‹ La littérature grecqueChapitre 47 sur 65 · LP · texte numérisé non relu

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grecs sur le reste du Pentateuque, et sur Josué, les Juges, Ruth, Samuel et les Rois. Ebedjesu parle d’un tome sur Samuel, et aussi d'un commentaire de Job dédié à saint Cyrille d'A. : curieux fragments en grec et en syriaque. D'un commentaire des psaumes on a. de nombreux extraits en grec, en latin et en syriaque : un abrégé latin du commentaire même vient d’être retrouvé dans un ms. de l’Ambrosienne par Mercati. Rien ne subsiste du commentaire sur l'Ecclésiaste signalé par Ebedjesu. Rien de sûr du commentaire du Cantique, qui, « s’il a existé, aura été supprimé sous l'influence de Théodoret » (Swete). Ebedjesu a connu un commentaire sur les grands prophètes, dont il ne subsiste rien. Mais le commentaire sur les petits prophètes s’est intégralement conservé en grec.

Ebedjesu parle de commentaires sur Mathieu, Luc et Jean. Le dernier existe encore en une version syriaque. On a quelques fragments sur Marc, qui supposent peut-être un commentaire complet sur le second évangile. Ebedjesu mentionne un commentaire sur toutes les épîtres paulines, y compris l’épître aux Hébreux : on en a des fragments nombreux en grec. Il subsiste, en une ancienne version latine (VIes.), un commentaire suivi sur les petites épîtres (Gal. Eph. Phil. Eph. Col. I et II Thess. [et IT Tim. Tit. Phile.).

Ebedjesu mentionne encore un écrit « sur le langage obscur », sans doute sur l'interprétation en général; un autre « sur le don de la loi »; un autre enfin, de titre plus caractéristique, « contre les allégoristes », sans doute le De allegoria et historia contra Origenem signalé par Facundus (nr, 6). Il n'en reste rien que le passage cité par Facundus. Aucun exégète ancien n’a traité la Bible, mais surtout l'Ancien Testament, avec un tel parti pris d'en chasser l’allégorisme mystique

que les Alexandrins prétendaient y reconnaître, et de # n'y voir que le réalisme de la lettre.

Des fragments subsistent en grec, en latin, en Sy. riaque, du grand traité en quinze livres TleQi tnc évur- Opwrrncews, que Théodore composa « adversum Apollinaristas et Anomoeos,.… libros XV... in quibus ratione purissima et testimoniis Scripturarum ostendit dominum Jesum sicut plenitudinem deitatis, ita plenitudinem humanitatis habuisse.… », dit Gennadius {Vir. ënl. 12), qui ne connaît ou ne veut connaître que cet ouvrage de Théodore. Facundus (x, 1) cite un fragment d’un De Apollinario et eius haeresi, où Théodore dit avoir écrit trente ans plus tôt sur l’incarnation : « De incarnatione domini codicem usque ad xv millia versuum pertingentem..., in quo Ariiet Eunomii.. necnon Apollinarii... vanam praesumptionem examinavimus ». Ebedjesu parle d’un livre « De assumente et assumpto », dont le titre à lui seul semble bien dirigé contre Apollinaire, et qui est probablement le Contra Apollinarem cité par Facundus {nr, 2). On a en grec et en latin nombre de fragments où, en effet, Théodore réfute Apollinaire. Photius {cod. 4 et 177) parle d’un long ouvrage (vingt-cinq ou vingt-huit livres), où Théodore défendait saint Basile mort contre la réplique d’Eunomios. Ebedjesu, de deux tomes sur le Saint-Esprit, sans doute un ouvrage contre Macédone. Nicéen convaincu, Théodore comme Apollinaire, cherche à résoudre la question christologique, l'union du logos personnel et de l'humanité de Jésus qu'il croit personnelle aussi, et il pense trouver la solution dans une. union morale : c'est proprement la solution nestorienne, avant Nestorius.

