‹ La littérature grecqueChapitre 44 sur 65 · FRS · texte numérisé non relu

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Fac

Marc l'Ermite (Mupgxoç uovayôc), vraisemblablement disciple de saint Jean Chrysostome, a dû être abbé

d'un monastère à Ancyre et contemporain du concile

d'Éphèse. Son opuscule Adversus Nestorianos a dù

être publié en 430 ou 431 et est curieux comme

« variété théologique du V° siècle intermédiaire entre les Antiochiens et les Alexandrins » (Harnack). Photius (cod. 200) a connu de Marc huit opuscules où Æ6yor doxntixoi, en partie sous forme de dialogues, et un livre Iooc Meiyicedeuiras. Nous les avons en grec, et ils existent en syriaque !.

Le livre célèbre que l'on intitule Zlo0c Aadooy iorogiu a pour auteur Palladios, un galate, que l’on trouve, en 388, âgé de vingt et un ans, à Alexandrie, puis au désert dec Nitrie, puis auprès d'Évagrios au milieu

- des ermites égyptiens. En 400, il retourne à Alexan-.

drie et sur la fin de l’année il-est évèque d'Hélénopolis en Bithynie. Ami fidèle de saint Jean Chrysostome, il fait pour le défendre le voyage de Rome en 404- 405. Au retour, enveloppé dans la disgrâce de l’évêque

banni, il est lui-même exilé en Egypte. En 417, son:

exil prend fin, et en 420 il rédige une suite de notices sur les moines qu'il a connus personnellement ou de réputation. Cette Histoire, dédiée à un officier de la cour de Théodose IT nommé Lausos, est l'Histoire lausiaque. On connaissait deux recensions grecques de l'Histoire lausiaque : une recension longue, popularisée par Rosweyd qui l’a donnée au livre VIII de ses Vitae Patrum, et une recension brève rejetée par Rosweyd dans un appendice. On a démontré que la recension

opuscule Eë ro mm (Nt), que Lagarde aréédité dans ses Onoma-

slica Sacra, et qui est apocryphe. sd

4. PG,;t. LXV, p. 903 (d’après GALLANDI). — J. KuNzE, Marcus Eremita (Leipzig 41885). e

vs

longue était un conglomérat de la recension brève et du grec de cette istoria monachorum de Timothée que nous avons rencontrée plus haut; la recension brève représente le texte authentique de Palladios. L'auteur même dont on ne voulait plus faire qu'un mythographe, nous apparaît comme un écrivain sincère et dont l'extrême crédulité prouve au moins la candeur !.

$ 7. — Poésie.

Nous avons vu se produire au IT° siècle et au ITT° des essais de compositions lyriques chrétiennes, dont les

psaumes gnostiques pourraient donner l'idée. Cette : poésie lyrique émigrera dans la littérature syriaque : les églises grecques, dans leur liturgie, s'en tiendront

au psautier davidique exclusivement, du moins jusqu'à Justinien. Un canon du concile de Laodicée (can. zx), au IV® siècle, interdit de chanter à l’église des idiwrixoùs Wwaluoucs, des « psalmi plebeï, » ce que nous appellerions des cantiques. Seuls les Ariens et les Apollinaristes en ont, et ils ne nous sont point parvenus. Toute poésie chrétienne est ainsi condamnée à être un exercice de lettré, et rien de plus. Tel est bien le caractère des compositions poétiques des Apollinaires et de Grégoire de Nazianze : langue, métrique, manière, tout est emprunté aux classiques. L’imitation même devient plus stricte à mesure qu'on

4. PG, L XXXIX. BuTLer, The lausiac history of Palladius (Cambridge 1889). E. PREUSCHEN, Palladius und Rufinus (Giessen 4897), — Pour le dialogue sur la vie de saint Jean Chrysostome, PG, t. XLVII, p. 5, tout estencore à faire, et l'on ne sait même pas si le Palladios dont il porte le nom est le même que le Palladios de l'Histoire lausiaque. Toutefois Preuschen et Butler inclinent à identifier les deux

écrivains.

avance : Méthodios est bien plus irrégulier que Grégoire de Nazianze, Apollinaire renchérit sur Grégoire, Synésios n’est plus qu'un illisible pédant. La poésie chrétienne est prisonnière des formes métriques et. littéraires de l’hellénisme classique et s’alanguit dans

un aléxandrinisme sénile et indigent, dont Eudocie

et Nonnos sont les purs produits! Cependant la ré-

volution se prépare qui, en brisant ces formes mêmes,

va donner naissance à une poésie nouvelle, la poésie

rythmique des mélodes byzantins.

