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THÉOLOGIENS ET EXÉGÈTES

Le IT: siècle a légué à l'Église le canon de la foi, le IT: siècle une exégèse et une philosophie, d'un mot, une science, et une science toute pénétrée de l’individualisme de l'hellénisme en matière de critique et de spéculation. La période où nous entrons est celle des Pères et des Définitions : c’est la lutte de l’individualisme en critique et en spéculation contre le canon de la foi, lutte terminée par les conciles et donnant naissance à des formules de foi de plus en plus explicites et dirimantes. La lutte s'engage d'abord sur la divinité métaphysique de l'Homme-Dieu : la tradition anténicéenne formulée à Nicée, Athanase maintient la formule nicéenne contre toutes les revisions, les Cappadociens et Théodose la font accepter de tout l'Orient (313-381). Surgit alors le problème de l'union de l'humanité et de la divinité en Jésus-Christ : c'est l'Apollinarisme vaincu par les Cappadociens, c’est le Nestorianisme vaincu par Cyrille d'Alexandrie, c'est l'Eutychianisme vaincu par le pape Léon au concile de Chalcédoine (383-451). Puis, au milieu des luttes pour et contre Chalcédoine, la condamnation d'Origène et de Théodore de Mopsueste, de l’individualisme spéculatif et de l'individualisme critique, et l’apparition

d'une théologie d'Empire, avec Zénon, puis Justinien, et d’une théologie mystique, avec Denys l’Aréopagite (451-527). Cependant l’exégèse se meurt.

$S 4. — Athanase et les Nicéens.

Alexandre est l’évêque d'Alexandrie (312-328) quiassiste à la naissance de lacontroverse arienne ausein de son clergé et qui la fait aboutir à la définition du consubstantiel à Nicée. Epiphane {Lxrx, 4) a connu une collection de lettres d'Alexandre qui ne comptait pas moins de 70 lettres, adressées, dit-il, à Eusèbe de Césarée, à Makarios de Jérusalem, à Asklépios de Gaza, à Longinos d'Ascalon, à Makrinos de Jamnia, à d’autres en Phénicie eten Cœlé-Syrie, tel un certain Zénon à Tyr; et le recueil renfermait les réponses de ces personnages se défendant du reproche que leur adressait Alexandre de soutenir Arius. Nous possédons une encyclique à tous les évêques pour dénoncer Arius et le soutien que lui prête Eusèbe de Nicomédie; une lettre pour signifier la déposition d'Ariuset de ses partisans, Kabuioeois Ageiov; une lettre à Alexandre de Constantinople sur le même sujet, joint à un exposé du consubstantialisme. On trouve d’autres lettres, à Aeglon de Cynopolis, à Philogonios d’Antioche, à Eustathios de Béroé, à Constantin, à Arius, au pape Silvestre, toutes lettres mentionnées par Théodoret, Épiphane, Socrates et procédant du même recueil, sans doute. — On a retrouvé en syriaque des fragments qui ont fait partie d'une col tion d'homélies d'Alexandre : on y relèveune « homilia nona festae » qui a pu être une homélie ou épitre pascale, et une « homilia tertia adversus Arianos ». En syrlaque encore on a une homélie « de anima et corpore

deque passione Domini », dont on conjecture qu’elle dépend du traité Iso yvync de Méliton !.

Athanase (ÆOuvaoroc) succède à Alexandre sur le siège d'Alexandrie (17 avril 328). Il a dû naître vers 295, il a été fait diacre vers 319, et a pris part aux côtés de son évêque au concile de Nicée et à la définition du consubstantiel, que tout son long et intrépide épiscopat sera employé à maintenir contre les entreprises révisionnistes des Orientaux. Soutenu par sa fidèle Egypte et par Rome, il tient tête à tout l'Orient au nom de l'autorité de la tradition et dela chose jugée. Banni à Trèves par Constantin en 335, il est rappelé par ses fils en 338; chassé par les Ariens en 340, il ne peutrevenir à Alexandrie qu'en 346, en dépit du jugement du concile de Sardique (343) qui l’a réhabilité; dix ans plus tard (356) Constance le fait expulser. Il est rappelé, puis exilé par Julien (362). Jovien le ramène à Alexandrie (363-4). Valens l’en exile (365). C’est le cinquième et dernier exil d'Athanase qui, après quatre mois, rentre dans sa ville, où il mourra le 2 mai 373.