Photins (cod. 81) connaît un ITeoi rÿc uayixe, apologie du christianisme contre le zoroastrisme intolérant

des Perses. Elle était dédiée à un chorévêque arménien, Mastoubios, et comptait trois livres, le premier consacré à réfuter les fables dualistes des mages, les deux derniers à exposer la suite du christianisme depuis l’origine du monde, non sans y mêler, « au troisième livre surtout, l'erreur nestorienne », assure Photius (4. c.). Il n’en reste que la brève analyse donnée par Photius. — D'un livre Eig ro Oaÿuara ou « des miracles », on a un fragment en grec et en latin.

Photius encore (cod. 177) connaît un traité Ilooc roùc Léyovruc quoer ai où yruy nTraiav Toùc dvOQurouc, signalé par Ebedjesu comme « deux tomes contre ceux qui disent que le péché est inhérent à la nature humaine » : cinq livres dont Photius donne une analyse détaillée. Marius Mercator en a traduit un extrait en latin, précédé de la note : « Cuius autem perfidiae sit Theodorus, ex scriptis eius quae de graecis transtulimus approbemus! » L'ouvrage était dirigé contre saint Jérôme et la théologie du péché originel : Théodore y était fermement pélagien.

On connaît de titre quelques autres ouvrages : un « Codex mysticus » dont Facundus (nr, 2) cite le treizième livre, ou « Livre des mystères » comme l'appelle Ebedjesu : étaient-ce des catéchèses mystagogiques ? Facundus (1x, 3) parle d'un « Liber ad baptizatos », Ebedjesu d’un ouvrage « Sur la foi ». On a des fragments appartenant au huitième livre. Il y faut joindre sans doute l‘Egumnvela sig T0 èv Nixuia oùu6odov, dont on a un fragment dans les actes du Ve concile. Marius Mercator a édité en latin en l'abrégeant et en le réfutant un Symbolum Theodori Mopsuesteni, dont on a le texte grec, mais sans nom d'auteur, dans les actes du concile d'Éphèse (Maxsr, t. 1v, p. 1348) : authentique formule de la christologie particulière à Théodore.

Ebedjesu signale un livre « Sur le sacerdoce »; un : autre « Aux moines »; un autre « De la règle de la vie ».. Il a existé un recueil de lettres de Théodore : on en trouve trace chez Photius (cod. 177) : Ebedjesu l'aurait vu circuler avec le titre de « Livre des, perles SU Polythronios, frère de Théodore de Mopsueste, a dû être évêque d'Apamée sur l'Oronte, en Syrie : plus jeune que lui, illui aura survécu de peu, car au concile d'Éphèse un autre que Polychronios est évêque d’A- pamée. Le personnage de Polychronios ne nous est connu que par un mot de Théodoret (7. E. v, 40). Mais. on l’identifie avec l’auteur de fragments exégétiques que les chaînes mettent sous le nom de Polychronios : scolies sur le Pentateuque; prologue et fragments de commentaire sur Job:commentaire sur Ézéchiel et sur Daniel!. A ces fragments on peut reconnaître un théologien dont la christologie semble concorder bien avec celle de Théodore, et un exégète du même littéralisme ?.

4. PG, t. LXVI (bonne collection des restes de Théodore, mais à com pléter). Pour le Comm. sur les psaumes, Zeitschrift f. d. alttestam. Wissenschaft, t. V (1885), t. VI (1886), t. VII (1887), arlicles de Fr. BAETHGEN. Sur le comm. des psaumes, Mgrcart, Alcune note di lett. patrist. (Milan 1898). Pour le comm. sur Jean, J.-B. CnaBor, Commentarius Theod. M. in evangelium D. Johannis in lib. VII partitus, versio syriaca, t. I (Paris 4897), donne le texle syriaque seul. Pour le comm. sur Paul, H.-B. SweTe, Theodori ep. M. in epp. b. Pauli comm. the latin version and greek fragments (Cambridge 1880-2). Sur un prologue aux Actes, American journal of Theol., t. II (1898), p. 353. — Voyez H. Ktnx, Theodor von M. und Junilius (Freiburg 1886), et Swere, art. « Theodorus M. » dans le DCB. R. Duvaz, Liti. syr. p. 316.

2. On a aussi des scolies sur les Proverbes, sur le Cantique et sur Jérémie, mais elles sont trop allégorisantes pour pouvoir appartenir à Polychronios d’Apamée (Swete). Il existe un comm. sur l'Ecclésiaste, inédit, attribué à Polychronios. O. BARDENNEWER, Polychronius von Apamea, (Freiburg 1879). SWETE, art. « Polychronius » du DCB.

