LITURGIES, HOMÉLISTES, SPIRITUELS, POËTES
Le culte chrétien entre dans sa période de fixation. Les liturgies vont apparaître après trois siècles d’existence et de développement silencieux. La catéchèse, l’homélie, le panégyrique vont avoir leurs classiques. La poésie seule manquera, faute de s'être émancipée de limitation de l’antique. Mais voici naître la littérature ascétique, et, dans l'âme de contemplatifs et d’anachorètes, une sagesse et un merveilleux qui va être la nouveauté de ces deux siècles.
$ 4. — Liturgies.
Les historiens de la liturgie distinguent deux types anciens de liturgie chez les Grecs, le type alexandrin et letype syrien !.
La liturgie alexandrine est à peine attestée par les écrivains alexandrins du II au V® siècle. Mais un ms. grec (XI° siècle) de l’Athos nous a conservé une collection de prières, sorte de rituel de l’église de
4. F. E. BriGarMAN, Liturgies eastern and western, t. I (Oxford 1896). C. A. SwaixsoN, The greek liturgies (Cambridge 1884). DUCHESNE, Origines du culte chrétien, p.54 et suiv.
Thmuis, etattribuée avec grande vraisemblance à l’évéque saint Sérapion, l'ami de saint Athanase. Ces prières ont trait au baptême, aux saints ordres, aux onc-. tions, à la sépulture, à la synaxe dominicale, à la messe. L'’anaphore de la messe renferme un emprunt à la Didaché. I se dégage de la comparaison de ces textes eucologiques égyptiens et de ceux que nous avons de Syrie, que la liturgie égyptienne était au IV° siècle identique de type à la liturgie syrienne !.
Après le concile de Challans le schisme de Dioscore divise les Égyptiens en monophysites et en catholiques ; les premiers deviendront coptes de langue liturgique, les catholiques adopteront les usages liturgiques de Constantinople. Il existe un Æasrovoyiæ Toù dyiov arootrokov Magxrov. Cette liturgie de la messe «contient sans doute beaucoup de retouches byzan-. tines, mais les parties essentielles sont conformes au type et souvent à la teneur même des meilleurs textes d'autre provenance; il n'est pas douteux qu'elle ne remonte très haut, au V° siècle pour le moins » (Duchesne). Les textes d'autre provenance sont les litur-. gies copte et éthiopienne.
La liturgie syrienne, comme type, est attestée au mieux par les Catéchèses de saint Cyrille, par les homélies de saint Jean Chrysostome, par les Constitutions apostoliques. Les pièces liturgiques qui en dépendent peuvent se répartir en trois groupes. — 1° Au groupe de Syrie (patriarcats d'Antiocheet de Jérusalem, plus Chypre), appartient une Æarovoyia Toù &yiov
4. G. WoBBERMIN, Aléchrisiliche liturgische Slücke aus der Kirche Aegyptlens (Leipzig 1899). P. BamiFFOL, « Une découverte liturgique » dans le Bulletin de litt. eccl. 4899, p. 69. Le P. PARGOIRE signale dans le Dict. de théol. cath. t. I, p. 791, que L’euchologe de Sérapion de Thmuis a été publié pour la première fois par A. DMITRIEVSKI (Kiev 1891), à l'insu de WOBBERMIN.
dno6t0ov *luxw6ov, encore en usage à Jérusalem le jour de la fête de saint Jacques le Mineur. Elle est mentionnée par le concile Zn trullo (can. xxxn), en 692, « mais elle doit remonter beaucoup plus haut que le VII siècle. Le fait que les Jacobites [les tenants du schisme monophysite de Jacques Baradaï, 4. 541] l'ont conservée en syriaque comme liturgie fondamentale, prouve qu'elle était déjà [dès le VI® siècle] consacrée par unlong usage. Saint Jérôme paraît l'avoir connue; il est sûr, au moins, qu'il cite [Ado. Pelag. n, 23] un texte liturgique que l’on retrouve dans la liturgie de saint Jacques » (Duchesne). — 2° La liturgie pratiquée à Constantinople est dérivée de celle d'Antioche et n’est qu'une variété du type syrien. On a une Æarovoyia Toù &v Gylous muroôc pur Baoisiov Tod weyéhov, une Aar- Tovoyia ToÙ év yious nure0c juov "lwdivov Toù Xov0600- Touov, enfin une Æarovoyiu Tor neonycaouerwr, liturgie des présanctifiés. La liturgie dite de saint Basile a été d'abord la liturgie normale; elle n’est plus d'usage aujourd'hui qu'aux dimanches de carême, jeudi saint, samedi saint, et quelques autres solennités, tandis que la liturgie dite de saint Chrysostome est devenue la liturgie normale. La messe des présanctifiés est d’usage aux féries de carême, le samedi excepté. L’attribution de ces liturgies à des auteurs déterminés n’est aucunement fondée. La liturgie dite de saint Basile, qui est « la plus ancienne des trois » et dont le « texte actuel est attesté dès le commencement du VI siècle » (Duchesne), est attestée sous le nom de saint Basile par le concile Zn trullo (can. xxxn). Le même concile (can. Lu) règle l'usage de la liturgie des présanctifiés, sans l’attribuer nommément à aucun Père.
1. Les liturgies de Marc, de Jacques, de Basile, de Chrysostome, des
‘ , “ 4 238 ï LITTÉRATURE GRECQUE.
Les textes liturgiques se rapportant, non plus à la messe, comme les précédents, mais soit au rituel et au pontifical, soit à l'office divin, constituent une littérature dont nous ne pouvons indiquer ici que la plus élémentaire bibliographie !.
$ 2. — Saint Cyrille de Jérusalem.
