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donc des mois qui hurlent d'être accouplés ! Qu'estce qu'une sincérité qui s'efforce? M. Loti est-il à ce point « homme de lettres » qu'il doive faire effort pour se montrer naturel? La raison capitale de cette froideur g'uindée dont il ne se départ guère ne tiendraitelle pas dans la conscience qu'il a d'être mal préparé au voyage qu'il accomplit? Ce fut, à n'en pas douter, une désillusion, un crescendo de déceptions et de déconvenues, ce pèlerinage en Palestine. Déception Bethléem, avec ses estaminets crasseux, déception Jérusalem, « Babel des religions », déception le Saint Sépulcre, déception Gethsémani. M. Pierre Loti a été élevé, comme on sait, dans le protestantisme. L'austère calvinisme le préparait mal, je ne dirai pas seulement à goûter, mais à admettre l'orientalisme tumultueux du christianisme hiérosolymitain. Dans ces cultes tout en dehors, Pierre Loti refuse de reconnaître les enseignements de ('elui qui a dit : Dieu est esprit. «Jérusalem, écrit-il, est trop idolâtre pour ceux dont l'enfance a été illuminée par les purs évangiles». L'ilhistre marin manque par trop aussi, semble-t-il, des connaissances historiques, dirai-je élémentaires ? qu'exige un voyage profitable aux lieux saints. Il serait pédant d'insister ; je dois avouer pourtant qu'une expl ication donnée par M . Loti à la page 1 26 de Jérusalem m'a passablement surpris. 11 s'agit des deux racesjuives : Sefardim et Ache)iazim. M. Loti, énumérant leurs caractères, les intervertit très exactement. C'est bien cela, à ceci près que c'est le contraire.... Encore une fois, je glisse, je glisse sur cette erreur qui n'a rien de capital. Elle n'est pas, au surplus, pour nous étonner chez un auteur qui se vanta un jour d'ignorer de parti pris toute la littérature de son temps. Si je signale l'érudition précaire de M. Loti, c'est tout simplement parce que cette ignorance voulue nous aide à comprendre son âme.
La banalité des impressions de M. Loti n'a d'égale que la pauvreté de ses pensées. J'ai déjà loué cet écri- • vain pour avoir osé proclamer son incroyance, même en face du Saint Sépulcre, même à Gethsémani; mais combien il faut regretter que notre voyageur ait cru devoir raisonner son incroyance ! S'il a été souvent un artiste charmant et rare, un délicieux poète, il n'a jamais été qu'un médiocre philosophe. Cette médiocrité s'affiche avec éclat dans Jérusalem. Soit qu'il incrimine l'insuffisance «des poètes philosophes modernes » et la vétusté «des sages illuminés et merveilleux des vieux âges», soit qu'en face de la mosquée en ruines d'El Aksa il s'afflige à songer «que la foi des vieux âges se meurt dans les âmes humaines », que le judaïsme s'efface comme le christianisme, comme l'islamisme, (affirmation, pour le dire en passant, fort téméraire), soit qu'insistant sur cette idée de la mort des religions, M. Loti écrive encore : «(Les âges de foi) sont révolus pour toujours et les regards des hommes se portent à présent vers les contrées de l'occident et du nord où les âges nouveaux s'annoncenteffroyables et glacés (?) », la pensée de cet auteur accuse une extrême faiblesse. Elle ne retrouve son originalité d'autrefois qu'à de lointains, trop lointains intervalles, lorsque M.Pierre Loti, par exemple, prononce l'éloge de l'Islam où il voit la religion la plus conforme à sa propre nature. Car tel fut le résultat singulier de ce pèlerinage au tombeau de Notre-Seigneur : il confirma M. Loti dans son incroyance. S'il lui arriva de pleurer à certains souvenirs bibliques, les pleurs qu'il répandit furent purement négatifs : il s'attendrit sur lui-même à la pensée de sa misère morale. Oui, M. Loti pleura à Jérusalem pour avoir perdu la foi, comme d'autres, parce qu'ils l'y retrouvent. L'impression religieuse la plus forte, la seule impression forte que M. Loti ait subie dans cette
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ville, remonte à une impression musulmane. M. Loti en conclut que «Tlslam pourrait, compris d'une certaine'manière, devenir la forme relig-ieuse extérieure, toute d'imagination et d'art, dans laquelle s'envelopperait son incroyance ». Ali le piquant aveu! Et comme on regrette, cette fois, que M. Loti se soit borné à cette phrase trop brève. I^e mahométisme de ce calviniste fût été intéressant à mieux connaître.