On ne sait au juste à à quelle date mettre l'Eicaywyn sis

. tas Oeiac yoapas, qui porte le nom d’un Adrien i inconnu,

mais sûrement antiochien de principes et d’ Gares

Cassiodore le range au nombre des « introductores

Scripturae divinae » (De institut. 70). Peut-être a-t-il

servi à Théodoret. Il serait à ce compte un grammairien exégète du cercle de Théodore de Mopsueste !.

$ 5. — Épiphane et Théophile.

Les Cappadociens et les Antiochiens font penser aux théologiens et aux exégètes du commencement du XVI: siècle; leur temps, à une sorte de halte confiante où l’exégèse se reforme, où la dogmatique semble complète. Mais les questions se renouvellent : des luttes vont éclater plus violentes dans un champ plus clos. L'esprit spéculatif cher aux Cappadociens, l’esprit positif propre aux Antiochiens, vont susciter des troubles profonds, provoquer des anathématismes rigoureux, et des schismes qui durent encore.

Épiphane (Eripéros) est le boutefeu. Épiphane est un palestinien, des environs d’ Éleuthéropolis “led tout jeune été formé au milieu des moines égyptiens, et tout jeune encore il a fondé un monastère dans son village natal de Besanduke. Il y réside jusqu’en 367 où il est fait évêque de Salamis en Chypre. Il occupera ce siège jusqu’à sa mort (&. 403). Son monachisme l’a fait nicéen. Son orthodoxie le fait l’oracle de tout le parti monacal en Chypre, en Palestiné, et du clergé le plus militant. Son zèle le fait intervenir à Antioche et à Rome pour la fin du schisme antiochien, pour la con-

4. PG, t. XCVIII, p. 1273. F. Gorssuinc, Adrians Etoaywyy (Berlin 4888). Bull. crit. t. X (1888), p. 1.

damnation de l'apollinarisme (376, 382); à Jérusalem pour la condamnation de l’origénisme (394). Il a associé Jérôme à sa campagne contre Jean, évèque de Jérusalem: bientôt il s'associe à Théophile d'Alexandrie, dans sa campagne d’abord contre les moines origénistes d'Égypte (398), ensuite contre Jean Chrysostome, en qui ils voient un défenseur des moines qu’ils poursuivent. Épiphane vient à Constantinople (402) ; il fait cause commune avec les pires ennemis de Jean Chrysostome; et il meurt, avant la déposition de Jean Chrysostome, au moment où il retourne en Chypre (printemps 403), et sans qu'on soit sûr qu'il ait compris sa faute. Ce saint homme, fougueux de tempérament et borné d'esprit jusqu'à voir dans Origène l'arsenal de toutes les hérésies, est fort érudit; il sait hébreu, le syriaque, le copte, le grec et même le latin; il a amassé, dans ses voyages et dans ses lectures, une somme peu ordinaire de connaissances; et toute cette érudition tumultuaire est employée par son zèle à la défense de l’orthodoxie la plus littérale.

Son œuvre est avant tout d'un polémiste. — En 374, à la demande d’un prêtre pamphylien, il écrit une exposition de la doctrine catholique, pour réfuter les erreurs du temps, arianisme, macédonianisme, apollinarisme, et dans toutes ces erreurs Origène. Le livre est intitulé « Le bien ancré », "Æyxvowroc, que l'on traduit Ancoratus. À la fin, il reproduit le symbole de Nicée sous deux formes plus développées, dont la seconde, rédigée, croit-on, par Épiphane lui-même, sera adoptée, à quelques modifications près, par le concile de Constantinople de 381. — En 375-377, à la demande de moines que l’Ancoratus a consolés, Epiphane compose « La boîte aux drogues », Ilav“gLoy, que nous appelons Contra haereses. Il ÿ a eu vingt hérésies

