La littérature des conciles
On a en grec un recueil de notices sur les synodes, notices rédigées dans la manière de celles du De iris hiéronymien. Ce recueil est appelé Zvvodix0v. I fut publié par J. Pappus (Strasbourg 1601), d’après un ms. que lui avait vendu le Grec André Darmarios. « Ce livre n’a pas été encore étudié de près et l’on n’a pas tiré au clair la question de savoir s’il ne serait pas une effrontée falsification de Darmarios » (Harnack), ou une : compilation contemporaine de Photius, comme l'ont pensé jusqu'ici les érudits. La première notice à trait au «concile des apôtres à Jérusalem » ; la 153° et dernière au concile tenu à Constantinople en 872. C’est le seul travail d'ensemble ancien sur les conciles !.
Il a existé des collections de lettres synodales ou simplement de lettres publiques émanées d'évêques ou des empereurs chrétiens, véritables dossiers de telle ou telle question générale. Ainsi le Codex encyclius, recueil de lettres épiscopales (a. 458) pour la défense du concile de Chalcédoine ; le grec en est perdu, et l’on n’a que la version latine exécutée par Épiphane le Scholastique pour Cassiodore (De instit. 11). Ainsi la
une trad. en français), Conciliengeschichte (Freiburg 1855 sqq. et 2° édit. 1873 sqq.), reste classique. On consultera avec le plus grand fruit F. MAAssEN, Geschichte der Quellen und der Litteratur ‘des canonischen Rechts (Graz 1870).
1. Le texte en est donné au mieux par FaBriclus, t. XII, p. 360 et suiv. On trouvera dans le ms. Paris gr. 512 (XVI°s.) une recension sensiblement différente du même Synodikon : elle commence au concile d’Antioche contre Paul de Samosate et finit au VII° concile œcuménique.
FABRICIUS, t. XII, p. 558 et suiv., a dressé une « Notitia conciliorum chronologica collatis editionibus Regia, Labbeï, Baluzii [Paris 4683], Harduini et Mansi ».
collection canonique latine dite du diaere Théodose, que nous a conservée un ms. de Vérone du VII: siècle, collection faite pour une part de lettres extraites de recueils grecs. Sozomène (r, 1) parle de recueils de ce genre concernant les affaires ecclésiastiques du IV* siècle, recueils qui se trouvaient, dit-il, couramment dans les palais, dans les églises et chez les érudits. Nous aurons à signaler plus loin la Xuwaywyn t&v ovrodixwr de Sabinos et le ZXuyodixoy dit de S. Athanase comme des dossiers pareils en même temps que comme des compositions d'histoire documentaire. Signalons le Synodicon adversus tragoediam Irenaei (VIS s.) composé, en partie d’après les recueils de lettres conservés au monastère des Acoœmètes de Constantinople. Tant de lettres épiscopales du IV° au VIe siècle, conservées en dehors des actes de conciles, et que l’on retrouve dans les collections canoniques ou chez les historiens, sont dérivées de semblables anciens recueils. Mais de bonne heure certaines épiîtres épiscopales ou synodales avaient acquis la valeur d’instruments de droit écrit : c'était le cas de telles lettres de Denys d'Alexandrie, de Pierre d'Alexandrie, de Grégoire de Néocésarée, de saint Basile. Le canon IT du concile /n trullo (Constantinople a. 692) énumère les épîtres épiscopales reçues ainsi comme canoniques, à la facon de décrétales 1.
On donne le nom d’actes de conciles aux procèsverbaux officiels de ces assemblées, rédigés par les notaires du concile.
Nous avons trouvé de semblables procès-verbaux au
1. Le Codex encyclius dans Mansi, t. VIE, p. 785. Sur la coll. du diacre Théodose, MAASSsEN, p. 346. Sur les anciennes coll. can. lat. de pièces grecques, MAASSEN, p. 542. Les épîtres canoniques sont réunies par
Pirra, luris eccl. gr.t. 1.
IIIe siècle signalés à propos des synodes d’Antioche contre Paul de Samosate. La coutume de dresser des procès-verbaux authentiques était une règle dans les conciles latins : témoin la forme des canons du premier concile de Carthage (4. 348) ou du concile de Sardique (a. 343): Dans les conciles grecs la coutume de dresser des actes semble ne s'être imposée que plus tard. Le concile de Nicée n'a pas eu d'actes rédigés ainsi, en dépit de ce que l’on a cru longtemps sur une indication inexacte de Gélase de Cyzique, ou fabuleuse des apo-
cryphes arabes. On a des fragments d’actes du concile.
arien de Nikè (a. 359), du concile de Constantinople de 394. Mais nous possédons les actes authentiques du concile et de l’anticoncile d'Éphèse (a. 431), du concile de Constantinople de 448, du conciliabule appelé Brigandage d'Éphèse (a. 449), du concile de Chalcédoine (a. 451) 1.