Une mentalité toute différente se découvre au récit de M""" Malliilde Serao. Comme elle se déplace moins fréquemment, comme elle a mené une vii' moins errante, elle prend aux mille accidents du voyage un plaisir dont l'écrivain français n'est plus capable. Alors que celui-ci regarde à peine, dédaigneux, et poursuit sa roule, M"" Serao s'arrête avec complaisance, observe, écoute, prend des notes. Je ne crois pas qu'elle possède une culture étendue, je ne crois pas qu'elle ait poussé 1res avant ses études d'archéologie et de théologie,, mais elle a une intelligence vive et lucide, une curiosité toujours en éveil. Alors (jue la relation de voyage de M. Loti est toute faite de descriptions, mises bout à bout, il y a de la variété, de l'émotion, de la vie dans le récit de M""' Serao. Elle est à l'afTùt des impressions vives et fortes, elle guette les occasions de s'attendrir. Combien souvent ce dernier mot revient sous sa plume! M""' Serao s'attendrit aussi facilement que M. Pierre Loti se désole. Dès la vue du Nil, elle fond en eau : i< Pris d'un grand attendrissement sentimental, écrit-elle, vous voudriez comprendre ce ileuve et l'aimer. Tous les fleuves ont une poésie presque indicible, mais aucune n'égale celle du Nil. » C'est Vâ7ne du Nil que M'"" Serao s'eiïorce de saisir, comme c'est
l'âme de toutes choses et de toutes gens à quoi vont invariablement ses sympathies. Elle a pris soin, avant de s'embarquer, de nous apprendre ce qu'elle allait chercher en Palestine, de nous renseigner sur l'ordre d'idées où sa curiosité allait se mouvoir : « -Ce singulier pèlerin du cœur, écrit-elle dans une jolie page où elle trace son propre portrait, ce singulier pèlerin du cœur néglige certains aspects des choses et des gens qui semblent très importants et en recherche d'autres, plus modestes, moins intéressants. Il n'entre pas dans un musée, mais une foire champêtre l'attire. Ce voyageur silencieux, capricieux, obstiné, est celui qui veut sentir palpiter l'âme des pays qu'il traverse. Chaque pays a une âme, vous le savez. Où se trouve-t-elle ? Insaisissable et cependant réelle, fugitive et cependant présente, ondoyante et fluide, l'âme d'un pays est quelquefois dans les yeux de ses femmes, dans une rue, dans un paysage à une certaine heure, dans un fragment de statue, dans une arme rouillée, dans une chanson, dans une parole. L'âme d'un pays est souvent une fleur. «
Paroles et chansons, yeux de femmes, statues, fleurs, il est question de tout cela dans le Pays de Jésus. ]yjme Serao bondit d'un sujet à l'autre avec une aisance toute féminine, un caprice tout napolitain. Elle va sans transition du grave au gai, du plaisant au sévère, souriant d'un œil, pleurant de l'autre.