avant le Christ, religions païennes, écoles philosophiques grecques, partis juifs; il y en a eu soixante depuis le Christ; quatre-vingt en tout, autant que de concubines chez l'Époux du Cantique des Cantiques. Pour les plus récentes, d’Arius à Apollinaire, Épiphane est bien documenté et personnellement informé. Pour les anciennes, il puise chez Irénée et chez Hippolyte; mais il a aussi des sources distinctes, le ITsoù évactécews de Méthodios, l'Anonyme antimontaniste d'Eusèbe, Porphyre, des pièces de Ptolémæos, de Marcion, de Valentin, des apocryphes en circulation encore dans les milieux hérétiques du IVe siècle. Ce pêle-mêle est une mine fort riche, à condition d’être traitée avec la critique qui manque à l’auteur. On négligera les réfutations dont Epiphane accompagne l'exposé de chaque hérésie. À la fin, il expose en un discours « bref et vrai » la foi et les pratiques de « l'Église catholique et apostolique ».

On a en grec et en syriaque une *4vaxepulalwois où résumé de tout le Ilaydouoy, mais ce résumé peut être postérieur à Épiphane.

Le Ilsoi Létowy rai oTuOuwy, composé par Épiphane en 392, est sous ce titre bizarre [De mensuris et ponderibus] une façon d'introduction à l'A. T. grec, où il est question du canon, des traductions, des poids et mesures, de la géographie palestinienne. On en a seulement les vingt-quatre premiers chapitres en grec, les autres se sont conservés en syriaque. — Le Jleoi rûv 16! Môwy traite des douze pierres précieuses qui ornent le rational du grand prêtre juif (£xod. xxvi, 17) : il est dédié à Diodore de Tyr; on l’a en grec et en latin. À

De la correspondance d’Épiphane, il reste deux lettres, l'une à Jean de Jérusalem, l’autre à Jérôme;

on les a seulement en latin, plus un fragment grec d’une troisième #.

On a de Théophile d'Alexandrie (385-417) des fragments épistolaires, notamment de lettres pascales, et quelques rescrits de droit canonique ?.

Un commentaire du Cantique des Cantiques, que: Cassiodore (De institut. 5) attribuait à Épiphane et fit traduire en latin, porte en grec le nom d’un Philon, évêque de Carpasia en Chypre. Ce Philon est mentionné dans la Vita Epiphanit (49) de l'hagiographe Polybios, comme un rhéteur fait évêque de Carpasia par Épiphane, qui l’estimait pour sa sainteté, et qui, partant pour Rome en 382, lui confia l’administration de Constantia. Suidas {s. p.) le mentionne aussi. En 394, il était mort, à en juger par la lettre de saint Épiphane à Jean de Jérusalem où il est nommé « beatae memoriae Philonem episcopum » $.

4. PG,t. XLI-XLIIT (reproduit PErAU, Paris 1622). W. DINDORF, Epighanii episc. Constantiae opera (Leipzig 1859-62). Le Panarion dans OEurer, Corpus haeresiologicum, t. II-III (Berlin 1859-61). PITRA, An@lecta sacra et classica, t. 1, p. 73. P. de LAGARDE, Epiphaniana (Goëttingen 1877). — Les homélies grecques, mises sous le nom de saint Épiphane, sont supposées et de basse époque. — R. A. Lrpsius, Zur Quellenkritik des Epiphanios (Vienne 1865). Lrpsius, art. « Epiphanius of S. » du DCB. Bonwerscu, art. « Epiphanius v. Const. » de RES. R. Duvar, Lilt. syriaque, p. 316.

2. PG, t. LXV, p. 33. BuDGE signale une homélie de Théophile sur la pénitence, dans un papyrus copte (VILI°s.), Theolog. Literaturz.t. XXIIT (1898), p. 676.

3. PG, t. XI, (GracomeLzr, Rome 4772). TILLEMONT, t. X, p. 520. — L’ha- -Siographe Polybios se donne pour auteur d’une vie de saint Épiphane (PG, t. XLI, p. 23), toute pleine d’énormités mêlées à quelques bons traits. Elle est antérieure au X° siècle, peut-être au VII*, sans que son origine vraie ait encore été tirée au clair. TILLEMONT, t. X \, p. 802.

$ 6. — Théodoret.

