Latine : c'est une inscription gnostique, probablement valentinienne, du IIIe siècle (De Rossi). Elle est opisthographe et les six vers de face forment acrostiche surlenom ®41ABEIA:

a Pos æaTouxôv TT00ÉOVOX, OUVALUE, OUVEUVE 007 HO;

ÆAovteois yoacœuérn X(ooro)ù uvoor &pôiror, &yv0y, Aiwrwy Éorevoas &Oomoa ete Teoowre, Boviÿs Ts ueydlns uéyar &yyelor, vior &An0%, [Eis vluuparæ polodoa na ets [xoimJous &rogovoals] LAèdvwr marexovs #[at......................

b Oùx toyer xowdr Biotov Télos 70e Ourovox,

[A 22 LA 4 xaTOave not buses at 6p& pdos &pbiroy ÔvTws.

4. DE Rossi, t. II, p. xIxX. RENAN, Origines, t. VII, p.297. Nous n’avons à apprendre à aucun de nos lecteurs que le poisson est le symbole du Christ Iyooùs Xeords Oeoù Yios Zwrye — 1XOYZ, symbole attesté par Origène et Tertullien, et sûrement antérieur au III° siècle.

buer per Cwoïor, Oaver dE Ocrovow &An6ws.

yata, té Oavuates vexUos yéVos, 7 TEpo6No

« Désireuse de voir la lumière du Père, compagne de mon sang, de mon lit, Ô ma sage, parfumée, au bain sacré, de la myrrhe incorruptible et pure de Christos, tu t'es hâtée d'aller contempler les divins visages des éons, le grand Ange du grand conseil, le Fils véritable, pressée quetu étais detecoucherdansunlitnuptial, dans le sein paternel des éons.. Cette morte-ci n'eut pasle sort commun des humains. Elle est morte, et elle vit et voit réellement la lumière incorruptible. Aux yeux des vivants, elle est vivante : ceux qui la croient morte sont les vrais morts. Terre, que veut dire ton étonnement devant cette nouvelle espèce de manes? Que veut dire ta crainte? » (Renan)!.

L'inscription d'Aberkios (46égx0çc) est une épitaphe métrique de vingt-deux vers, dont on avait le texte grec dans la vie grecque de saint Aberkios, évêque de Hiéropolis en Phrygie, vie attribuée à Métaphraste et sans valeur intrinsèque. M. Ramsay, en 1882, découvrit à Kéleudres en Phrygieune inscription métrique chrétienne. épitaphe d’un chrétien du nom d'Alexandre fils d’An-: tonios, datée de l’an 216 et entièrement imitée de l’épitaphe que donnait la vie grecque de saint Aberkios : cette dernière devenait un texte authentique et remontant pour le moins au début du IT siècle. Depuis, à Hiéropolis, Ramsay a retrouvé deux fragments {ils sont aujourd’hui au Musée du Latran) du marbre même de l’épitaphe de saint Aberkios. Le texte en est trop connu pour que nous le reproduisions ici?.

« Citoyen d'une ville distinguée, j'ai fait ce monu-

1. Corpus, n° 9595. (t. IV, p, 594). RENAN, t. VII, p. 447. 2. DE Rossi, t. I, p. XVIII. Pour la critique du texte, A. DIETERICH, Die Grabschrift des Aberkios (Leipzig 1896), p. 6.

ment de mon vivant, afin d'y avoir un jour une place pour mon corps. Mon nom est Aberkios; je suis le disciple d’un pasteur qui paît ses troupeaux de brebis par monts et par plaines, qui a des yeux très grands qui voient tout. C’est lui qui m'a enseigné les écritures fidèles. C’est lui qui m'envoya à Rome, contempler la cité souveraine et voir la reine aux vêtements d'or, aux chaussures d’or. Je vis là un peuple qui porte un sceau brillant. J'ai vu aussi la plaine de Syrie, et toutes les villes, Nisibe au delà de l'Euphrate. Partout j'ai eu des confrères. J'avais Paul pour compagnon. La foi partout me conduisait; partout elle m'a servi un poisson de source, très grand, pur, pêché par une vierge pure : elle le donnait sans cesse à manger aux amis ; elle a un vin délicieux qu’elle donne avec du pain. — J'ai fait écrire ici ces choses, moi, Aberkios, à l’âge de soixante-douze ans, véritablement. Que le confrère qui comprend prie pour Aberkios. — On ne doit pas mettre un tombeau au-dessus du mien sous peine d’amende : deux mille pièces d’or pour le fise romain, mille pour ma chère patrie Hiéropolis. »