On a cru découvrir dans le Pays de Jésus des traces de mysticisme. Juste Ciel ! Quelle erreur! Mais il n'y a rien de moins mystique que le christianisme de ]y[me Serao ! Son catholicisme est d'une simplicité, d'une naïveté élémentaires. Sa foi est bonne enfant au possible. Ces angoisses, cette horreur du néant qui arrachaient à M. Loti de sourds gémissements cadencés, M'"^ Serao les ignore totalement. Elle c7^oit, sans qu'il
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y ait lieu d'apporter à cette affirmation aucun tempérament. Elle croit, cela suffit à son bonheur. Et voici — heureux eiïetde la grâce — le christianisme réchauiïe, le christianisme illumine le livre de M"'^ Serao. Il faut comparer son récit fervent avec le récit blasé de M. Loti pour comprendre à quel point M™" Serao est soutenue, portée par la foi. Sans doute, un auteur rompu au métier peut donner presque à coup sur l'illusion de la sincérité ; je doute pourtant qu'un pseudo-chrétien ou un simili-chrétien eût été capable des élans d'humilité et de charité auxquels M*"" Serao se laisse entraîner sur le tombeau du Christ : « l^es misérables calculs humains, les désirs trompeurs, les envies cupides et basses, toutes les hypocrisies, tous les mensonges, toutes les vanités disparaissent en cette nuit suprême (la nuit passée à veiller au Saint-Sépulcre). I^e lien est brisé qui rattachait l'âme aux joies de l'instinct et aux plaisirs des sens. L'âme est libre. Puissent les hommes fiers et vains de leur fortune, les femmes fières et vaines de leur beauté, puissent-ils tous, puissent-elles toutes venir passer une nuit dans cette église où est votre sépulcre, ô Maître, près de ce lit funèbre où vous avez dormi le sommeil de la mort! »
Peut-être y a-t-il dans cette verbosité un peu d'attitude encore. 11 faut s'y résigner. M"^ Serao ne renoncera jamais au plaisir d'exhorter, de haranguer, à la volupté d'être éloquente. Aussi bien le culte qu'elle rend à son Sauveur n'est pas cette adoration spirituelle dont Pierre Loti vantait la supériorité. Le culte de M"" Serao ne répugne pas aux pompes extérieures. C'est moins un culte en esprit qu'un culte en beauté. La femme de lettres napolitaine ne se trahitelle pas dans ces lignes sur la Fête-Dieu à Jérusalem: « C'est un'jour aimé de ceux qui ont été élevés dans le
Midi où la piété religieuse se plaît à des manifestations pleines île gaieté, de grâce et de tendresse, ainsi qu'à des spectacles d'une pompeuse solennité ? » Le catholicisme napolitain de M™" Serao l'avait heureusement préparée à n'être point choquée à Jérusalem. Alors que les turpitudes de la Rome des papes esthètes avaient jadis ébranlé dans sa foi le lourd moine allemand Martin Luther, alors que les turpitudes de Jérusalem avaient confirmé dans son mahométisme le calviniste Pierre Loti, M™'" Serao, loin de se laisser envahir par le scepticisme au spectacle des luttes déchaînées à l'entour du Saint-Sépulcre, en éprouve une sympathie plus ardente pour son christianisme à elle, dont la supériorité lui apparaît ici plus manifeste.
Une ardente tendresse se lit dans les pages qu'elle consacre aux Franciscains. Journaliste jusqu'en Terre Sainte, ne s'avise-t-elle pas de publier un appel de fonds en leur faveur ? Quant aux Musulmans, à ces Musulmans chers au scepticisme de M. Loti, elle en parle avec une extrême sévérité. Il est instructif de confronter la description tracée de la mosquée d'Omar par nos deux auteurs: Loti voit dans la mosquée d'Omar un parais enchanté; il la proclame belle, incomparablement belle. M'^'^ Serao, ayant versé un pleur sur la destruction du temple de Jérusalem, écrit: « La mosquée d'Omar, qui est bâtie sur ses ruines, semble l'œuvre d'un admirable ouvrier. Elle a une froide majesté qui frappe les sens, mais n'éveille aucune émotion sacrée. » 0 subjectivité du jugement! 0 l'incertitude de nos impressions: « Toute description d'un paysage exprime un état d'âme. »
La Palestine intéresse M'"'' Serao dans la mesure seulement où elle est la Terre Sainte, le Pays de Jésus ^ comme elle dit... Son livre aurait pu être intitulé encore Sur les traces du Sauveur, car ce sont des souvenirs bibliques et chrétiens qu'elle évoque, des émotions reli-
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gieuses qu'elle collectionne uniquement. Sur ce sol sacré, Jésus-Christ lui est vraiment apparu. Dans les moindres caprices de la nature, dans les moindres accidents du terrain, M""^ Serao découvre des symboles : « Dieu," écrit-elle, a voulu que la mer Morte fût l'image du péché et du châtiment. » En revanche, elle écrit du Jourdain : « C'est le mysticisme lumineux sans une ombre, c'est la loi sans peur et sans tourments. »
On se demandait : « Le christianisme de M™^ Serao résistera-t-il à sa rentrée dans le siècle'? Ne s'en irat-il pas en fumée quand auront perdu de leur force les impressions qui l'ont « galvanisé »... Aujourd'hui l'épreuve est faite. Le pèlerinage de l'auteur napolitain au Saint-Sépulcre aura marqué un tournant dans sa vie, une date capitale, décisive, peut-être, dans sa carrière.