Théodoret (@soddentos) est un antiochien de naissance (ca. 393) : il a reçu là toute la culture hellénique ; là il a étudié l'Ecriture sous Théodore de Mopsueste. Il sait le grec, le syriaque, l’hébreu, le latin même. Vers sa vingt-troisième année, il se retire dans un monastère voisin d'Apamée : sept ans plus tard (423), il y est pris pour être élevé au siège de Cyr, dans la Syrie Euphratésienne. Il mourra là même {ca. 458) après un épiscopat de trente-cinq années environ, consacrées à l'administration la plus zélée et la plus éclairée des huit cents villages de ce très pauvre diocèse, en même temps qu'à la composition de ses livres : belle vie d'évêque missionnaire et écrivain, à qui l’on voudrait que la Providence eùt épargné les épreuves de polémiques trop violentes pour sa charité! Mais, en 430, il est engagé par l'évêque Jean d'Antioche dans la lutte contre Cyrille d'Alexandrie sur la question nestorienne, lutte passionnée où Théodoret, fidèle à la christologie de Théodore de Mopsueste et de la « nouvelle école » antiochienne, croit combattre l’apollinarisme en combattant l'union hypostatique des Alexandrins : il ne pose les armes qu'en 435, malgré lui. Dès 438, il les reprend lorsque Cyrille ouvre la campagne contre la théologie de Diodore de Tarse et de Théodore de Mopsueste, nouvelle et violente polémique à laquelle la mort de Cyrille met seule un terme (444). À son tour, le successeur de Cyrille, Dioscore, la rouvre : Théodoret est condamné conjointement avec Nestorius par le Brigandage d'Éphèse (449); le concile de Chalcédoine

l’oblige à anathématiser Nestorius et ne le réhabilite

qu'à cette condition (451). Le concile de Constantinople de 553 lui sera plus sévère.

« Je gémis sur le malheur de l Église, et je ne veux plus que le silence, écrivait-il en 419 au pape saint Léon. Vingt-six ans j'ai gouverné l’église qui m'était confiée sans encourir un reproche des évêques d'Antioche; j'ai ramené plus de mille âmes des erreurs du marcionisme ou de l’arianisme; j'ai purgé mon diocèse de tout vestige d’hérésies. Dieu sait ce que j'ai reçu de pierres des mains des hérétiques et ce que j'ai combattu de combats contre eux, contre les païens et contre les juifs. Et après tant de sueurs et de peines, on me condamne sans m’entendre. »

Son œuvre d'écrivain a trait premièrement à l'exé-

gèse. Des commentaires d’abord : sur le Cantique des Cantiques, le premier en date de ses commentaires (a. 425), puis sur les Psaumes (a. 433-445), sur les grands et les petits Prophètes (Daniel est de 426), sur les épîtres paulines (431-4). Puis des traités didactiques par questions et réponses (Eiç rà änooa Ts Osilag youpns rar éxhoyyr) sur l'Octateuque, sur les quatre livres des Rois et sur les Paralipomènes : 1ls datent des dernières années de l’auteur (453-7). L’exégèse de Théodoret vaut par ses qualités d'exposition et par son littéralisme modéré, mais l'originalité en est nulle, et Théodoret n'est qu'un compilateur. Lightfoot a pu écrire de son commentaire sur saint Paul : « Qui a lu Chrysostome et Théodore de Mopsueste trouvera difficilement chez Théoderet quelque chose qu'il n’ait pas lu déjà. »

Nous avons dû porter un jugement pareil sur son Histoire ecclésiastique, composée en 450. En 444, il publie, sous le titre de D:6060c iorogian doxnrixn moli- Telæ, une histoire des moines, recueil de rirabilia

d’un caractère très populaire. L'opuscule Iso Th Osiag rai dyiag &yarns, ou de la charité, est une composition qui peut dater de 449. Postérieurement au concile de Chalcédoine, il donne un Æipstixnc xaxouvbiac mroury, précis en quatre livres de l’histoire des hérésies de Simon le Magicien à Nestorius : il est vrai que la notice de Nestorius est tenue pour inauthentique. Un cinquième livre donne l’exposé de la foi catholique. L'ouvrage doit dater de 453.

Théodoret est l’auteur d'une apologie du christianisme intitulée “Elimnxov Oesganevrixn naûayr, « De la guérison des maladies des païens ou connaissance de la vérité évangélique par la philosophie des Grecs ». Elle doit dater de 437* (Tillemont) ou de 427* (Garnier). C’est pour une large part une compilation de Clément d'A. et d'Eusèbe.

