‹ La littérature grecqueChapitre 35 sur 65 · Voyez le prologue conservé de l’histoire d’Eunape · texte numérisé non relu

Voyez le prologue conservé de l’histoire d’Eunape

tique redevient un instrument de controverse : ce n'est que sur la fin du VIe siècle qu "Évagrios essaiera de reprendre la tradition de Socrates. Pour nous, du moins, ces historiens ont le mérite d’avoir été tous des hommes de documentation : d'Eusèbe à Évagrios, et. sans oublier les ariens ni les monophysites, nos historiens sont des compilateurs. L'étude de leurs sources est à cet égard des plus instructives.

$ 4. — Eusèbe,

Eusèbe Pamphile (EvoëGos Iluugihov), évèque de Césarée de Palestine, né vers 265*, morten 340*, s’il a étudié à Antioche sous Dorothée, s’est formé à Césarée auprès de Pamphile, dont par reconnaissance il joindra le nom au sien. Il a dû être fait évèque de Césarée peu : après 313. Évêque d'un siège métropolitain qui va de pair avec celui d'Antioche, très avancé dans la faveur de Constantin, Eusèbe, qui a souscrit le symbole nicéen à Nicée, est du parti des Orientaux coalisés contre Athanase et qui rejettent le consubstantiel, sans que : l’on puisse relever dans ses écrits de trace d’arianisme formel. Homme de lettres par ses qualités comme par ses défauts (Newman), Eusèbe a droit à l'estime moins pour son caractère que pour ses services. Sa prodigieuse activité littéraire a mis la main à tout : dogmatiste, orateur, critique, exégète, topographe, apologiste, chroniqueur, historien, il n’est pas moins que tout cela et de telle façon qu'à « aucun autre écrivain ancien la postérité n’a plus d'obligations qu'à lui » (Lightfoot). En toutes ces matières, il vaut par son. érudition, par le choix des sujets qu'il traite, par les ressources exceptionnelles qu'il a pour les traiter :

son œuvre, où la pensée est aussi négligeable que le talent, est un trésor !.

Ce qui subsiste de ce trésor est « comparativement inexploré », a pu écrire Lightfoot il y a plus de vingt ans, et combien reste-t-il encore à faire!

La Vie de Pamphile, en trois livres (Vér. int. 81), n'existe plus. Eusèbe, lui-même nous l’apprend (vr, 32, 3), y avait fait figurer une liste des œuvres d'Origène et des autres écrivains collectionnés par Pamphile à Césarée : ce qui donne à penser que le catalogue hiéronymien des œuvres d'Origène est pris à cette biographie de Pamphile. — Le Lfeoi ror êv Ilohouotivn uuprvonoéyrwr, récit des exécutions dont Eusèbe a été le témoin de 303 à 310 à Césarée, nous est parvenu sous deux formes. La première, qui est la plus courte, figure dans les mss. grecs de l'Histoire ecclésiastique intercalée après le livre vin® où à la suite du livre x°. La seconde est indépendante, elle a été retrouvée et publiée en syriaque par Cureton. Grâce à la rédaction syriaque, on a pu reconstituer en partie le texte grec dispersé dans les recueils hagiographiques byzantins. Cette seconde rédaction paraît avoir été la rédaction définitive d'Eusèbe, dont l’autre serait, non un abrégé publié par Eusèbe, mais une rédaction de premier jet qu'Eusèbe aura complétée ensuite (Violet). — Le recueil d'anciens actes de martyrs, Æoyaiwr uagtuoiwr ovywywy, était une collection de martyria antérieurs à la persécution de Dioclétien. Eusèbe s'y réfère dans son Âistoire ecclésiastique pouf saint Polycarpe,

1. Les œuvres d’Eusèbe dans PG, t. XIX-XXIV (divers). Sur Eusébe, on consultera le magistral article de LicuTroor, « Eusebius of C. », dansle DCBet la notice de ACL, t. I, p. 551. PREUSCHEN, arl. « Eusebius

y. C. » de RE3. CROISET, t. V, p. 909,

saint Pothin, Apollonius, c’est-à-dire pour des martyria du II siècle. Ce recueil, en tant que recueil, n'existe plus. Le martyrologe syriaque de Wright est pour les martyrs qu'il qualifie d’ « anciens » établi d'après la Zuraywyn d'Eusèbe'.

