‹ La littérature grecqueChapitre 37 sur 65 · BACHER, P · texte numérisé non relu

BACHER, P

+ justificatives d'évêques. Ce Basile, qui écrivit l'histoire du concile de Chalcédoine et du monophysisme, était-il monophysite? Photius, pourtant très attentif à noter la doctrine de ses auteurs, ne le marque pas. Basile a dù être de peu postérieur à Théodore le Lecteur !.

Photius (cod. 15 et 88) mentionne et analyse un ouvrage en trois livres qu'il intitule d’abord Tlowxrix0v Ts noutns ouvodov, puis To xurè tir &v Nixœia Güvodov rouy60évta. C'était une histoire du concile de Nicée qui avait pour auteur un Gélase, originaire de Cyzique et contemporain de la rébellion de Basilisque (a. 476), au début du règne de Zénon. Cette histoire s’est conservée. Dans sa préface, l’auteur déclare qu'il l’a entreprise pour mieux combattre les Monophysites. Ce n'est qu'une compilation d'Eusèbe et de Rufin, où les erreurs abondent. Mais Gélase affirme avoir mis à contribution . « un très vieux livre écrit sur parchemin », qui était venu à son père (prêtre de Cyzique) de Dalmatios « qui fut archevêque de la sainte et catholique métropole

des Cyzicéniens » (ce Dalmatios a assisté au concile . d'Éphèse), etce livre renfermait les actes et les discours du concile de Nicée. Ce bon Gélase a cherché manifestement à nous en imposer! Et de même, probablement, quand il signale au nombre de ses sources, et qu'il met très au dessus d'Eusèbe et de Rufin, ce « Jean prêtre, homme ancien, habile écrivain » (praef. lib. 1). Les deux premiers livres de Gélase ont seuls été imprimés; du troisième on n'a publié encore que des extraits?.

4. Photius, il est vrai, mentionne ailleurs (cod. 107)un autre Basile de Cilicie, celui-ci monophysite enragé: il marque qu’il était prêtre d’Antioche, du temps de l’évêque Flavien II (498-512) et de l’empereur Anastase (491-518).

2. PG, t. LXXXV, p. 4191. Sur le troisième livre, voyez Zeitschrift für wiss. Theol. t. IV (1861), p. 439.

Voici un personnage très problématique. Théodore le Lecteur (1, 44), au sujet de la profanation par Pierre Monge des cendres de Timothée Salophakiolos, écrit : 0xeg ioroget «ab Osoduguros. Ce Théodoret-là ne saurait être l’évêque de Cyr. D'autre part l'Aist. eccl. de Théodoret ne comptait que deux livres : or on trouve dans S. Jean Damascène une longue citation du « tome quatrième » ayant trait à un événement de l’an 498, et se donnant pour prise à « l'hist. eccl. de Théodoret ». Valois corrige, il est vrai, Théodoret en Théodore, mais sans voir que la mention d’un tome « quatrième » ne peut s'entendre de Théodore. On est amené ainsi à conjecturer (Baronius) l'existence d’une Hist. eccl. embrassant le récit des événements du V* siècle. Etait-ce une continuation anonyme de celle de Théodoret!?

Nous ne mentionnerions pas Évagrios, dont l'œuvre appartient à la fin du VI° siècle, si cette œuvre même n'était comme le terme de tout le développement de l'historiographie orthodoxe depuis Socrates. Photius (cod. 29), qui décrit l'Hist. eccl. d'Evagrios, la donne comme un modèle d’orthodoxie, sinon de sobriété. - Cette histoire nous est parvenue intégralement en six livres. Elle prétend être, et elle est, une continuation de Socrates, Sozomène, Théodoret: elle commence aux préliminaires du concile d'Ephèse (a. 431) et poursuit jusqu'à la douzième année de l'empereur

1. Voyez. la diss. de GarNIER, PG, t. LXXXIV/p. 352. TILLEMONT, t. XV, p.332. — Pour mémoire, mentionnons l'historien Candidos l’Isaurien, que l’on connaît seulement par la notice que lui consacre Photius (cod. 79). Il avait écrit en trois livresl’histoire des règnes de Léon et Zénon (457-191) : il était catholique, c’est-à-dire non monophysite, nous assure Photius. Mais il semble, au résumé que donne Photius, que son histoire était une histoire civile et non proprement ecclésiastique. PG,

t.LXXXV, p. 1741. :

Maurice (a. 593-4). Évagrios a vécu à Antioche depuis sa jeunesse, et la qualité de Scolastique que lui donne le titre de son Hist. établit qu'il était avocat, comme Socrates et comme Sozomène. Son récit était pour une part une compilation: il cite parmi ses sources Jean le Rhéteur, Eustathios d'Épiphanie, Zacharie le Rhéteur.… Au total, la meilleure histoire ancienne du Nestorianisme et du Monophysisme".