En ces derniers temps des prodiges d’ingéniosité ont été faits pour éliminer l'épitaphe d'Aberkios de la littérature chrétienne : on a voulu y voir soit l’épitaphe d’un prêtre de Cybèle, soit l'épitaphe d’un membre d’un collège gnostico-païen synthétisant les mystères païens et ceux du christianisme, soitune épitaphe imitée de celle d'Alexandre fils d'Antonios, postérieure donc à 216, et contemporaine d'Héliogabale et du culte de la déesse Mestis (pour io, le marbre ayant une brisure sur ce mot)! Nous ne croyons pas qu’on ait réussi à laiciser saint Aberkios *.

1. La controverse est résumée au mieux par P. LEJAY dans la Revue

Un dernier mot sur l’épigraphie chrétienne grecque en général, aussi bien celle des temps primitifs que celle du HI° au V°siècle. On avait récemment annoncé la mise sur chantier d'une Sylloge inscriptionum christianarum graecarum, entreprise que l École d'Athènes pen-

serait à transformer en Corpus des inscriptions chrétiennes et byzantines. Puisse-t-elle aboutir! « Je ne sais s'il existe une catégorie de textes épigraphiques, qui soit plus mal connue aujourd'hui que les inscriptions chrétiennes de l'empire d'Orient... » Le tome rv du Corpus de Boeckh estle seul recueil général et combien insuffisant? Cependant, « les inscriptions grecques peuvent rendre des services multiples à l’histoire ecclésiastique. Elles livrent à l’hagiographe des renseignements plus précis et surtout plus authentiques (?) que ceux qui lui sont fournis par les Acta sanctorum, elles complètent et corrigent les listes d’évèques que Lequien a dressées autrefois avec un soin admirable dans son Oriens christianus, elles donnent des indications précieuses sur les titres, la hiérarchie, le pouvoir et la richesse du clergé. Ony retrouve les traces de tous les grands événements qui ont troublé l'Église, persécutions , défaite du paganisme, lutte contre les hérésies. Mais leur importance est surtout considérable pour l'étude de la société chrétienne primitive, parce qu’elles y suppléent dans une certaine mesure à l'insuffisance des sources manuscrites. Elles nous laissent entrevoir les sentiments intimes, elles nous éclairent sur les préoccupations ordinaires, elles nous révèlent même les superstitions des premiers fidèles, et l'on peut juger combien l’état d'esprit de ceux-ci est encore

du clergé francais, t. XXII (1897), p.193 et par le P. de GRANDMAISON dans les Etudes, t, LXXI (1897), p. 433. — P. BATIFFOL, art. « Abercius » du Dictionnaire de théologie catholique.

mal apprécié, à la bizarrerie de certaines hypothèses . que la découverte de la remarquable épitaphe d’un vieux saint phrygien [Aberkios] vient précisément de provoquer » !.

4. F. CumonT, « Les inscriptions chrétiennes de l'Asie Mineure » dans les Mélanges de l'École française de Rome, t. XV (1895), p. 245 et suiv. On trouvera dans cet article de F. Cumonr une bibliographie sommaire et un véritable programme de la méthode à appliquer à l’épigraphie chrétienne grecque. Cf. T. HoMOLLE. Le « Corpus Inscriptionum graecarum christianarum », Byzant. Zeitschrift, t. VILL (1899), p. 599.

Er

Au cours du Ile siècle, on a vu la doctrine ecclésiastique s'affirmer comme tradition. Il lui reste à se développer comme science : ce sera l'originalité du IIIe siècle de fonder ce développement en fait et en droit.

« Cum... servetur… ecclesiastica praedicatio per successionis ordinem ab apostolis tradita et usque ad praesens in ecclesiis permanens, illa sola credenda est veritas quae in nullo ab ecclesiastica traditione discordat » (Origen. ap. Pamph. Apol. 1). C'est le critère catholique, hors duquel il n’y a place que pour l’hérésie. Mais la prédication ecclésiastique ne saurait se suffire à elle-même, parce que cette prédication affirme sans expliquer et même n'affirme pas toujours nettement : «.…. Sancti apostoli fidem Christi praedicantes de quibusdam quidem quaecunque necessaria tradiderunt, crediderunt omnibus credentibus, etiam his qui pigriores erga inquisitionem divinae scientiae videbantur, manifestissime tradiderunt, rationem scilicet assertionis eorum relinquentes ab his inquirendam qui Spiritus dona excellentia et praecipue sermonis, sapientiae et scientiae per ipsum Spiritum sanctum percipere merebantur; de aliis vero dixerunt quidem quia sint, quomodo autem aut unde sint siluerunt, profecto ut studiosiores quique ex posteris suis amatores sapientiae et scientiae exercitium habere possent in quo ingenii sui fructum ostendere valerent... » (Z. c.). La science de