Nousavons des hommes de plusde science, ou deplus d'art, ou de plus de génie spéculatif : celui-ci les passe tous par la rigueur juridique, la ténacité souple, la passion vraie jointe à la mesure. Il a toute la culture d’un Grec et rien d'un homme de lettres: sa théologie aussi bien que sa culture, a une sobriété comme ascétique, qui ne se retrouvera plus après lui ?.

Athanase a relativement peu écrit; de sa correspondance, il reste quelques pièces admirables. Avant tout, a ,

" 1. PG, t. XVIII, p. 548. Prrra, Analecta sacra,t. IV, p.430. — ACL,

2, PG, t. XXV-XXVII (reproduit l'édition des Mauristes [Dom Lorix et MonrrAuCon], Paris 1698, avec les suppléments de GiusriNIANt et de Mar). — CroisEr, t. V, p. 917. Loos, art. « Athan. » de RES.

l'encyclique dans laquelle Athanase dénonce les violences qui ont accompagné l’intrusion de l’évêque arien, Grégoire de Cappadoce, à Alexandrie (341). Une lettre au moine Drakontios, qui refusait d'accepter l'épiscopat (354 ou 355). Une lettre encyclique aux évêques . d'Égypte et de Libye, pour protester contre l'intrusion de l’évêque arien Georges de Cappadoce à Alexandrie (356). Une lettre dont la suscription mentionne qu’elle est écrite par quatre-vingt-dix évêques d'Égypte et de Libye et adressée aux évêques d'Afrique, Epistula ad Afros, pour les encourager à défendre la foi de Nicée (369*). Le « Tome aux A ntochidne », lettre synodale au nom des évêques d'Italie, d'Arabie, d Égypte, de Libye,

réunis à Alexandrie en 362. L'épitre sur l'orthodoxie catholique à l’empereur Jovien (363). De moindres lettres, à Lucifer de Cagliari (360*), à l'évêque Rufinien (362)°,

à Épictétos de Dole (371*), à Adelphios et au philosophe Maxime, aux prêtres Jean, Antiochos, Palladios (372*). — Il subsiste quelques fragments originaux des lettres festales, lesquelles durent être réunies selon l’ordre chronologique en un recueil : on a ainsi des fragments des lettres 22, 24, 27-29, 39, 40, 42-45 : le fragment conservé de la 39° (a. 367) est un important catalogue des livres canoniques. En 1847, Cureton a retrouvé dans un ms. du VIIT siècle (Add. 14569) une version syriaque de quinze lettres festales correspondant aux années 329-348, et en tête de cette moitié de recueil une table analytique de tout le recueil, soit des lettres correspondant aux années 329-373, avec pour chaque année l'indication de la date de Pâques, des consuls, du préfet d'Egypte, et la mention des événements principaux de la vie d'Athanase!.

1. W. CurETON, The festal letters of A. (Tondres 1848). Mar en a fait

Les écrits d'Athanase sont surtout des opuscules de circonstance, controverse ou apologie. — L?47010y1aix0c xuta Ageuurwy date de 350* : Athanase y réfute toutes les accusations personnelles dont les Ariens l'ont voulu charger à Tyr et à Sardique. — Le traité, que l’on intitule communément De decretis nicaenae synodi et qui en grec s'intitule : « Que le concile de Nicée, vu la malice des Eusébiens, a formulé comme il fallait et selon la piété ce qu’il a défini contre l’hérésie arienne », est la justification du consubstantiel contre le reproche de nouveauté et de n'être point scripturaire : il date de la période 350-3. — Au même temps appartient le traité intitulé communément De sentenäa Dionysü, et en grec « De Denys, l'évêque d’Alexandrie, que son sentiment était, autant que celui du concile de Nicée, contraire à l’hérésie arienne, et que les Ariens le calomnient qui le disent de leur avis ». — La Tlooc To Baoiksu Kwotüyruor dnohoyi est de 357. Athanase s’y défend contre les imputations des Ariens qui l’ont représenté comme un séditieux. — En 357 ou 358, il publie l’’Æxoioyia regi tic guys, pour se défendre contre les mêmes ennemis d’avoir fui Alexandrie devant les violences du dux Syrianos. — En 358, l'opuscule que, faute du titre authentique, on appelle Historia Arianorum ad monachos, et qui est incomplet des premiers chapitres, le

récit commençant ex abrupto à l’année 335. — La courte épître à Sérapion, récit de la mort d'Arius, est une sorte d’épilogue à l’opuscule précédent. — En