On donne lenom de catéchèses aux instructions qui étaient faites aux catéchumènes, élus pour recevoir le baptème dans la vigile de Pâques. Ces instructions étaient faites tous les jours à partir du premier dimanche de carême, le samedi et le dimanche exceptés. On yexpliquait l'Écriture Sainte d'abord, puis le symbole et les saints mystères.
Saint Cyrille (Kégrhoç) a été évèque de Jérusalem en 350*, après avoir été diacre, puis prêtre, de cette église. C’est à titre de prêtre qu'il dut prononcer ses Catéchèses, en 347 ou 348. Nul doute que Cyrille n'ait été persécuté par Acace etles Homéens : il fut trois fois chassé de Jérusalem, et son troisième exil (367-378), sous Valens, ne dura pas moins de onze années. Nul doute aussi qu'il n'ait été opposé à la doctrine subordinatienne, mais sans aller dans ses homélies jusqu'à l'affirmation formelle du consubstantialisme. [l mourut en 386*, après avoir pris part au concile œcuménique de 381 à Constantinople.
présanctifiés, dans SWAINSON, 0. €. J. ROBERTSON, The divine liturgies of Chrysostom and Basil (Londres 1894). HammonD, The ancient liturgy of Antioch (Oxford 1879). F. Progsr, Liturgie des vierten Jahrhunderts und deren Reform (MüNSTER 1893).
4. J. GOAR, Eÿyolo yo sive riluale Graecorum (Paris 4647). E. RENAtpoT, Liturgiarum orientalium colleclio (Paris 4716). À DantEz, Codex lilurgicus ecclesiae orientalis in epitomen redactus (Leipzig 1853) : capital, N. Nizzes, Kalendarium manuale utriusque ecclesiae or.et occid. (Innsbruck 1879; 3° éd. 1896). KRUMBACITER, Pp. 658.
Les Catéchèses de saint Cyrille sont aujourd'hui d’une authenticité indiscutée. Elles comprennent une procatéchèse ou allocution préliminaire, puis dix-huit catéchèses ou instructions, trois sur le baptême, quinze sur le symbole, enfin cinq catéchèses mystag'ogiques ou instructions sur les saints mystères de la liturgie. Cette série de vingt-quatre instructions est la plus ancienne « catéchèse » que nous possédions, encore les instructions sur l'Écriture Sainte y manquentelles. Elles constituent pour l'histoire de la liturgie sacramentelle un monument hors de pair. Ajoutez l'attrait d'une éloquence vive et colorée, d'autant plus sensible dans une rédaction probablement sténographiée, comme est celle que nous avons !.
Sous le nom de Cyrille, on a une lettre à l'empereur Constance, récit d’une apparition miraculeuse de la croix à Jérusalem le 7 mai 351, lettre authentique aux yeux de certains (Tillemont, Bardenhewer), suspecte à d’autres, sûrement aussi ancienne que Sozomène qui la mentionne le premier {rv, 5).
$ 8. — Saint Grégoire de Nazianze.
Grégoire, fils de l’évêque de Nazianze en Cappadoce, est né en 330* et mort en 390*. Il a passé par les écoles
4. PG, t. XXXIII (texte de Dom TourTÉE, Paris 4720). — J. MARQUARDT, S. Cyrillus hier. quid de contentionibus et placitis Arianorum senserit (Braunsberg 1880-1881). Id. S. Cyrillus hier. baptismi chrismatis eucharistine mysteriorum interpres (Leipzig 1882). BARDENNEWER, p. 249. Pour Ja chronologie des catéchèses de Cyrille voir dom CaBROL, Les églises de Jérusalem, la discipline et la liturgieau IVesiècle (Paris 1895), p.455. KarTrenBuson, Das apostolische Symbol, 1. I, p. 40. Anal, bolland. t. XIII (1894), p. 53. — Les fragments homilétiques sur saint Jean (PG, p. 4181) attribuées à Cyrille, ne paraissent pas antérieurs au concile de Chalcédoine.
de Césarée de Palestine, d'Alexandrie, d'Athènes, où il a reçu la meilleure culture hellénique. L’intimité de saint Basile l’a conquis à la théologie consubstantialiste et à l’ascétisme. Son père l’a fait prêtre de Nazianze (361*), et saint Basile l’a fait évêque de Sasimes (372*), où il ne mettra pas les pieds. Grégoire résidera tour à tour à Nazianze jusque vers 375, à Séleucie jusqu'en 379, à Constantinople de 379 à 381. Ce séjour de moins de trois années à Constantinople coïncide avec l’avènement de Théodose : Grégoire, par ses prédications, rétablit la popularité de l’orthodoxie dans une cité infestée par l’arianisme: il est élevé sur le siège de Constantinople par le concile (381), mais devant l'opposition de quelques évêques, il se démet spontanément et regagne la Cappadoce, où sa vie s’achève dans la: retraite à Arianze.
Grégoire a souffert de la contrariété d’une âme faite. . pour la méditation, les lettres et la solitude, et d’une destinée de luttes et d'épreuves où l'ont entraîné les Cappadociens dontil est. Inférieur à Grégoire de Nysse comme homme de pensée, inférieur à Basile comme homme d'action, il est un homme de sentiment, pathétique, inconstant, attachant malgré tout. Il est aussi le rhéteur élégant, attique, avanttout l'avocat insinuant et vigoureux de la doctrine nicéenne, notre plus classique écrivain !.
On a quarante-cinq Àdyo de saint Grégoire dont on doit à Tillemont et aux Mauristes d'avoir établi la chronologie solidement. I-IIT datent de 362; IV-VI de la fin de 363 ou du début de 364: VII-XIX de 368 à 375, XX-XXV de379; XXVI-XXXVIIIde380; XXXIX- XLI de 381; XLIV de383 ;XLV de 385*. Lasérie XX-