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ÉCOLES ET DOCTEURS

Les évèques et les synodes dont nous venons de parler, à Rome, à Alexandrie, à Antioche, jusqu’en Cappadoce, témoignent d'une vaste activité dont il nous reste à étudier les créateurs véritables : Hippolyte, Origène, Lucien, au premier rang, trois grands noms dont aucun ne figurera au nombre des Pères de l'Eglise.

$ 4. — Caïus et les écoles romaines.

À Rome, la tradition d'un enseignement chrétien distinct de la catéchèse ecclésiastique et comme d'initiative privée, se continue un temps. Des hérétiques, comme Théodote et Praxéas, des prêtres aussi comme Caius et Hippolyte, tiennent écoles. Il n'est même pas prouvé qu'un enseignement comme celui d'Hippolyte n'ait pas été patronné par l'autorité ecclésiastique à la façon dont l'était à Alexandrie l’école catéchétique. En tout cas on enseigne à Rome, et, dans les trente premières années du IIT° siècle, on enseigne avec une émulation qui se ressent de l’activité littéraire du temps des Sévères.

Les hérétiques monarchiens constituent comme uue

école sous le nom de Théodotiens. Ce nom leur vient : de Théodote le Corroyeur (@sddoroç 0 oxvreus), un grec de Byzance établi à Rome (fin du II° siècle et début du III°) et excommunié par le pape Victor. Avec eux, plus de gnosticisme, plus d'illuminisme, mais un ra- . tionalisme méthodique : les catholiques leur reprochent de s'appliquer à la géométrie, de croire Euclide et Aristote plus que la Bible, d’adorer Galien, de ne faire que syllogiser. La critique textuelle apparait : ne leur reproche-t-on pas en effet de corriger les Ecritures ? Il est vrai que « les exemplaires de Théodote ne sont point d'accord avec ceux d’Asklépiodote, ni ceux d'Hermophile avec ceux d’Apollonides » (ap. Euseb. v, 28, 16). Autant de noms de Théodotiens. Rien ne nous est parvenu de ces tentatives critiques, ni de Théodote lui-même. Un second Théodote (v, 28, 1) banquier de profession appartient au même groupe, et aussi Artémon ou Artémas, dont il va être parlé plus loin.

Noet (Noyroc), un grec de Smyrne, a enseigné, à Smyrne, et a compté des disciples à Rome, dont est Praxéas: qui eut pour disciples Cléoménes, Victorinus, Eschines, Sabellios. Ce dernier a donné son nom à la doctrine de l’école. Au contraire des Théodotiens, qui posent Dieu et lui subordonnent la personne du Christ, les Sabelliens font de la personne du Christ une modalité de Dieu. Les controversistes catholiques ont beaucoup insisté sur ces doctrines, mais rien des écrits de ces hérétiques ne s’est conservé. Le traité de Tertullien Adversus Praxeam date du temps du pape Calliste (217-222) !.