359, Athanase écrit, sous forme de lettre, le livre que nous intitulons De synodis et dont le titre est « Des

une version latine que reproduit PG, t. XX VI, p. 1351. Sur les fragments coptes des lettres festales récemment retrouvés, Theolog. Literaturz. t. XXIV (1899), p. 663 et Byzant. Zeitschrift, t. VIII (1899), p. 698.

274 LITTÉRATURE GRECQUE. ‘ synodes qui se sont tenus à Rimini d'Italie et à Séleusie d'Isaurie » : il y fait le procès des deux synodes où les intrigues ariennes ont cru triompher décidément Plus considérable est le Kara ”Aoarcwoy en quatre livres (Adyo) : il date du troisième exil d’Athanase (356- . 361) selon Montfaucon, de 338-339 plutôt selon Loofs : c’est sur la divinité du Fils l'œuvre didactique maîtresse d’Athanase. L'hypothèse de Dräseke, qui les: retire à Athanase pour les attribuer au « philosophe » Maxime, n'est pas justifiée; mais l'authenticité du quatrième livre est abandonnée (Hoss, Stülcken). — Les quatre lettres à Sérapion, qui datent de 356-361, complètent l'exposition par une défense de la divinité de l'Esprit. En titre à la première : « Contre ceux qui blasphèment et disent que l'Esprit saint est un être créé ». — Les deux traités intitulés respectivement A07yos neo Ts évurownmosws Toù Àdyov, et Kara EAmrwy À07os, constituent une apologie du christianisme selon la méthode traditionnelle, critique de l'hellénisme, preuve de l’incarnation : c'est une apologie sobre et vigoureuse que Jérôme désigne sous le titre de « Adversum gentes duo libri ». Elle ne peut appartenir qu'à la jeunesse d'Athanase (ca. 318*). L’authenticité, combattue par certains (Dräseke, Schultze), est aujourd’hui hors de conteste (Loofs, Hoss, Stülcken). — On a sous le nom d’Athanase une Exdeoi miorews et un Ileoè niorews 10yoç 6 usibwr, étroitement apparenté à l’’Exdsoi, dont l'authenticité, incontestée jusqu'ici, est au contraire à abandonner (Hoss) : ce seraient deux compositions postérieures à 400, antérieures à 431, antiochiennes. Deux livres contre Apollinaire, sous le titre de Ilepù cugxwoswc #ara "Anoluvagiov, ne sont sûrement pas d’Athanase et doivent avoir été composés vers 375 (Dräseke, Hoss,

Stülcken). Autant doit-on dire du traité leo) rc évOdgxov Emipareius xui «ur Agaw dy (Loofs, Hoss), et de la ‘Egumveia sig To oéu6oov. Le Liber de Trinitate et Spiritu sancto, que l'on a seulement en latin est douteux (Loofs, Stülcken); il reste à étudier. Nous ne parlerons pas des pièces exégétiques attribuées à Athanase, qui, à l'exception de l’opuscule sur le texte € Omnia mihi tradita sunt a Patre meo » (Mt. xr, 27), et peut-être de l’homélie « De passione et cruce Domini », ne présentent point de garantie !.

Euthalios a donné son nom au sectionnement qui partage en chapitres et en stiques dans le plus grand nombre des manuscrits grecs les épîtres paulines, les actes et les épîtres catholiques, avec, en tête de chaque épître, son sommaire. On a longtemps hésité sur l'identité de cet Euthalios : il est aujourd'hui acquis qu'Euthalios est postérieur à Eusèbe, mais que son travail, antérieur à la fin du IV® siècle, est contemporain d'Athanase, lequel est présenté dans le prologue

des Actes comme ayant fait entreprendre à Euthalios son travail. Euthalios aurait été d’abord diacre d'Alexandrie, plus tard évèque de Sulké (ÆSovixnc). C'est à ce titre qu'il qualifie Athanase de &delgpe *AOuvaore HOOOLAËOTUTE ?.