Les dix discours sur la Providence, Ileoù roovoiu, paraissent être des sermons prêchés par Théodoret à Antioche, en 430. Ils sont très admirés. On n’a pas d’autre spécimen authentique de l’éloquence de Théodoret. Mais on a des lettres de lui, cent quatre-vingtcinq, auxquelles s’en sont ajoutées récemment quarante-huit autres : l’histoire des institutions et des controverses du temps a beaucoup à y prendre, et le caractère de Théodoret s'y révèle au mieux.

Venons enfin à ses écrits de controverse. Au début de 431, il publie son ?4varçomr, réfutation des douze fameux anathématismes de Cyrille; il la publie à la requête de Jean d’Antioche; le nom de Cyrille n'est pas prononcé. L'ouvrage s’est conservé conjointement avec la réfutation dont l’a accompagné saint Cyrille (PG, t. Lxxvi, p. 392). — L’Epanornc, « le mendiant ou le versatile », est une série de trois dialogues entre un orthodoxe et un eutychien, et présente la réfutation

du monophysisme qui va animer contre l’auteur la passion de Dioscore et des Alexandrins : il date de 447: Théodoret y établit que la nature divine est immuable, secondement unie à l’humaine sans mélange en Jésus-Christ, troisièmement impassible : il récapitule en forme toute la discussion en un quatrième. livre. — Il faut attribuer à Théodoret le [leg Tÿc Toù xvoiov évar0ownyoewcs, où de l'incarnation, et le Teoi Ts dyiag x Ewomoiov Touidoc, où de la Trinité, deux écrits qui figurent au nombre de ceux de Cyrille d’'Alexandrie : ils datent de 431-435.

Il s'en faut que nous ayons là toute l’œuvre de Théodoret. Théodoret lui-même signale : une Bi6Loç mvotuwry (Epist. zxxxn) en douze livres (Haer. fab. v, 18), à rapprocher du Codex mysticus de Théodore de M.; un Llsoi Osokoyiag ai T9 Oeius évar0owrroewçs (Epist. cxin); « plus de trente livres contre Arius et Eunomios, contre Marcion, contre Macédone, contre les Gentils, contre les Juifs » (Epist. cxvi), et contre les Mages de Perse (Æpist. ext). Garnier a voulu identifier les écrits contre Arius, Eunomios et Marcion avec les cinq dialogues Sur la Trinité qui sont parmi les pseudépigraphes de saint Athanase (PG, &. rxxvur, p. 1115). Marius Mercator a conservé en latin des fragments d'un Pentalogus, ou de l’incarnation contre saint Cyrille, et l’on en a des fragments étendus en grec. Photius (cod. 273) parle de cinq discours sur saint Jean Chrysostome; les actes du V® concile, de discours prononcés contre Cyrille 1.

4.PG,t.LXXX-LXXXIV (reproduit l'édition de Scnuzze, Halle 1769-1774). — Les dissertations du P. Garnier, dans son Auctarium Theodoreti, Paris 1684 (PG, t LXXXIV), sont toujours à consulter. C. Roos, De Theodoreto Cleinentis et Eusebii compilatore (Halle 1883). À. EHRHARD,

Die Cyrill von A. zugeschriebene Schrift ITeot +. +. K. érær0e. ein

$ 7. — Saint Cyrille d'Alexandrie.