Joignons aux histoires les chroniques.

On donne le nom d'Historia acephala à un document latin que nous a conservé un ms. unique, le ms. 60 de la bibliothèque capitulaire de Vérone [VIF s.): c'est une chronique, malheureusement mutilée en tête, de l'épiscopat de saint Athanase, année par année, avec des dates de mois et de jours, une source de premier ordre. Ce document latin est traduit du grec par « Theodosius diaconus », le copiste du ms. L’original grec a servi à l’auteur de l'index préliminaire de la collection syriaque des lettres festales d’Athanase ; il a servi aussi à Sozomène. Ce devait être une sorte de chronique alexandrine au plus tard éditée au début de l’épiscopat de Théophile (a. 385)?.

Panodoros est donné par Georges le Syncelle (IX£s.),

4. PG, t. LXXXVI (texte de VALoIs). KRUMBACHER, P. 245. J. Bipez et L. PARMENTIER, Evagrius, the ecclesiastical history with the scholia (Londres 1899). — Eustathios d'Épiphan e,0 vopoTatTos Y0070yo&pos, comme l’appelle Jean Malalas, cité explicitement à plüsieurs reprises par Évagrios (1, 19; TI, 15 : III, 25-29 ; III, 35-37), est une histoire civile. MUuELLER, Fragm. t. IV, p. 138. Sur Jean d’Épiphanie lui aussi scolastique ou avocat, KRUMBACUER, p. 244. Sur Agathias, id. p. 240.

2. PG,t. XXVI, , 1443 (texte incomplètement reproduit de MArrEr, par qui l’Hist. aceph. a été découverte). — Masse, Quellen, p. 516. P. BatiFrOL, « Historia acephala Arianorum » dans les Mélanges de litt. et d'hist. relig.t. I (Paris 1899), p. 99, reproduit le ms. de Vérone.

Voir notre étude sur « Le Synodikon de $. Athanase » à paraître dans la Byzant. Zeitschrift, t. X.

pour un « moine égyptien, historiographe expérimenté pour l'exactitude des dates, qui a fleuri sous le règne d’Arcadius et sous ne de Théophile d’Alexandrie, et qui a maintes fois rencontré la vérité » (éd. de Bonn, p.617). Ailleurs (p. 61 et suiv.) il parle de Panodoros et d’un autre moine son contemporain, Annianos, et rapporte d’eux que «en la vingt-deuxième année de l’épiscopat de Théophile ils composèrent roi yonouua xepüho 1oToguxt ». Ilestime Annianos plus concis, plus soucieux du détail de la tradition de sa patrie {si c'est bien le sens du Syncelle), Panodoros au contraire plus abondant, plus varié, plein d'informations intéressantes et ne s’en tenant pas seulement aux dates. L'un etl’autre critiquent Eusèbe vivement. La chronographie de l’un et de l’autre commençait à Adam et s’arrêtait à la 22° année de Théophile (p. 59), soit en 407-408.

Jean le Rhéteur est connu par Évagrios qui l’a cité textuellement à plusieurs reprises {r, 16; 11, 12; mr, 10 et 28), et qui marque la date précise où s’arrêtait son récit, savoir l'an 526 (rv, 5). Les faits au sujet desquels il le cite sont contemporains de Théodose Il, de LéonI*, de Zénon, de Justin I (444-526), et tous ont trait à l'histoire locale d’Antioche, tremblements de terre, dédicaces d'églises, monuments et inscriptions. Ces fragments importants pour l’histoire monumentale d’Antioche font penser à une chronique antiochienne d'origine.

O1 gnalons comme une recherche à entreprendre celle des sources grecques du Breviarium causae Nestorianorum et Eutychianorum de Liberatus : il a, luimême nous l'apprend (prol.), utilisé la tripartite latine exécutée par Épiphane le Scolastique sur l'ordre de Cassiodore, et les actes des conciles, et les lettres des Pères, y joignant à leur date « illa quae in graeco Alexan-

driae scripto accepi vel gravissimorum hominum didici narratione fideli ». L'éditeur de Liberatus, Garnier, conjecture qu'il désigne par ces mots Nestorios évêque de Phragonis, Zacharie le Rhéteur, Priskos le. Rhéteur, Basile de Cilicie, Jean le Rhéteur, d’autres encore (PZ, t. cxvrir, p. 969). Garnier identifie ce Nestorios avec le Nsoroguroc, que la Chronique pascale (PG, t. xcr, 832) qualifie de « très sage chronographe » ayant conduit son histoire jusqu’à l’époque de Léon le Jeune (a. 474). Jean Malalas cite ce Nestorianos deux fois (PG, t. xcrr, p. 485 et 560) : la première fois sur la mort de Constantin, la seconde fois sur la mort de Léon le Jeune.