4. A. STUELCKEN, Athanasiana (Leipzig 1899). K. Hoss, Siudien über das Schriftum und die Theologie des Athanasius (Freiburg 1899). Sur les écrits exégétiques faussement attribués à Athanase (Epistula ad Marcellinum, Exposilio in psalmos, Synopsis scripturae), voyez notre art. « Athanase » du Dictionnaire de la Bible. Zaux, Geschichte, t. I, p. 302. — J’Interpretatio in psalmos mise par Antonelli (4746) sous le nom d’A., est en réalité d’Hésychios de Jérusalem. — Sur les homélies attribuées à A., TILLEMONT, t. VIII, p. 729 et 731 et P. BamrFor, « Sermons de Nestorius », Revue biblique, t. IX (1900), p. 329. Theolog. Literaturz. t. XXIII (1898), p. 676. Byzant. Zeitschrift, t. VIII (1899), p. 224. Sur le Synodikon d’A., voyez plus haut, p. 226.

2, J. À. RomINsON, Euthaliana (Cambridge 1895).

Il n'est pas probable que Sérapion (Zaguxiwr), mort. évêque de Thmuis en Égypte peu avant 360, ait été préposé à l'école catéchétique d'Alexandrie, comme le donnerait à croire Philippe de Side. Jérôme (Ver. int. 99), qui vante l'élégance de son esprit et l'affection que lui avait vouée saint Antoine, connaît de Sérapion un traité Adversus Manichaeum, un autre De psalmorum titulis, et enfin un recueil de lettres. Nous avons le traité (ou partie du traité) contre les Manichéens, en grec. Ce traité a circulé sous le nom d’Athanase au témoignage de Facundus {xr, 2). Le De psalmorum titulis n'existe plus. Maï a retrouvé deux lettres de Sérapion : l'une à un évèque du nom d'Eudoxios, inconnu; l’autre aux moines d'Alexandrie, éloge de la vie monastique, d'une rhétorique médiocre. M. Wobbermin a retrouvé une troisième lettre dont le destinataire n’est pas nommé, Lleoù nutoûc 40 . viov, démonstration de la génération éternelle du Fils : l'attribution à Sérapion est plausible !.

Didyme (Ædvuos) comme Sérapion est du groupe des amis d'Athanase : il mourut à plus de 80 ans dans le dernier decennium du IV* siècle. Tout aveugle qu'it . füt, "préposé à l’école catéchétique d'Alexandrie, où sa renommée attire Rufin et Jérôme, encyclopédiste à qui rhétorique, dialectique, géométrie, musique, astronomie, dogme, exégèse sont autant de spécialités, il passe pour Te prodibé de l'Église. Jérôme (Voir. inl. 109) connaît de lui des commentaires : Zn psalmos omnes, In euangelium Matthaeiï et loannis, In Isaiam

1. PG, t. XL, p. 899. Siézungsberichte, 1894, p. 479, mémoire de BRINK- Mann sur le traité Adv. Manichaeum. Une Vita Macarii, en copte et en syriaque, se donne comme l’œuvre de Sérapion, mais n’est sûrement pas de lui. Dom BurLer, The lausiac History, p. 220. G. Worper- ‘ MIN, Alichrist. liturg. Siücke.… nebst einem dogm. Brief des B. Serapion v. Thimuis (Leipzig 1899).

(dix-huit tomes), Zn Osee [trois livres composés à la demande de Jérôme), 7n Zachariam (cinq livres), /n Job... Tout cela est perdu. Cassiodore possédait en grec et fit publier en latin par son ami Épiphane le Scolastique un commentaire des épitres catholiques, qui nous est parvenu dans la traduction assez libre d'Epiphane, /n epistulas canonicas enarratio, et dont on a quelques passages grecs tirés des chaînes. On a des scolies grecques sur saint Jean, sur 77 Cor, sur la Genèse, l'Exode, et les Rois, sur les Proverbes et sur les Psaumes, dont on ne tient pas l'authenticité pour certaine, encore que l’auteur soit alexandrin et allégorisant. — Jérôme cite un De spiritu sancto (un livre) : le texte grec nous manque, mais nous avons la version latine qu'en a donnée Jérôme, peu après 387 : c'est l'écrit le plus démonstratif et le plus méthodique de tous ceux que les anciens ont composés pour prouver la divinité du Saint-Esprit, selon Du Pin. Jérôme parle d'un De dogmatibus, et d’un traité en deux livres Contra Arianos. On croit avoir retrouvé ce dernier dans les livres IV-V (apocryphes) de l’’4varçgsntixoc de saint Basile (Funk, Krüger). Le De dogmatibus est sans doute le même travail que Didyme, dans son livre sur le Saint-Esprit (5 et 32), intitule : « Sectarum volumen » et « Dogmatum volumen ». Jérôme (Contra Rufin. xxx, 28) parle d’un « livre » dédié par Didyme à Rufin sur les âmes des enfants qui meurent en naissant. — Nous avons en grec un assez pauvre morceau Kurë Monyaiwv. Plus intéressant est le Ilspè Toiados (en ‘trois livres), tout mal conservé qu'il est : il a dû être composé après l’avènement de Théodose et réfute l’arianisme. Mais nous attacherions plus de prix à l'ouvrage perdu que