Dans ses derniers romans, La Ballerine, Sœur Jeanne de la Croix, dans Sœur Jeanne de la Croix surtout, la cloche chrétienne continue de sonnera toute volée. Non point que La Ballerine soit une œuvre j)arfaitement chaste. Pour être devenue chrétienne, la plume de M"" Serao ne s'est point faite puritaine. La Ballerine est une œuvre hardie et Carmela Minino, l'héroïne de ce roman, n'est pas, comme on dit, une vertu.
Plus complètement chrétien, plus purement évangelique, le beau romande M™^ Serao intitulé Sœur Jeanne de la Croix. Jamais encore l'auteur n'avait si hautement confessé sa foi. Sans doute, en ce roman comme en son récit de voyage. M""*" Serao apparaît quelque peu drapée dans son christianisme, mais une fois pour toutes il faut prendre notre parti de ce qu'il y a d'un peu théâtral dans sa religion. Elle n'en est pas, pour cela, moins sincère.
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Une préface, lettre ouverte à M. Paul Bourget, expose au lecteur révolution survenue entre la publication du Pays de Cocagne et de Sœur Jeanne de la Croix. A ceux qui cherchent dans un roman une histoire d'amour attachante, vécue par des êtres jeunes et bien faits, l'auteur déclare charitablement : « Ces pages ne s'adressent pas à vous. » Sœur Jeanne de la Croix est de basse naissance, vouée d'avance au mépris du monde. Elle n'a rien pour plaire aux gens frivoles et oisifs, rien pour piquer seulement leur curiosité. Imaginez la Félicité de Gustave Flaubert {Un cœur simple) sous un habit de nonne napolitaine. Et vous connaîtrez l'âme rudimentaire de Louise Bevilacqua, en religion Sœur Jeanne de la Croix. Chassée par une loi cruelle du couvent où se consumèrent en dévotions trente-cinq ans de sa vie, Sœur Jeanne, refoulée dans le monde, s'y comporte comme un oiseau de nuit surpris par une lumière trop crue. Hébergée par une sœur qui l'exploite d'abord, puis la chasse quand ses économies sont épuisées, Louise Bevilacqua s'improvise tour à tour garde-malade et bonne à tout faire. Repoussée de partout, elle se voit réduite, de chute en chute, à vivre de la charité publique. A la fin du livre, nous la rencontrons dans un sordide asile de nuit (la scène est poignante) ; nous la voyons s'asseoir à un maigre banquet offert le jour de Pâques par quelques mondaines bienfaisantes. La scène est tragique! On perçoit l'indignation de l'auteur dans la description de ce banquet, contemplé par ceux qui en ont pris linitiative avec une stupeur écœurée, avec le vague frisson dans le dos qui leur viendrait d'un repas de fauves aperçu à travers des barreaux de cage, à cette différence près que les barreaux qui protègent ici les maîtres s'appellent la loi, l'ordre, le gendarme, sauvegardes, d'ailleurs, non moins efficaces. 11 y a, si l'on veut, du socialisme dans
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le christianisme de M'"" Serao.. Oui, dans ce livre dédié à M. Poul Bourget, on perçoit de loin en loin un souffle révolutionnaire.
L'esquisse que nous avons tracée du christianisme de M™°- Serao serait par trop incomplète si nous ne revenions pas un instant, avant de terminer, sur ce que nous avons appelé le caractère napolitain de sa foi, par où nous entendons deux choses assez diverses : un formalisme un peu étroit et une morale un peu large. Sœur .Jeanne de la Croix étant nonne, il était sans doute logi(iue que son christianisme alTcclàt une apparence rigoureusement monacale; mais peut-être, moins dévote, moins dévotieuse, Sœur Jeanne serait-elle plus sympathique encore. Rencontrant une compagne d'infortunes, S(X3ur Jeanne et cette pauvre fille éciiangent leurs impressions sur le monde. H y avait là une très belle sci'ne à faire et où l'éloquence de M™*^ Serao pouvait se donner libre cours. Faut-il l'avouer V La scène est émouvante, mais moins émouvante que je ne l'attendais. Sœur Francjoise des Sept Paroles se borne à gémir sur ce qu'elle a dû renoncer à la dévotion du Saint Escalier, Sœur Jeanne de la Croix pleure sur ce qu'elle a dû interrompre son jeûne coutumier du jeudi : « Mais que voulez- vous? j'ai perdu Ihahitude de manger ce jour-là, et les morceaux que j'avale m'étouffent. » Je ne conteste point la touchante naïveté de ces plaintes, mais j'eusse souhaité des regrets plus profonds, des impressions plus nobles intéressant l'àme de préférence au corps.