Le Xoovxov était divisé en deux parties : la pre-. mière, intitulée Xoovoyoaqia, résumait l'histoire depuis la création jusqu’à l'an 325 de notre ère, suivant l'ordre ethnographique, d’après la Bible et les historiens anciens, Bérose, Manéthon, Phlégon, ete.; la seconde, intitulée Xoomx0ç xarwv, était une suite de tableaux synchroniques, suivant l’ordre des olympiades, des années d'Abraham, des années des empereurs romains. Il ne reste de la première que quelques fragments. De la seconde il reste les emprunts que lui ont faits les chronographes postérieurs, Georges le Syncelle, Gédrénos, la CAronique pascale, etc., plus quelques fragments grecs; il reste la version latine ou adaptation, avec une suite de 325 à 378, qu'en a publiée saint Jérôme (Constantinople, 381 *) et qu'il qualifie lui-même de « tumultuari operis »; il reste deux versions ou remaniements syriaques, l’une du VII siècle très défectueuse, l’autre plus importante, œuvre du patriarche d’Antioche Denys de Tellmahrè (818-845); il reste enfin une précieuse version arménienne. Lightfoot conjecture, pour expliquer les différences relevées entre les divers états du texte existant, qu'il a dù exister au moins deux recensions originales de la chronique d'Eusèbe : l'une antérieure aux £Eclogae pro-

1. Bibl. hag. gr. p.86 e199.— ACL, t. 1, p.554. B. VioLET, Die palästinischen Mürtyrer des E. v. C. (Leipzig 1896). [DELEHAYE,] « Eus. de Mart. Pal. longioris libelli fragmenta » dans Anal. bolland. t. XVI (1897), P.113. A. HALMEL, Die palästinischen Märtyrer des E. (Essen 1898).

* pheticae d'Eusèbe (a. 312*), l’autre datée de 3251.

L”Exnoraotixr iorogie, en dix livres, dédiée à Paulin, évêque de Tyr, s’est conservée en grec en nombre de mss. : on en a une version ou adaptation en latin par Rufin (a. 401*), comprenant une suite de 325 à 395; on en à une version syriaque (V* siècle). On en a aussi une version arménienne. Le dixième livre de l'Histoire ecclésiastique a dû être terminé sur la fin de 324 ou dans les premiers mois de 325; mais les neuf premiers livres auront été rédigés peu après l’édit de Milan (313). Les dix livres exposent l’histoire du christianisme, depuis la naissance du Christ jusqu'à la victoire de Constantin sur Licinius (323). C'est l’œuvre capitale d'Eusèbe. On est effrayé du peu que sans elle nous saurions des trois premiers siècles chrétiens. Il y a des lacunes énormes dans l’érudition de l’auteur, il ignore les sources latines notamment : mais il a disposé de la bibliothèque de Césarée, de l'archive de Jérusalem, d'une incomparable collection de livres et de pièces destinées à périr peu après : personne avant lui n’avait entrepris semblable histoire, personne après lui ne la pourra refaire. L'idée directrice de l’œuvre est sûrement une idée apologétique, et l’auteur est crédule et de peu de discernement; mais il est honnête, et le soupçon (Gibbon) d’avoir falsifié l'histoire ancienne, au moins par prétérition, ne se soutient pas ?.

1. À. Sonor, Eusebii Chronicorum lib. II (Berlin 1866-75). C. Siec- FRIED Ct H. GELZER, Eusebii canonum epitome in Dionysii Tel. chronico (Leipzig 1884). ACL, t. I, p. 556. A. SCROENE, Die Wellchronik des E. in ihrer Bearbeitung durch Hieronymus (Berlin 1900).

2, PG reproduit l'excellente édition de H. da VALOIS (Paris 1659). F. HeINICUEN, Eusebii Pamph. scripta historica, t. I (Leipzig 1868), convenable édition critique. W. Dinporr (Leipzig 4871) a donné une édition manuelle dans la collection Teubner. P. BEDJAN, Eusèbe, Histoire

La biographie de Constantin, His Kwvotartivor Tor uéyav Baoirta, en quatre livres, est une œuvre postérieure à la mort de Constantin {mai 337), et peut-être une œuvre publiée après la mort d'Eusèbe par Acace, son successeur. Elle n'est ni la continuation de l'Histoire ecclésiastique, ni proprement un récit du . règne de Constantin, mais un éloge de la religion et de la politique religieuse de ce prince. Iei le panégyriste a passé la mesure de la louange et il a eu des prétéritions peu honorables: toutefois, le récit, par les pièces originales et les informations propres à Eusèbe qu'il contient, est une source capitale pour l'histoire du règne de Constantin et des débuts du nouveau régime politique de l'Église !.