la philosophie ou de l'Écriture n'est plus seulement appelée à réfuter les hérétiques, « apostolicam confirmare fidem », mais à mettre en lumière « quae sintilla quae manifeste in ecclesiastica praedicatione tradita sunt, et quae sint quae non aperte definiuntur, » selon l'expression de Pamphile {Z. c.). Telle va être l'œuvre d'Hippolyte, de Clément, d'Origène, de Lucien, les premiers qui aient posé en principe le droit à la recherche de l'intelligence de la foi, et qui, l'ayant pratiqué avec des erreurs ou des tâtonnements multiples, en ont cependant accrédité le principe dans l'Église.

De son côté, l’action épiscopale va condescendre à cette sorte de rationalisme : à Rome, à Alexandrie, à Césarée, à Antioche, sur tous les grands sièges, nous trouverons des évêques de cet esprit nouveau, si différent de l'esprit des presbytres du second siècle. Tels sont au mieux Denys d'Alexandrie, Theoteknos de Césarée, Anatolios de Laodicée, sages esprits, qui savent unir la foi traditionnelle et la culture, toute la culture de leur temps : union déjà délicate assez pour que des esprits pétulants comme Paul de Samosate y échouent, et pour que, aussi bien du temps de Clément d'Alexandrie que de Lucien d’Antioche, on sente se former un parti d’esprits inquiets qui demandent à l'autorité ecclésiastique d'en définir les conditions.

ÉVÉQUES ET SYNODES

Le concert des églises, qui s’est manifesté si hautement dans les dernières années du Il° siècle, va se perpétuer dans la correspondance épiscopale et se compléter par les synodes.

$ 4. — Évêques grecs de Rome.

À Rome, les évêques vont rester un temps encore grecs de langue. Les épitaphes des papes Urbain, Antéros, Fabien, Lucius, Eutychien, Gaius, retrouvées de nos jours, sont des épitaphes grecques. Seule des épitaphes pontificales connues du IT siècle, celle du pape Corneille (+ 253) est latine : et la date en coïncide exactement avec l'apparition de la littérature latine dans l'église romaine (Novatien). Nos papes grecs, du reste, ont été des évêques de peu d'écriture : si nous défalquons de leurs Regesta les fausses décrétales que les Latins leur ont plus tard attribuées, on ne trouve plus que quelques vestiges, en dehors de la Prima Clementis, et des lettres de Soter aux

Corinthiens et de Victor sur la pâque.

A ce dernier il faut attribuer la condamnation de

Le

Théodote le Corroyeur (Euseb. v, 28, 6). Notons que Victor était un Africain et par conséquent plutôt latin d'écriture, encore que le De aleatoribus qu'on a voulu lui attribuer ne soit probablement point de lui. L'édit de Calliste (217-222) sur la pénitence, que Tertullien (Pudicit. 1) combat, se devine mieux qu’il ne se retrouve dans les allusions de Tertullien : l'original de cet édit était grec. Au pape Pontien (230-235) se rapporte ce que dit saint Jérôme (Epist. xxx, 4) de la condamnation d'Origène prononcée à Rome en synode sur l'instance de l'évêque d'Alexandrie, Démétrios. Eusèbe (vr, 43, 3) a possédé un recueil de lettres de saint Cyprien et du pape Corneille, lettres adressées à l'évêque d'Antioche Fabios et concernant la question novatienne : les lettres de Corneille étaient rédigées en grec. Eusèbe mentionne (vir, 5, 3) des lettres sur la question des rebaptisants adressées par : le pape Étienne (254-257) aux évêques de Syrie, d'Arabie, de Cilicie, de Cappadoce, de Galatie. Le pape Denys (259-268) est connu pour avoir évoqué à son synode l'affaire de Denys d'Alexandrie accusé par des chrétiens d'Égypte d'erreurs christologiques : « Le synode de Rome s’émut et l’évêque de Rome communiqua par lettre à son homonyme le sentiment de tous » (Athanas. De synod. 43). Athanase a conservé un important fragment de cette lettre (De decret. nic. syn. 26). Saint Basile a connu et cite (Æpist. xx) une lettre du pape Denys à l’église de Césarée pour porter aux Césaréens ruinés par une incursion de barbares des consolations et des secours !,