Cyrille (Kégutoç) est neveu de Théophile et son successeur sur le siège d'Alexandrie {18 oct. 412). En 403, il a assisté, aux côtés de son oncle, au concile Ad quercum qui a déposé saint Jean Chrysostome. Les débuts deson épiscopatsont marqués par des émeutes sanglantes à Alexandrie, violences dont on lui fait porter pourunepart laresponsabilité. Longtemps (417) il s'oppose à la réhabilitation de Jean Chrysostome dans les diptyques. À peine Nestorius porte-t-il à Constantinople la christologie antiochienne (429), Cyrille le dénonce, à la cour, à toute l'Église. On en appelle (430) au pape tn, « Cyrille, chargé d'exécuter la sentence du pape, l’aggrave; ses formules {les douze anathématismes) trop peu calculées épouvantent les Orientaux. Jean d’Antioche et Théodoret, qui soutenaient la décision du pape, s'insurgent contre les anathématismes d'Alexandrie… Le concile d'Éphèse s'assemble (22 juin 431) pour juger le différend. L’ardent Cyrille n'attend pas que tous les évêques soient réunis ; il précipite la décision », Nestorius est déposé et les Orientaux se séparent avec éclat de la majorité. Mais Cyrille même va guérir le schisme qu’il a provoqué. « Le puissant patriarche est aussi un théologien consommé; il explique les équivoques de ses premières formules et rassure ceux qu’il avait alarmés. Jean d'Antioche n’est pas moins conciliant (433). D'une main, Cyrille contient, aux dépens de sa popularité, l'immense armée monophysite qui se

Werk Theodorets (Tübingen 1888). J. SARKELION, Osodwogyrov émorolai (Athènes 1885). J. RAEDER, De T. graecorum aff. cur. quaestiones cri-

ticae (Kopenhague 1900). Byzant. Zeitschrift, t. VII (1898), p. 609.

flattait de l'avoir pour chef; il tend l’autre à l'Orient syrien, rival traditionnel de l Égypte. Dans cette attitude, Cyrille est au sommet de sa carrière et de sa gloire, le pharaon est devenu un saint » (Duchesne). Il mourra le 27 juin 444.

Retenons le mot de « pharaon » qui exprime bien et la puissance de l'évêque d'Alexandrie et le caractère impérieux et véhément propre à Cyrille, toute cette énergie tempérée, il est vrai, par une grandeur chrétienne d'âme et dirigée par un « regard d’aigle ». Dans l'histoire des dogmes, le rôle de Cyrille n’a de comparable que celui de saint Athanase : dans l’histoire de la théologie, saint Augustin est le seul qui légale pour l'autorité. Adversaire de l’origénisme, adversaire des Antiochiens, il représente bien mieux que les Cappadociens la théologie définitive. Mais c’en est fait de l’art des Cappadociens : Photius (cod. 49) reprochait à Cyrille son style laborieux et affecté : ses écrits sont, au goût de Tillemont, « sans ornements, toujours embarrassés et obscurs ».

Dans l’œuvre écrite de Cyrille, œuvre volumineuse, une part est pour l’exégèse. D'abord des commentaires sur Isaïe et sur les petits Prophètes, que nous possédons dans leur entier. Les chaînes fournissent des fragments de commentaires perdus sur Jérémie, Baruch, Daniel, les Rois, les Psaumes, les Proverbes, le Cantique. Nous avons un commentaire très développé, encore qu'incomplet, sur l'évangile selon saint Jean; des fragments de commentaires sur Mathieu, sur Luc, sur les Actes, sur l’épitre aux Romains, sur les deux épiîtres aux Corinthiens, sur l'épître aux Hébreux, sur les épiîtres catholiques. Du commentaire sur Luce on a une version syriaque. Les commentaires sur le N. T. sont postérieurs à 428 et à l'ouverture des controverses nes-

toriennes. Les commentaires sur l'Ancien sont an-

térieurs.— Le Llegi rc &v nvetuari ai dAn0sla nçooxu r-

oeuwc xai Laroeiac, de l’adoration et du culte en esprit et

en vérité, dix-sept livres, en forme de dialogues entre

Cyrille et un interlocuteur du nom de Palladios, est un

puissant essai d'explication mystique du mosaïsme,

«n'y ayant presque rien dans les livres de Moyse qu'il

n’explique d’une manière mystique et spirituelle » (Til-

lemont). — T'iupvoa est le titre d’un autre ouvrage en

treize livres, sur les « figures » de Jésus-Christ dans le

Pentateuque. Toute cette exégèse fait dire à R. Simon

que Cyrille s'applique plus à « écrire des leçons de

théologie » qu’à « expliquer le sens littéral de son: texte », et que, « remplie de raisonnements et même de

dialectique », son œuvre a « quelque chose de celle des théologiens scolastiques. »

L'apologie contre Julien, “Yrèg T7c tüy yooriuvwy svayoÙc Opnoxelas noûcta To &v d0eois Tovuuvov, dédiée à l’empereur Théodose IT, est une réfutation du Conira Christianos de Julien : elle date au plus tôt de 433. C’était un ouvrage en trente livres, dont il reste le texte grec complet des dix premiers, et des fragments, soit grecs, soit syriaques, des suivants".