Le Contra Hieroclem, un livre, [ooc toùc vaio "Anolwriov Toù Tvavewg “Isgoxléovs Ad yowc, est une réfutation non pas tant du Drchry0ns de Hiérocles {sous Dioclétien), que de la partie de ce livre consacrée à comparer Jésus à Apollonios de Tyane, qui était la partie originale du livre, le reste étant renouvelé de Celse*. — Le traité en vingt-cinq livres contre Porphyre, mentionné par Jérôme (Æpist. 1xx, 3; Vir. inl. 81), par Socrates (nr, 23), par Philostorge (var, 14), est entièrement perdu. — Photius (cod. 11 et 12) a connu d'Eusèbe une ’Exxinouaotix) roomapaoxeur et une "ExxAnouuorixn dndda&is, toutes deux

ecclésiastique éditée pour la première fois [en syriaque] (Leipzig 1897). W. Wricar et Mac LEAN, Eusebius, Ecclesiastical history în syriac, (Londres 1898). |

4. PG donne le texte de Varois. Texte critique dans HEINICIIEN, 0. C. t. II (Leipzig 4869). — P. Meyer, De V. C. eusebianc (Bonn 1882). Zeitschrift [. Kirchengesch. t. XIV (1893-%), p. 508 et t. XVIII (4897), p. 321. ACL, t. I, p. 560. 3

2. Le Contra Hieroclem dans PG (texte d’Olearios, Leipzig 4709). Nouvelle édition dans les Philostrati opera, t. I (Leipzig 4870) de KAYSER.

perdues. Il à connu également (cod. 13) un ”Eleyyoc xai anokoyiæ, en deux livres, où Eusèbe répondait point par point aux objections des Grecs contre le christianisme : perdu. — Les deux ouvrages, qui portent respectivement pour titre Jlgorapucxeuy evayyelin et Evayyslixn dnddañic [Préparation et Démonstration évangéliques], tous deux dédiés à Théodote, évêque de Laodicée de Syrie, sont deux parts d'un même grand travail, qui dut être entrepris par Eusèbe avant l’édit de Milan (313), mais terminé longtemps après. Nous avons la Préparation complète en quinze livres : des vingt livres qu'a comptés la Démonstration il ne reste que les dix premiers, plus un extrait du quinzième. La Préparation est une critique de la mythologie et de la philosophie helléniques et une apologie des prophètes; la Démonstration une apologie du christianisme surtout par les prophètes!. — Jérôme (Vér. #nl. 81) mentionne d'Eusèbe une Osopévau en cinq livres, dont on n'avait en grec que des fragments tirés des chaînes par Mai, lorsqu'une version syriaque intégrale en a été donnée d’après le ms. de l'an 411 (Add. 12150) cité plus haut. La Osopuraiu est un traité apologétique de la divinité de Jésus-Christ, dans une forme plus brève et plus populaire que celle de la Démonstration. L'auteur y remploie mot à mot des développements de la Démonstration, et aussi du De laud. Const. : ce doit être une de ses dernières œuvres (336*-340*). Lightfoot pense même qu'il mourut sans l’avoir terminée?.

4. PG donne letexte de Vicer (Paris 1628). Nouvelle édition (Leipzig 1867) par W. Dixporr dans la coll. Teubner. — ACL, t. I, p. 565. M. FAULmABEr, Die griechischen Apologeten der klassischen Välerzeit, Eusebius (Würzburg 1896).

2, PG reproduit le grec de Mar. Pour le syriaque, S. LEE, Eusebius

on the Theophania (Cambridge 1843).

Nous avons vu Jérôme noter qu'en Palestine les

églises « codices legunt quos ab Origene elaboratos Eusebius et Pampbhilus vulgaverunt. » On a une lettre de Constantin (Vita Constant. 1v, 36-37) écrivant à Eusèbe pour lui demander cinquante exemplaires des saintes Ecritures pour l'usage des églises de Constantinople, ordre qu'Eusèbe dit avoir exécuté aux frais de l’empereur. En tête de nombre de mss. grecs des Évangiles on trouve dix tables ou canons de concordance correspondant à des numéros de sectionnement du texte évangélique : on a ainsi le, canon 1° des passages communs aux quatre évangiles, 2° des passages communs à Mt., Mc., Le., ainsi de suite jusqu'au canon 10 des passages sans parallèles. Ce travail, canons et sectionnement, imité d’un travail analogue d’Ammonios d'Alexandrie (ca. 220), est bien l’œuvre d'Eusèbe : en tête des canons figure une lettre d'Eusèbe à Carpianos, préface explicative. Lettres et canons ont passé en latin (dès avant Jérôme), en syriaque (Peshito), etc.!.