Jérôme qualifie de « in Lleoi doyoyr libros breves com-

mentarioli », apologie de la doctrine d’Origène, qui

permettrait de voir en Didyme dans ses idées théo-

logiques comme dans sa méthode exégétique, le très

orthodoxe disciple d'Origène !.

Pierre, qui succéda à saint Athanase sur le siège

d'Alexandrie (373-380), et dont les cinq premières an-

nées d’épiscopat furent désolées par les violences des Ariens, a raconté l'intrusion scandaleuse de l’arien Lucius à Alexandrie, et les horreurs qui l’accompagnèrent, dans une épitre qui rappelle l’éloquence de saint Athanase. Cette belle lettre est connue par les

extraits étendus qu'en donne Théodoret (A. ÆE. 11,

Hegémonios est, d'après Héraklianos cité par Photius (cod. 85), l’auteur des Acta disputationis Archelat episcopi Mesopotamiae et Manetis haeresiarchae. Le texte original de ces Acta, dont on a quelques fragments, était grec plus vraisemblablement que syriaque, et la rédaction a pu en être faite dans la première moitié du IV* siècle. Nous avons les Acta en une version latine ancienne. La dispute de l’évèque et de l’hérésiarque est une fiction littéraire adoptée par l’auteur pour réfuter le manichéisme ; mais les sources manichéennes auxquelles il a puisé font de son œuvre une précieuse mine d'informations ?.

Eustathios, évêque d'Antioche au moment du concile de Nicée et resté fidèle au consubstantialisme, est déposé par le parti eusébien en 330* et meurt exilé en 337*. D’aucuns le font mourir en 360. Sozo-

4. PG,t. XXXIX, p. 270. — DRAESEKE a proposé d'attribuer à Didyme les deux livres du pseudo-Athanase De incarnatione contra Apollinarium (PG, t. XXVI, p. 1093), conjecture sans preuve suffisante. Patristische Untersuchungen (Leipzig 1883), p.169. KRUEGER, art. « Didymvs » de RE 3.

2, PG,t. X, p. 1429 (texte de ZAcAGNI, Rome 1698).

mène (11, 19), qui a connu des 16yo de lui, estime son

beau langage à tournure archaïque et son bon sens: Euloge (Photius, cod. 225) mentionne un Kurt ?Agaaywy en six livres, cité aussi par Facundus {xr, 1). Jérôme (Vér. énl. 85) connaît de lui des « infinitae epistulae », dont aucune ne nous est parvenue. On a un fragment d'un traité De anima mentionné par saint Jérôme; quelques autres fragments de douteux aloi. Saint Jérôme signale un écrit De engastrimutho adversus Origenem. Nous avons ce dernier en grec, précédé de l’homélie d’Origène sur l'évocation de Samuel par la sorcière d'Endor. Eustathios y cherche une pia media entre le littéralisme strict et le pur allégorisme : c’est au demeurant une vigoureuse critique de la méthode d’exégèse alexandrine. On a d'Eustathios quelques fragments exégétiques sur les Proverbes, sur les Psaumes. Mais le commentaire sur l'Hexameron est tenu pour pseudépigraphe ; de même une harangue à Constantin *.