Domninos est cité par Jean Malalas (PG, t. xevnr, p. 172, 324, 361, 404, 433), lui encore comme un «très sage chronographe ». L'antiquité grecque et romaine et l’histoire de l'empire marquent seules dans les citations faites par Malalas. Il était probablement d'Antioche (p. 241 et 413), mais il ne semble pas qu'il ait été chrétien.

$ 7. — Hagiographie.

Pour le siècle antérieur à Constantin, il faut mettre à partles actes authentiques peu nombreux qui nous sont parvenus : lapassion de saint Pionios de Smyrhe (a. 250) : les actes de la comparution de saint Akakios d’Antioche de Pisidie, les actes de saint Maxime à Éphèse ou à Lampsaque, des saints Lucien et Marcien à Nicomédie, au temps de Dèce; — de saint Nicéphore « en Orient » (ca. 260); des saints Claude, Astérios, Néon, à Égée en Cicilie (a. 303); de saint Probe le

à Césarée (a. 303); des saintes Agapé, Chionia, Irène à Thessalonique (a. 304); des saints Didymos et Théodore à Alexandrie (a. 304); de saint Irénée à Sirmium (a. 304); de saint Philippe d'Héraclée à Andrinople (a. 304); des saints Tarachos, Probos et Andronikos à Tarse (a. 304); des saints Philéas et Philoromos à Alexandrie {&. 306); des saints Quirion, Candide, etc., les quarante martyrs de Sébaste (ca. 320)!.

L'usage d’honorer liturgiquementl’anniversaire d’un martyr au lieu-même où il était enterré est attesté dès le milieu du second siècle, mais c'est seulement au IT: siècle que cet usage devient universel. Les anniversaires demeurent toutefois des fêtes locales, chaque église a les siens. Chaque église a ainsi son calendrier de fêtes fixes et propres. Les plus anciens calendriers qui se soient conservés sont ceux de Rome, de Tours, de Carthage : celui de Rome établi, croit-on, en 312 et représenté par les Depositiones episcoporum et les Depositiones martyrum qui figurent dans le CAronographe de 354 ou collection de Philocalus; celui de Tours, établi par l’évêque Perpetuus (+ 490); conservé dans l’Historia francorum (x, 31) de Grégoire de Tours; celui de Carthage, tiré d’un ms. du VII® siècle (perdu), postérieur à 505. — En réunissant les calendriers des diverses églises, ceux des grandes métropoles principalement, on forma ce qu'on appelle Les martyrologes : les plus anciens paraissent avoir été constitués vers le milieu du IV° siècle, en Afrique et en Asie Mineure. Ils ne se sont pas conservés sous leur forme primitive, nous ne les avons que dans le Martyrologe dit Atéronymien, compilation exécutée en [alie

1. ACL, t.1, p. 816. Bibl. hag. gr. à chaque nom. VAN DEN GHEYN, art. « Acta martyrum » du Dict. théol. cathol. t. I (Paris 1900), p. 321.

vers le milieu du V® siècle, puis remanié vers 595 à Auxerre, recension d’où dérivent tous les mss. actuellement existants !. — Le martyrologe constitué en Asie Mineure nous est parvenu aussi en une traduction sy-. riaque très abrégée, publiée par Wright d'après un ms. unique daté de l’année 412 (Add. 12150). Tout ce qui, dans ce texte syriaque, a trait aux saints de l’empire romain (d'Orient), car il est question aussi des saints de Babylonie et de Perse, constitue un véritable « Martyrologe d'Orient », lequel a été constitué entre 363 (date des saints les plus récents qui y figurent) et 412 (date du ms.). Ce martyrologe d'Orient a comme source la Suyaywyn d'Eusèbe pour les temps antérieurs à Dioclétien, son Iso roy ëv [luhœuotivy Luor. pour les martyrs palestiniens du temps de Dioclétien, d’autres passions aussi qu'il y aurait intérêt à identifier, et enfin des calendriers locaux (Antioche, Alexandrie). Le texte syriaque et le texte du HMartyrologe hiéronymien permettent de reconstituer le martyrologe d'Orient d'original grec, lequel semble avoir été compilé à Nicomédie et par une main arienne ?,

Après les passions authentiques, les actes interpolés : on remanie la sobre rédaction des récits authentiques pour intercaler des discours, des descriptions, des prodiges. Et comme il est, non pas étrange, mais naturel, ce sont ces pièces interpolées qui ont le plus de vogue et se sont conservées le mieux. — Enfin les fictions, « des actes inventés de toutes pièces, pures

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