Du temps du pape Zéphirin (199-217), date un dia-

4. ACL, t. I, p. 592 et 597. DUCHESNE, Origines chréliennes, p. 247 ct suiv.

AVES ne

logue contre les Montanistes et directement contre un certain Proklos, 11006 Loxhoy, qu'Eusèbe (vr, 20, 3) a trouvé dans l’archive épiscopal de Jérusalem : l'auteur était un « homme ecclésiastique » (11, 25, 6), comme dit Eusèbe des évêques; il était de Rome et il s'appelait Caius (l'üios). Eusèbe fait de lui plusieurs citations très importantes, spécialement celle où Caius mentionne les tombeaux des deux apôtres, Pierre et Paul, au Vatican et sur la voie d'Ostie. On savait par Ebedjesu qu'Hippolyte avait écrit des « Capita adversus Caium », qui restaient problématiques, lorsque récemment en syriaque on retrouva des fragments de cette œuvre perdue d’'Hippolyte, fragments quinous ont donné cinq citations nouvelles du dialogue de Caius. On n’a que ces citations d’Eusèbe et d'Hippolyte. Photius (cod. 48) alu un Ileoi roù xuvros faussement attribué à Josèphe, mais que des mss. ou annotations de mss. attribuaient à « un certain Caïus prêtre vivant à Rome, le même qui avait composé le Labyrinthe, et aussi le dialogue contre Proklos.. » Photius ajoute que ce Caius était donné encore comme l’auteur d’un livre contre l’hérésie d’Artémon, et que, vivant à Rome au temps de Victor et de Zéphirin, il fut fait é&0ror 2xioxono (?). Assurément cette attestation de Photius est tardive, mais elle ne dépend point d'Eusèbe et n’est pas une simple supposition de Photius. Ce livre contre l’hérésie d'Artémon est cité par Eusèbe (v, 28), Kurû tic Aoréuwvos aïgécewc, et par Théodoret ({Jaer. ir, 5) qui l'appelle Zuuxçdc AuBégw6oc : Eusèbe ignore qui en est l’auteur; selon Théodoret, quelques-uns l’attribuaient à Origène. Les critiques récents en font une œuvre d'Hippolyte, sans raison suffisante, croyonsnous. On n’a que les fragments cités par Eusèbe, Nous inclinerions à penser que le prêtre romain

Caius, contemporain de Victor et de Zéphirin, et contre lequel Hippolyte a écrit, est l’auteur du traité Tlooc Ilo6x0v contre les Montanistes, du traité Teoi rod xurté, du Labyrinthe où des Philosophoumena, du Petit labyrinthe ou du traité contre Artémon : c’est à lui que conviendrait le rôle que les Phïlosophoumena font jouer à leur auteur au temps de Calliste (217- 222). La qualité d'ébroy äxioxonoç désignerait un épiscopat analogue à celui dont les Théodotiens de Rome avaient décoré le confesseur Natalios, au temps de Zéphirin (Euseb. v, 28, 8)".

$ 2. — Saint Hippolyte ?.

Bien des points restent obscurs dans l’histoire d'Hippolyte. Le Catalogue Libérien, chronologie des évéques de Rome qui date du temps de Libère (352-366). s'exprime ainsi sur l’épiscopat de Pontien : « Eo tempore Pontianus episcopus et Yppolitus presbyter exules sunt deportati in Sardinia in insula nociva Severo et Quintiano cons. » [a. 235]. La Depositio martyrum, liste des martyrs honorés à Rome, contemporaine du Catalogue Libérien etconservée comme luidansle CAronographe de 354, mentionne au 13 août la déposition « Ypoliti

4. PG,t. X, p.925. Caspari, Quellen, t. III, p.374. HarNack, Die Gwynn'Schen Caius und Hippolytus Fragmente (Leipzig 4890). ACZ, t. I, p. 600, 603, 625. Texte des fragments des Capitula adversus Caium dans les Hippolytus Werke, t.I, 2 (Leipzig 1897), p. 24.

2, PG, t. X (reproduit Frabricius, Hambourg, 1716-8). P. DE LAGARDE, Hippolyti romani quae feruntur omnia graece (Leipzig 1858). PITRA, Analecta sacra, t. 11, p. 2148 et suiv. Hippolytus Werke, t. I, 1-2 (Leipzig, 4897), par N. BONWETSCH et H. ACHELIS, Contient les écrits exégétiques et homilétiques d’Hippolyte. K. Hoi, Fragmente, 128. CASPAR), Quellen, t. III, p. 377. LiGurFo0T, Clement of Rome,t. I, p. 347. Du- CUESNE, Orig. chr. p. 300. G. FiCkER, Studien zur Hippolytfrage (Leip- 2ig 1893). H. ACHELIS, Hippolytstudien (Leipzig 1897).