Ephrem d’Antioche (VI siècle), cité par Photius (cod. 229), mentionne un Cyriaque (Kvuguaxoç), évèque de Paphos, qui aurait assisté au concile de Nicée, et qui serait auteur d'un Ileoi évarOownoews et d’un discours Eic ro Osopana. Ce Cyriaque est le même que le Cyrille évêque de Paphos dont le nom figure dans les souscriptions de Nicée. Mais Cyrille-Cyriaque n’a . vraisemblablement rien écrit. Attesté seulement au VIS siècle, par Éphrem et par Léonce de B., ses écrits peuvent être des fictions forgées pour le besoin des controverses du V® siècle. '

Marcel (Mügxeloc), évèque d'Ancyre en Galatie, a

1. PG, t. XVIIT, p. 614. — A. JAuN, Des h. Eustathios Beurtheilung des Origenes (Leipzig 1886). Bull. crit.t. VIII (1887), p. 5. Loors, art. « Eustathius » de RE 3.

280 e LITTÉRATURE GRECQUE. :

assisté au concile de Nicée et n’a cessé d’être un nicéen : le concile de Sardique (4. 343) le déclare indemne du reproche de sabellianisme que lui font les Ariens : les Nicéens de la veille, comme Athanase,. lui sont indulgents, mais ni les Cappadociens, ni les Apollinaristes ne lui épargneront l’anathème. Photin (Dora»oç), évèque de Sirmium en Ilyricum (+ 376*), Galate d'origine, a été diacre et disciple de Marcel : il va sans doute jusqu'au bout de la pensée de Marcel, tombe dans l’adoptianisme et est condamné aussi bien par les Occidentaux que par les Orientaux. Marcel était auteur d’un Lleoi Tyç Toù vioù vaoruyñs [De subiectione Domini Christil], traité de polémique contre l’arien Astérios publié vers 335. Ce traité est perdu : on a la réfutation qu’en a faite Eusèbe de Césarée dans le Contra Marcellum et le De theologia ecclestastica, et les passages nombreux qu'Eusèbe en a cités. Il a été réfuté de même par Astérios et par Acace. « À Sardique, Marcel dut en exhiber une édition fortement expurgée, car on conceyrait difficilement qu'il eüt été renvoyé indemne après lecture d’un texte semblable à celui dont Eusèbe nous. a conservé des fragments si peu orthodoxes » (Duchesne). Epiphane (Lxxn, 2-3) produit la letire et la profession de foi adressées par Marcel au pape Jules pour se justifier du soupçon de sabellianisme. Jérôme (Vir. inl. 86) a connu de Marcel un traité « Adversus Arianos », qui est sans doute le traité De subiectione contre Astérios, et en outre « multa diversarum hypotheseon volumina », dont il n'existe plus de trace !. Photin, assure Jérôme (Vér. inl. 107), avait écrit

1. PG, t. XVIII, p. 1299 (reproduit les Marcelliana de RETTBERG, Gôt-* tingen 179%). Zanx, Marcellus von Ancyra (Gotha 1867). Casparr, Quellen, LAIT, p.28,

« plura volumina », dont les plus importants étaient un traité Contra gentes etun autre ad Valentinianum. Socrates (11, 30) lui attribue un traité « contre toutes les hérésies », danslequel, ajoute-t-il malicieusement, Photin n'avait omis que la sienne propre. Socrates (Z. c.) témoigne que Photin, qui savait le latin (l’'Illyricum était un pays latin), publia ses écrits en latin en même temps qu'en grec. Rien n’en a été retrouvé.

Maxime « le Philosophe » est cet aventurier alexandrin qui, à Constantinople, surprit la bonne foi de saint Grégoire de Nazianze, prétendit au siège de Constantinople à la stupéfaction de toute l'Église, et fut chassé par leconcile de 381. Jérôme {Vér. int. 127) lui attribue un « insignem De fide adversus Arianos librum », qui ne s’est pas conservé.

$ 2. — La littérature arieñne.