Ma dernière observation touchant le christianisme de M""* Serao a plus d'importance. Elle s'adresse, comme j'ai dit, non plus au formalisme excessif de ses personnages, mais à la morale médiocrement orthodoxe de l'auteur lui-même. J'en citerai un seul exemple : dans une scène très caractéristique, M""^ Serao nous fait voir
88 LA LITTERATURE ITALIENNE D AUJOURD IlUI
Sœur Jeanne de la Croix vendant des dentelles à une courtisane, et bavardant librement, très librement avec sa cliente. Concetta Guadagni s'ouvre à Sœur Jeanne de ses craintes : « Si Cicillo m'abandonnait, s'écrie-t-elle, quelle horreur, mon Dieu, quelle horreur ! que deviendrais-je? — Mais il vous aime, objecte Sœur Jeanne. — Il m'aime, il m'aime, poursuit Concetta, mais il y a tant d'autres femmes qu'il voit et qui doivent lui plaire ! Mais sa famille m'est contraire; qu'en sais-je, moi, s'il m'aime? — Recommandez-vous à Dieu, ma belle, dit la nonne, qui ne trouvait rien à dire. » Et l'entretien se prolonge tout de même entre la nonne et la lorette. Et celle-ci finit par charger celle-là du soin de faire dire des messes « pour que Cicillo reste iidèle » . Sœur Jeanne consent. Elle fera dire les messes par le curé de Sainte- Claire et celui de Sainte-Marie-l'Egyptienne. Concetta tient essentiellement à ces deux paroisses : à Sainte- Claire oii elle fréquenta dans son enfance et à Sainte- Marie-l'Egyptienne dont le nom rappelle une grande pécheresse repentie : « Mais que dirai-je au prêtre? demande humblement Sœur Jeanne, je ne puis lui exprimer
votre vœu — Mon vœu, répond Concetta, Dieu le
connaît. Dites au prêtre : sur le vœu d'une dévote 'pécheresse. Et donnez cinq lires pour chaque messe. )> Ah certes ! le dialogue est fort touchant. Concetta Guadagni est jeune, jolie, aimante. On comprend avec quel plaisir M""" Serao lui pardonne ses erreurs. Déjà, dans son voyage en Palestine, méditant sur la troublante figure de Marie-Madeleine, non moins « dévote pécheresse » que Concetta Guadagni, notre auteur avait marqué une grande indulgence aux malheureux qui cèdent aux tentations de la cliair. Alors que le christianisme septentrional a toujours attaché à la chasteté une extrême importance, la morale chrétienne a fait, dans le Midi, quelques concessions au climat.
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JM""" Serao qui est du Midi, du Midi largement passé, a fait comme les moralistes méridionaux. Son christianisme compose avec le monde et tient compte des pièges dont le siècle est semé. I^rofondément pénétrée de la notion de la faiblesse humaine en face du péché insidieux, elle refuse d'accabler le mortel qui succombe. La règle morale de M'"" Serao gagne de la sorte en tolérance pratique ce que sa théologie perd en rigueur dogmatique. Klle ne condamne sans retour que les méchants, les hypocrites, les orgueilleux. II convenait de marquer ce caractère sans qu'il y ait lieu d'ailleurs d'y trop insister. LeC^iel me garde en tout cas d'en tirer une conclusion défavorable au rhristianisme deM"* Serao! Sa foi indulgente et douce me parait au contraire une foi très appropriée. C'est bien là une religion de femme, la religion d'une femme du « Mozzogiorno d'Italia ». Le christianisme napolitain de M'"" Serao me semble, tout compte fait, un excellent christianisme.
Juin l'.to:;.