Contre les Ariens et les Macédoniens sont dirigés deux grands ouvrages : la Bibhostür Onoavour entrente-

cinq articles ou thèses, et le Iegi dyluç Texai Ouoovoiov Toëdos en sept dialogues où l'interlocuteur de Cyrille est un vieillard du nom de Hermias : deux composiz tions antérieures à 428. Le dialogue Ileoù T7ç évur- Opwnoewg Toù Osoù Adyov, semble faire suite aux oh dialogues de Cyrille et d'Hermias; le dialogue Ow sic

4. K.J. NEUMANN, Luliani imp. librorum contra Christianos quae supersunt (Leipzig 1880).

& Xouords, plus sûrement que le précédent postérieur au concile d'Éphèse, est une nouvelle suite aux dialogues avec Hermias.

Contre Nestorius et sur la question nestorienne, on a le texte des douze anathématismes de Cyrille et le commentaire qu'il en a lui-même donné PExiavois to 16° xepakuioy) ; la défense des mêmes anathématismes contre les difficultés des Orientaux 4xokoynrix0c Ünèo Ty 18” xep.); une seconde défense contre Théodoret (Ilooc Evontioy); une autre défense dédiée à Théodose II (1006 ®s0d6010v). — Les Scholia de incarnatione Unigeniti, qui doivent être un des premiers écrits de Cyrille contre Nestorius (429), se sont conservées en latin dans la traduction de Marius Mercator. Photius (cod. 169) en a possédé le texte grec complet, qu'il intitule Zyôla neo Tis évwOqwnrnoewg Toù Movoyevods. On en a quelques morceaux seulement. Appartiennent à la polémique contre Nestorius les trois mémoires 11000pornrixoi neoi Ts C00nc nicrewc, le premier adressé à Théodose IT, les autres aux sœurs et à la femme de l’empereur : ils datent de 430. — Contre Nestorius même, en 430, en réponse à la publication d’un recueil d’homélies de lui, Cyrille compose sa Kara roy Neo- Togiov duopmucor merraB80c dyTipenois, en cinq livres, « peculiari intentione adversus Nestorem compositus, qui adtitulatur &1eyyoc, in quo omnia Nestoris oceulta panduntur et prodita confutantur, » dit Gennadius (Vér. int. 58).

Le Kara Toy dyOgwrouooqirr, réponses à diverses questions dogmatiques faites à Cyrille par un diacre du nom de Tibérios, est d’une authenticité sujette à caution, exception faite pour la lettre de Cyrille à Calosyras qui se lit en tête.

Nous possédons un recueil de lettres de Cyrille ou à

Cyrille, 88 au total, la plupart postérieures au concile d’'Ephèse et relatives aux pourparlers de réconciliation de la majorité et de la minorité du concile.

Si l’on en croit Gennadius (Vér. int. 58), Cyrille « homilias composuit plurimas, quae ad declamandum a Graeciae episcopis memoriae commendantur ». Nous possédons 29 homélies ou lettres festales (a. 414-443), et une série de huit homélies prononcées à Ephèse au moment du concile. Les autres homélies attribuées à Cyrille sont à discuter.

Contre les critiques qui se plaisent à croire que les partis orthodoxes dans l'Église ont constamment travaillé à la perte des écrits des dissidents, il n’est pas inutile d'observer que leur stricte orthodoxie n'a pas assuré la conservation de plusieurs œuvres de saint Cyrille. Nous avons un fragment grec du De synagogae defectu mentionné par Gennadius; des fragments syriaques du Karu ourovoruorwy signalé par Ephrem d’Antioche (ap. Phot. cod. 229). Liberatus (Bree. 10) parle décrits de Cyrille « adversus Diodorum et Theodorum », dont on a des morceaux en syriaque et en grec. Ephrem (Z. c.) parle d’Æyrigomrixoi, dont on a un fragment grec.

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