Synésios (Swréouos), originaire de Cyrène (ca. 375), est un bel esprit formé à Alexandrie dans le milieu platonicien où brilla Hypatie. En 397, les cités de la Pentapole l'ont chargé de porter en leur nom une couronne à Arcadius; en 409 les chrétiens de Ptolémaïs lui ont demandé d’être leur évèque; passé 416 tout in-° dice biographique disparaît de lui. Un patricien infatué de descendre sinon d'Hercule, du moins d’Aristhène qui amena les Doriens à Sparte; un pédant qui se pique d’imiter toutes sortes d'auteurs et d'écrire tous les dialectes, y compris le dorien; un sophiste romanesque qui qualifie Hypatie d’âme divine, tel est l'homme dont les fidèles de Ptolémaïs ont fait leur évèque par estime de ses facultés de gouvernement, et que les humanistes ont exalté pour ses exercices de rhétorique. On distingue dans son œuvre écrite les pièces où l’on ne trouve aucune trace de christianisme et que l’on attribue sur ce critérium à la période séculière de la vie de Synésios : un discours à Arcadius sur la royauté (a. 397*), un discours sur un astrolabe (4. 399), des « discours égyptiens » ou sur la Providence. (a. 00°), un éloge de la calvitie, en souvenir de l'éloge de la chevelure de Dion Chrysostome, un traité des songes, un autopanégyrique intitulé Dion (a. 404*), par

allusion à Dion Chrysostome. À l'épiscopat appartiendraient deux fragments de déclamations décorées du titre baroque de Koraoräoas, l'une se rapportant à une irruption de barbares en Pentapole (a. 419*), l'autre contenant l'éloge du préfet de Pentapole, Anysios (411*). Aux deux périodes appartiennent les épitres (399-413), au nombre de cent cinquante-six, « d’une grâce et suavité de style, et d’une vigueur et densité de pensée » que Photius (cod. 26) admirait trop : on y peut glaner nombre de détails intéressant la vie en Pentapole au V° siècle. Synésios parle de compositions poétiques de sa façon, des tragédies, des comédies, des poèmes sur la chasse : rien ne s’en est conservé. Mais nous avons dix hymnes; les quatre premières seraient antérieures à l’épiscopat; les autres sont d'un caractère indécis entre le christianisme et le pag'anisme. Synésios a si peu pensé à faire des hymnes populaires qu’il les a écrites en dialecte dorien !!

Évagrios, en son ist. eccl. (1, 19) mentionne deux poètes chrétiens contemporains de Théodose IT (408- 450), l'un Kiavdiadc, l'autre Kvooç. Le premier ne serait autre que le poète latin Claudius Claudianus, sous le nom de qui, en effet, on a des épigrammes grecques et deux fragments d’une Gigantomachie?. Le second, dont Évagrios (Z. c.) fait un préfet du prétoire et aussi le commandant des milices d'Occident au moment de

1. PG, t. LXVI (reproduit l’édit. du P. PETAU, celle de Paris 1633). H. DrRuoN, Œuvres de Synesius traduites enfrançais (Paris 1878). —Nombreuxtravaux sur Syn. rapportés par BARDENHEWER, P« 334. T. HALCOMB, art. « Synésius » du DCB. W. Fnrz, Die Briefe des Bischofs Synesius von K. (Leipzig 4898). J. MANDOUL, De Synesio Piolemensi episcopo el Pentapoleos defensore (Paris 1899).