4. ACL, t. I, p. 595-661. JArrÉ, Regesta pontif. rom. ab condita ecclesia ad a. 1198, 2° éd. (Leipzig 1885) E. Rozrrs, Das Indulgenz-Edict des rôm. Bischofs Kallist (Leipzig 1893). Sur Calliste comme théologien,

$ 2. — Évêques d'Égypte.

Le nom seul s’est conservé des dix premiers évéques du catalogue épiscopal d'Alexandrie tel que l’a connu Eusèbe. Démétrios, le onzième nommé et dont l’épiscopat dure une quarantaine d'années {189*-239*), serait auteur d’une épiître adressée vers 196 aux évèques de Jérusalem, d'Antioche, de Rome, « de ratione computi paschalis et ieiunii Christianorum et quomodo a paschate Tudaeorum deducatur » (Eutych. Annal., p. 364: PG, t. exr, p. 989). Si tardif que soit le témoignage d'Eutychios (X° s.), l’idée de déduire la pâque chrétienne de la pâque juive est antérieure aux systèmes de comput d'Hippolyte et de Denys d'A., et il n’est pas invraisemblable qu'un évêque d'A. ait tenté de formuler une règle pratique de comput pour son église et pour les autres. Dès le temps de Démétrios, il y avait échange de lettres entre l’église d'Alexandrie et les églises de Palestine, Jérusalem, Tyr, Césarée, pour se concerter en vue de célébrer la fête de pâque un même jour chaque année (Euseb. v, 25). Alexandrie était considérée comme la cité des astronomes et son évêque comme le mieux informé de la date pascale : «... apud Aegyptios huius supputationis antiquitus tradita esse videbatur peritia » (S. Leo. Epist. exx1, 1). Au IV° siècle, et depuis,

voir DUCHESNE, Origines chrétiennes, p. 281. La lettre grecque prétendue du pape Félix (+ 274) à l’évêque Maxime et au clergé d'Alexandrie, fragment contenant une exposition de la foi romaine sur l’incarnation (JArrÉé, n° 440), est un faux des Apollinaristes. — Sur la litt. grecque à Rome, voir le mémoire de Caspari, « Griechen und Griechisch in der rümischen Gemeinde in den drei ersten Jahrhunderten ihres Bestehens » dans le tome III, p. 267-466, de ses Quellen.

chaque année à la date de l'Épiphanie, les évèques d'Alexandrie envoyaient à toutes les églises d’ Égypte une lettre annonçant la date du commencement du caréme et de la solennité de Pâque (Cassian. Coll. x, 2), et ils envoyaient une pareille lettre à Rome; ce qui fait dire à saint Léon : « [se]... diem venerabilis festi omnibus‘ occidentalium partium sacerdotibus intimasse, quem alexandrini episcopi declaravit instructio » (Epist. cxzu, 1). Nous rencontrerons dès le Ile siècle des spécimens de telles instructions ou « lettres festales ».

Le nom de Démétrios est attaché au souvenir de deux synodes tenus à Alexandrie et où il fit juger Origène. Le premier semble avoir réuni les évêques d'Égypte et le clergé d'Alexandrie : ce synode exilait Origène d'Alexandrie et lui interdisait d'y séjourner ou d'y enseigner, mais ne touchait pas à la question de son ordination. Le second synode semble avoir réuni quelques évêques seulement, tout dévoués à Démétrios : Origène fut par eux déposé du sacerdoce. Ces détails précis sont fournis à Photius (cod. 118) par l’Apologie de Pamphile. La sentence fut sans doute expédiée par Démétrios à toutes les églises de la catholicité, ce qui fait dire à saint Jérôme : « [Demetrius] tanta adversus eum [sc. Origenem] debacchatus insania est, ut per totum orbem super nomine eius

scriberet » (Wir. int. 54) !

Nous parlons plus loin et à part de Denys.

Le successeur de Denys, Maxime, ne compte pas dans notre histoire. Autant en faut-il dire de Théonas, car la lettre soi-disant écrite par lui à un chambellan chrétien de l’empereur (Dioclétien?), est une pièce

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