Sur l'instance de Paulin de Tyr, Eusèbe entreprit :. a) un lexique des noms hébreux de peuples qui se rencontrent dans la Bible, b) une chorographie de l’ancienne Judée par tribus, e) un plan de Jérusalem et du Temple, d) un lexique des noms de lieux de la Bible. Ce dernier opuscule, seul conservé (les trois autres y sont mentionnés dans la préface), porte en titre Llegi roy roma Ovoudror Toy à tn six youpr. Jérôme l’a traduit et remanié en latin, De situ et nominibus locorum hebraicorum. Eusèbe transcrit les noms d’après l’hébreu, dans l’ordre alphabétique,

4. ACL, t. 1, p. 573. G.-H. GwiLLraM, The Ammonian sections (Oxford 1890).

Fu

D'ATHANASE A J USTINIEN. PAU

identifie chacun avec une localité existante, qu'il décrit brièvement : la connaissance personnelle qu'Eusèbe avait de la Palestine de son temps fait tout le prix de ce traité !.

L'œuvre proprement exégétique d'Eusèbe s’est en grande partie perdue. On a le signalement de commentaires sur les Proverbes, le Cantique, Daniel, Mathieu, Luc, la première aux Corinthiens, l’épître aux Hébreux... Au témoignage de Jérôme (Vér. ind. 81), il existait d'Eusèbe « in CL psalmos eruditissimi commentarii » : ceux que Montfaucon, Mai, Pitra ont publiés sous son nom sont d’une authenticité fortement suspecte. Le commentaire sur Isaïe, “Yrouwvquara ei *Hoaiar, publié aussi par Montfaucon, paraît être d'Eusèbe : il n’est pas antérieur à 325, mais la forme en laquelle il nous est parvenu n'est peut-être pas la forme originale. Jérôme, qui pour son propre fsaïe lui a beaucoup emprunté, parle des « XV volumina » d'Eusèbe sur Isaïe, et lui reproche de sacrifier souvent le sens littéral aux allégorismes : «... historicam interpretationem titulo repromittens, interdum obliviscitur propositi et in Origenis scita concedit » (Zn Js. praef. lib. v). On a tiré des chaînes grecques des fragments sur les Proverbes, le Cantique, Daniel, Luc, la première aux Corinthiens, l'épître aux Hébreux ?.

Jérôme a connu (Vér. énl. 81) un ouvrage sur les contradictions des évangiles, Isoù duaporiac sÜayyelioy : c'était un ouvrage en trois livres, deux sur la généalogie (à Étienne), un troisième sur la passion (à Marinos) :

1. ACL, t. I, p. 574. DE LAGARDE, Onomaslica sacra (Gottingen 1887). — Le Ieoi t9s tou: B6Alov rüy reopyror ovouacias est très suspect. Le ITeot Ts TwY nalœudy &rdgwr rolvradtes est perdu.

2, ACL, t. I, p. 575-6. Pour le comm. sur les psaumes nouvellement retrouvé, G. Mercant, Alcune note di lett. patrist. (Milan 1898.)

del

Mai à publié un recueil d'extraits Tooç Ærépuvor et Llg0ç Magtvoy d'après un ms. unique (Vat. palatin. 220 ; Xe siècle), et quelques fragments indépendants, soit grecs, soit syriaques; l'ouvrage lui-même est perdu. Les fragments existants permettent de constater que. Jérôme, Ambroise, Isidore de Péluse.. ont large ment exploité Eusèbe, et Eusèbe Jules l’Africain!.

Une étude en quatre livres sur les prophéties de l'A. T. concernant la personne du Christ est le sujet des Lloopnrixoi êxhoyal, ouvrage composé, semble-t-il, avant 313 : il a été publié pour la première fois par Gaisford. Ces extraits prophétiques formaient les livres vi-Ix d'un ouvrage perdu intitulé °H x«00kov oroyeudns siouywyy, introduction générale et élémentaire à l'Évangile; Mai a retrouvé quelques fragments des livres 1, 1v, et x ?.

Le Kara Magxslhov, en deux livres, est une défense : dela décision du concile semi-arien (Constantinople 336), qui avait condamné Marcel d'Ancyre pour sabellianisme : Eusèbe rapporte les erreurs de Marcel. Dans les Lleoù tnç éxxAnoruotixnc Osokoyius nos Muoxehdor &keyyor, en trois livres, il les réfute. Ces deux ouvrages contre Marcel d'Ancyre sont conservés.

D'un Lsoù rod néoyu, composé à la demande de Constantin (Vita Const. 1v, 35), il subsiste un fragment retrouvé par Mai.

On connaît quelques discours d’apparat prononcés par Eusèbe : celui de la dédicace de la basilique édifiée par Paulin à Tyr (315*) inséré dans l’Hist. eccl. (x, 4); celui de l'ouverture du concile de Nicée (325), perdu ;

4, PG texte de Mar. ACL, t. I, p. 517.

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