2, PL, t. LII, p. 789. Mieux dans l'édition de Claudien des Monumenta

Germaniae, par BimT (Leipzig 1892).

la prise de Carthage par les Vandales (a. 439), est le même que Sidi (s. ».) présente comme un préfet du prétoire, poète estimé de l'impératrice Eudocie. À la disgräce de celle-ci, le poète fut relégué à Kotyæon. en Phrygie dont il fut élu évêque. Il était originaire de Pañopolis en Égypte. La CAronique Voie (PG, t. xcrr, p. 809) le fait évêque de Smyrne et rapporte sur lui une fable ridicule empruntée à l'historien Priskos le Thrace. Rien ne s’est conservé de ses compositions poétiques.

L'impératrice Eudocie, la femme de Théodose I, n'a pas seulement laissé le souvenir de la plus romanesque des destinées : elle fut par surcroît un bel esprit, ainsi qu'il convenait à la fille d'un sophiste athénien. Socrates (vir, 22) mentionne les poèmes épiques qu'elle fit sur les campagnes de son mari; Zonaras : lui attribue des «centons homériques » ; Éene nous la montre prononçant un discours à Antioche. Photius (cod. 183)a connu d'elle une Merupouois Tic Orrureiyov, qui était une mise envers épiques des huit premiers livres de la Bible, travail jugé par Photius un : pénible chef-d'œuvre de mot à mot. D'après Photius (cod. 184), Eudocie avait mis semblablement en vers les prophètes Zacharie et Daniel, et avait composé un poème épique en trois livres sur saint Cyprien et sainte Justine !.

Nonnos (Nü»voç), de Panopolis en Égypte, est mieux encore que Synésios un représentant du dernier alexandrinisme! On le date du commencement du V® siècle. Il est l'auteur d’un poème épique sur Di A nysos, Aorvouxt, et, croit-on, d’une traduction en vers.

4. PG,t. LXXXV, p. 832. À. Lupwicn, Eudociae Aug. carminum reliquiae (Kônigsberg 1893) et Eudociae Aug., Procti Lycii, Claudianr carminum graecorum reliquiae (Leipzig 1897).

hexamètres de l’évangile selon saint Jean, que nous possédons !.

Pendant que les lettrés s’épuisent dans ces exercices pédantesques, la poésie nouvelle apparaît. Le “Yuyoc someguroc et le [looc xugbévorçs de saint Grégoire de Nazianze sont les premiers spécimens de cette poésie fondée sur l’accent tonique et non plus sur la quantité. Ces deux pièces « se composent de longues lignes de quatorze à seize syllabes, qui se partagent en deux demi-lignes d'un nombre différent de syllabes; la quantité et la cadence sont absolument négligées, mais la syllabe pénultième de la seconde demi-ligne doit être une syllabe accentuée. Nul doute que ces deux pièces appartiennent à la poésie rythmique » (Krumbacher). Cette poésie rythmique fleurira aux VI° et VIIe siècles, et Romanos au VI® siècle, en sera le plus grand représentant. Quels obscurs essais ont précédé Romanos? Quelle est l’origine précise de cette poésie rythmique? On l'ignore encore. Théodore le Lecteur cite deux noms, Anthimos et Timokles, dont il fait des hymnographes du milieu du V° siècle. « On connaît d’autres mélodes du V® siècle : Markianos, Johannes Monachos, Séta, surtout Auxentios, dont nous possédons une hymne que nous a conservée sa biographie par son jeune contemporain Georgios (PG, t. ex1v, p. 1416). Que nous ne connaïssions d’ailleurs aucune autre hymne du V° siècle, cela tient à ce que les hymnes se transmettent anonymement. Le plus grand nombre peut s'être perdu; mais beaucoup

de ces incunables de la poésie d'Église ne sont sans + doute pas reconnaissables parmi les nombreuses pièces

Le:

1. PG,t. XLIII, p. 749 (texte de Herwsius, Leyde 1627). BARDENUEWER, art. « N. aus P. » du XL.

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grandes ou petites qui nous sont parvenues sans nom » (Krumbacher) !. à

4. Curist et PARANIKAS, Anthologia graeca carminum christianorum (Leipzig 4874). — KRUMBACHER, p. 653. Pirra, Analecta sacra, t. I, prolegom.et toutle volume. E.Bouvy. Poètes et mélodes (Nîmes 1886). U. Cn£- VALIER, Poésie liturgique du moyen âge (Paris 1892). E. Cagror, L’hymnographie de l'Église grecque (Angers 1893).

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