Nombre de conciles particuliers n’ont laissé aucune trace historique. D’autres ne sont connus que de nom. Pour d’autres on possède seulement la lettre circulaire (quelquefois la profession de foi) rédigée au nom de l'assemblée dont elle exprime les résolutions. Pareilles lettres devaient porter les souscriptions des membres du concile, mais il n’en est qu'un petit nombre qui nous soient ainsi parvenues avec leurs souscriptions intégralement reproduites. Pour d'autres conciles on a, avec ou sans lettre synodale, avec ou sans souscriptons, les canons disciplinaires qui y furent arrêtés.
Nous avons ainsi, en grec, vingt-cinq canons du concile d'Ancyre (a. 314); quinze canons du concile de Néo-
1. Les actes de ces conciles dans Mans1 de préférence. Sur les versions latines qu’on en a, MAASSEN, p. 130 et suiv., p. 721 et suiv. DuvaL, Litt. syriaque, p.171. Tout est à faire pour l'établissement du texte de nos actes de conciles.
césarée (entre 314 et 325); le symbole, vingt canons et les souscriptions (authenticité suspecte) ‘des « trois cent dix-huit pères » du concile de Nicée (a. 325);
la synodale, les souscriptions et vingt-cinq canons du concile d’Antioche « in encaeniis » (a. 341); la Synodale, les souscriptions et vingt canons ou résolutions du oncle de Sardique (a. 343): un recueil ou plutôt le sommaire de soixante canons attribués à un concile inconnu d’ailleurs de Laodicée en Phrygie (IVe siècle, mais pas antérieur à 381); la synodale, les souscriptions et vingt et un canons d’un concile de Gangres (ca. 365); he synodale, les souscriptions, le symbole et sept canons du concile de Constantinople de 381 !.
$ 2. — Constitutions et canons apostoliques.
Le nom de Constitutions apostoliques (Aaruyui ro
dyiovr drootohwr dc Kimuerros) est porté par un ouvrage en huit livres que l’on partage en trois sections. La première (liv. 1-vi) a trait aux devoirs des fidèles en général, puis aux devoirs des clercs (évêques, prêtres, diacres), puis aux veuves, orphelins, vierges, martyrs, enfin aux hérétiques : c’est une description des obligations morales et liturgiques des membres de la société ecclésiastique. La seconde section (liv. vu) est pour une part (ch. 1-32) une exposition de la morale chrétienne, pour une autre part (ch. 33-49) un recueil de prières rituelles. La troisième section
4. Pour les formulaires de foi, consulter À. Han, Bibliothek der Symbole (Breslau 1897). Pour les canons, F. LAucHERT, Die Kanones der wichtigsten altkirchlichen Concilien (Freiburg 1896). H. GELZER H. HILGENFELD et O. Conrz ont publié Patrum nicaenorumnomina latine, graece, coptice, syriace, arabice, armeniace (Leipzig 4898). C.-A. Tur-
NER, Bcclesiae occid. monumenta iuris antiquissima : Canonum et conciliorum graecorum interpretationes latinae (Oxford 1899).
(iv. vin), intitulée Ilepù yagoudrwr zu yegoronwr x0ù xavdvwy Exxlmoraotix@v, à trait aux rites des ordinations, des saints mystères, des prières liturgiques ou privées.