in Tiburtina et Pontiani in Calisti ». Jérôme qualifie Hippolyte de martyr (Comm in Mt.'prol.; Epistul. xxxvi, 16). Une inscription du pape Damase parle d'Hippolyte comme d'un martyr : elle a été relevée sur la voie de Tibur à l'endroit où était le cimetière et la basilique du martyr Hippolyte. Mais déjà le souvenir d'Hippolyte était perdu : car cette même inscription damasienne fait d’'Hippolyte un martyr novatien qui n'aurait rallié le catholicisme qu’au moment de mourir, légende reprise et développée par Prudence (Peristeph. x1, 19 sqq.), encore qu'il soit inouï et invraisemblable qu'Hippolyte ait survécu à sa déportation de l'an 235 jusqu’à vivre au temps de Novatien. Eusèbe {vr, 20) a trouvé dans l'archive de Jérusalem des écrits au nom d'Hippolyte, dont il fait par distraction sans doute un évêque, sans pouvoir dire de quel siège : ce lapsus d'Eusèbe est reproduit par Jérôme (Vzr. int. 61). I n'y a d’assuré que ceci, savoir qu'Hippolyte, prêtre romain, mourut déporté avec le pape Pontien, en 235 ou peu après.

Eusèbe (vr, 22) cite par leurs titres sept ouvrages d'Hippolyte, les seuls qu'il ait rencontrés; mais il sait qu'il en circule nombre d'autres. En 1551, on a découvert sur la voie de Tibur, au cimetière d'Hippolyte, une statue en marbre d'Hippolyte, vêtu comme un philosophe antique, assis sur une cathedra aux montants latéraux delaquelleestunelongueinscription grecque! : cette inscription reproduit le cycle pascal calculé par

1. L'inscription et la statue sont aujourd’hui au musée du Latran. On en trouvera une reproduction figurée et le texte dans la Realencycl. der christl. Alterthümer de Kraus, art. « Hippolytus »; le texte et une étude archéologique dans J. Ficxer, Die alichristl. Bildwerke im christ. Museum des Laterans (Leipzig 1890), p.166 ; un texte critique dans ACL, t. I, p. 605. Revue bénédictine, t. XVII (1900), p. 246.

Hippolyte et donne une liste de ses écrits. Cette liste, :

par le fait d’une mutilation du marbre, est incomplète ; mais même intacte elle n’a pas dù énumérer toute l'œuvre d'Hippolyte (témoin la liste d'Eusèbe), encore

que statue et inscription soient vraisemblablement un.

peu postérieures à sa mort. Elle permet du moins, complétée par Eusèbe (7. c.)et Jérôme (Vrr.. int. 61),de récapituler l’œuvre d’un écrivain de première importance.

Ses travaux exégétiques ont dû embrasser toute l'Ecriture. Le marbre mentionne des Qidui sic naouç Tac yoagas, où l’on a voulu voir des hymnes sur les livres de PA. et du N.T. (Harnack), et même l'original grec du Muratorianum (Lightfoot), ou plus simplement des homélies. Mais tout celaest conjectural. — Eusèbe parle d’un Eic tnv É£umuegor et d’un Eiç ra era Tv EEumuesoov, deux livres que Jérôme semble avoir connus sous le

titre unique de Zn Genesim et dont il cite {Æpistul. -

xxxVI, 16) un passage sur Isaac, Rebecca, Ésaü et Jacob : on a recueilli dans les chaînes grecques de nombreux fragments d'Hippolyte sur la Genèse!, — Léonce de B. cite un fragment Eic toc svloyias toù Ba-

Aaau, qui fait penser à un commentaire sur les Nom=

bres. Théodoret (Dial. p. 131) cite un fragment sic Tv 0m Tr meyüAmr, savoir sur le cantique de Moïse dans le Deutéronome. On a un fragment sur Ruth. Le marbre et Jérôme citent un Eiç tir &yyacratuv6or, dont on n’a rien d’authentique. Théodoret {p. 55 et 131) cite un Eiç Tor "Elxarür ai eg tir "Avvmr. — Le marbre et Jérôme signalent un commentaire Etc Toùc waluovs, dont Théodoret ({. c.) fait plusieurs citations : on en a l'introduction en syriaque et un frag-

ment grec, sans compter plusieurs fragments inau-

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