En dehors de l'Égypte, la littérature grecque chrétienne de Constantin à Valens, c’est-à-dire jusqu’à l'entrée en scène des Cappadociens, est une littérature plus ou moins vouée à l’arianisme : cinquante années, et davantage, fertiles en exégètes, en dialecticiens, en controversistes, en orateurs, et dont (Eusèbe de Césarée mis à part) il n’est à peu près rien demeuré !. Arius 4980), un disciple de saint Lucien, est prètre d'Alexandrie. En 318, il entre en conflit avec son évêque Alexandre; en 321, il est déposé par le synode d'Alexandrie ; en 325, Nicée le éondamne. Les historiens anciens présentent Arius (+ 336) comme un dia-

1. Sur Parianisme , J.-H. NewmanN, The Arians of the fourth century (4° éd. Londres 1876). H.-M. GWATKIN, Studies of Arianism (Cambridge

4882). Loors, art. « Arianismus » de RES.

lecticien obstiné (Socr. 1,5; Sozom. 1, 15). I fait figure

de logicien et d'homme d'action plus que d'écrivain. Les Ariens avaient dressé un recueil de lettres d'Arius, dont il reste une lettre à Eusèbe de Nicomédie (conser-

de gd du arte diténds

vée par Théodoret, Æ. pe 4), une à Alexandre d’A- .

lexandrie (conservée par Athanase, De synod. 16, et par Épiphane, zxix, 7). Nous possédons un formulaire signé par lui et adressé à Constantin (Socr. r, 26 et Sozom. 11, 27). Il avait composé des sortes de cantiques populaires pour propager sa doctrine (Philostorg. 11, 2), et un livre intitulé Ocaiu dont faisaient

peut-être partie les cantiques ci-dessus, livre de prose.

mêlée de vers que saint Athanase (Orat. c. Arianos, 1, 4) lui reproche d’avoir imités du païen Sotades et de laisser chanter par ses partisans en guise de chansons à boire : il ne nous en reste que les citations qu'en fait Athanase !.

Eusèbe, évèque de Nicomédie (314*-338), puis de Constantinople (338-342*), est, comme Arius, un disciple de saint Lucien : il est le meilleur patron d’Arius, prend sa défense quand il est condamné à Alexandrie, le fait rappeler d’exil et lui gagne la faveur de

« Constantin (331): ilest le leader des « Collucianistes »

et de la réaction contre Nicée. Son action serait marquée surtout par sa correspondance. Il y a trace d’un recueil de lettres sur les affaires ariennes, lettres émanées peu avant Nicée d'Eusèbe et de ses amis : Eusèbe de Césarée, Athanase d'Anazarbe, Georges de Laodicée, Patrophile de Scythopolis, Maris de Chalcé- 4. ACL, t. I, p. 531. Loors (p. 43) restitue en vers sotadiques une ci-

lation faite par Athanase (0. c. 5) de la Thalia :

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doine, Paulin de Tyr, Théodote de Laodicée : recueil dont Athanase (De synod. 17) cite quelques passages, entre autres d’une lettre de notre Eusèbe à Arius. Théodoret (4. E. 1, 4) donne intégralement une lettre d'Eusèbe de N. à Paulin de Tyr, qui a dû faire partie du même recueil. Ce recueil est sans doute le même qui contenait les lettres d’Arius citées plus haut. Astérios, encore un disciple desaint Lucien, etque Jérôme (Vér. énl. 94) traite de « arianae philosophus factionis », vécut sous Constance et composa un COMmentaire sur l'épître aux Romains et les Évangiles, sur les Psaumes, « et multa alia quae a suae partis hominibus studiosissime leguntur ». Il écrivit aussi contre Marcel d'Ancyre {Vér. inl. 86). Astérios était de Cappadoce {Philostorg. 11, 15). Athanase (De synod. 18-20) a possédé un opuscule d'Astérios sur la divinité du Fils; les passages caractéristiques qu'il en cite, là et ailleurs (Orat. c. Arian.1, 32; x, 37; 111,2), et qu'il conviendrait d'éditer réunis, font penser que ce traité d’Astérios était un exposé méthodique de la doctrine subordinatienne, exposé peut-être antérieur à Nicée. C'est cet exposé que Marcel d’Ancyre réfutait *. Aétios a été médecin à Antioche avant d'y être fait diacre vers 350; c’est un aristotélicien, l’intime du césar Gallus, le maître d'Eunomios. Banni sous Constance, fait évêque sous Julien, il meurt à Constantinople vers ‘367, déposé mais puissant encore. Pour Aétios comme pour Arius, il semble que ses partisans aient fait un recueil de ses lettres, recueil que : saint Basile a connu (De Spiritu sancto, 4) et aussi Soérates (11, 35). Épiphane a inséré (Lxxvr, 11) un ouvrayudrioy d'Aétios, recueil de quarante-sept propositions portant en titre

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