À l’époque patristique, Euthalios d’AI. (Ves.) est l'unique référence des Const. ap., car saint Epiphane ne les a pas connues sous leur présente forme. Le concile /n trullo (a. 692) les répudie ; mais Maxime le confesseur (VII s.) les accepte; Photius (cod. 112) ne les estime pas irréprochables, mais ne doute pas qu’elles ne soient de saint Clément; tout le moyen âge byzantin les tient pour authentiquement apostoliques. Depuis leur publication par le jésuite Turrianus {Venise 1563), les avis ont été partagés sur la question de leur origine plus ou moins tardive, mais non sur leur caractère apocryphe. À l'heure actuelle, où la connaissance de leurs sources a été poussée aussi loin que possible, la date exacte de la compilation reste en question. Premièrement les Const. ap. sont une compilation. Les six premiers livres sont une adaptation de la Didascalie des apôtres du IIE s. que saint Épiphane a connue encore {ca. 375). La première partie du septième livre (ch. 1-32) est une adaptation de la Didaché. La seconde moitié (ch. 33-49) a pour sources des textes liturgiques dont l’origine reste à déterminer. On a voulu voir dans le ‘symbole baptismal {vir, 41), qui s'y rencontre, le symbole de saint Lucien d'Antioche, ‘et conclure de là que toute cette liturgie vient d'Antioche et date de la fin du IIIe siècle; mais tout cela est conjectural. Le huitième livre est une adaptation de la Constitution ecclésiastique égyptienne, dérivée elle-même des Canons dits d’Hippolyte. Le rédacteur de ces diverses adaptations est un seul et même auteur. Cet auteur est le même à qui l'on doit l'édition interpolée des épt-
tres de saint Ignace. C'était moins un falsificateur tendancieux qu’un ingénu rajeunisseur de textes. Funk en veut faire un syrien apollinariste des environs de l'an 400; Duchesne et Harnack voient en lui, plus justement, un syrien (Antioche?), un semi-arien, un contemporain de Valens (364-378), c'est-à-dire d’un temps où les Orientaux étaient indulgents aux formules subordinatiennes, dont abondent les Constitutions apostoliques ".
Les Canons apostoliques {Kav6veç Exxinouactixoi tidv dyiwy dnootolwr) Sont une suite de quatre-vingt-cinq canons grecs concernant la discipline des clercs et des laïques. Ils forment l’épilogue du VIII livre des Const. ap. On en a une version latine, abrégée en cinquante canons, par Denys le Petit (VIe s.); on les a aussi en syriaque, en éthiopien, en copte. L’authenticité apostolique de ces Canons a été admise de tout le moyen âge, soit grec, soit latin. En réalité le rédacteur de ces prétendus Canons apostoliques est le même écrivain qui a rédigé les Constitutions : il dépend du texte des huit livres des Constitutions et aussi des canons du concile d’Antioche de 341, peut-être des canons laodicéens. De la teneur de nos Canons on peut inférer qu’ils ont été composés avant la diffusion du monachisme et l'avènement de Théodose ?.
1. PG,t. I(texte de COTELIER, Paris 1672). Pirra, luris eccl. gr. t. I. Une édition critique est préparée par FUuNKk.— Funk, Die apostolischen Konstitutionen, eine litterar-historische Untersuchung (Rottenburg 1891). Y joindre la critique qu’en fait M. DUCHESXE dans le Bull, crût. t. XII (4892), p. 81. AcHELISs, art. « Apost. Konstit. und Kan. » de RE3. Funk, Kircheng. Abhandl. t. I, p.347 et 359. M. Funk n’admet pas la filiation que nous avons suivie, mais il croit que du VIII° livre des Const. apostolt. dépend premièrement la Const. eccl. égypt. et de celle-ci les. Canons d'Hippolyte et le Testament du Seigneur.
2, Texte etbibliog. chez LAUCHERT, 0. ©. p. xuiet 1.— MAASSEN, p. 408. Fuxx, Die apost. K.p. 180.
De même que les Constitutions apostoliques sont mises sous le nom de Clément de Rome, ainsi en estil d’un prétendu Testament de N.-S. Jésus-Christ,
composition syriaque en deux livres dont Lagarde
avait publié un spécimen (1856) et dont M£ Rahmani . a donné le texte syriaque intégral. Ces deux livres sont les deux premiers d'une sorte d'octateuque syriaque, dont le troisième est formé par la Constitution ecclésiastique apostolique, les quatre suivants par des extraits du VIIT livre des Constitutions apostoliques, le huitième par les Canons apostoliques. Le texte syriaque du Testament est une traduction faite sur le grec en 687 par Jacques d'Edesse. L'original grec a dû être compilé au Ve siècle. Le compilateur, un catholique, a utilisé une apocalypse de basse époque (peut-être du temps de Théodose), et, pour les descriptions liturgiques, les Canons d’Hippolyte et le VIIT livre des Constitutions apostoliques ".
1. 1. E. Ranmant, Testamentum D. N. Jesu Christi (Mayence 1899). HARNACK, Stlzungsberichte, 30 nov. 1899. P. BATIFFOL, « Le soi-disant Testament de N.-S. » dans la Rev. biblique, t. IX (1900), p. 253. FUNK, Das Testament unseres Herrn und dieverwandten Schriften (annoncé).