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M. Panzini réserve ses traits les plus acérés. Dans ces mêmes Considérations cVunpère de famille^ où il moquait si agréablement les bourgeois, il prend à partie les révolutionnaires et les met finement en contradiction avec eux-mêmes. Ses railleries à l'adresse de la presse socialiste d'Italie, fulminant en première page contre le luxe des riches, s'attendrissant à la troisième sur « les diamants de M"*^ Cleo de Mérode », sont pleines de bon sens. Et non sans justesse, M. Panzini conclut : « Tant que ces petits faits se produiront sans exciter l'indignation générale, tant qu'ils seront considérés comme tout naturels, tant qu'on n'y verra rien que des manifestations logiques de l'individualisme, ne te laisse pas effrayer parles grèves... Quelques titres de Bourse pourront baisser, d'autres, au contraire, monteront ».
L'opinion détestable de M. Panzini sur ses contemporains se découvre enfin comme en un tableau synoptique dans Les Trois Chances de M. V Avocat. Semelli, pauvre diable en quête de travail, va trouver tour à tour avec des lettres chaleureuses un député ministériel, un abbé, le directeur d'une feuille socialiste. Tous trois lui prodiguent de bonnes paroles, mais tous trois finissent par reconduire avec des formules diverses, d'ailleurs finement contrastées, chacun agitant sa marotte selon sa folie particulière. L'éloquence pontifiante du député, l'onction venimeuse de l'abbé, la rhéthorique creuse, la fausse philanthropie du révolutionnaire sont parodiées dans le récit de M. Panzini avec beaucoup d'art et d'esprit.
Donc, l'humanité prise en bloc ne vaut rien ; mais toute règle souffre des exceptions, des exceptions qui la confirment. On découvre de loin, en loin des hommes qui consolent de l'homme. A considérer la vertu de (juelques-uns, M. Panzini oublie l'ignominie du plus grand nombre. Et c'est en quoi son ironie
diiïère de celle de M. Pirandello. A pratiquer la charité dans une société dévorée d'é^-oïsme, on joue sans doute un rôle de dupe, mais il est noble, mais il est généreux de se sacrifier. Aux êtres naïfs et faibles, honnêtes et bons, M. Panzini prodigue largement sa sympathie et leur ménage dans ses récits une place d'honneur. Il serait inexact, comme nous l'avons dit plus haut, de ranger M. f^anzini parmi les optimistes, mais il y a dans sa vision de l'univers une douce philosophie, une bonhomie affectueuse qu'il importe de mettre en évidence. On rencontre dans ses récits des hommes désintéressés, des femmes vertueuses, des amants sincères. Dans Leicma e Lia *, il raille « linfection idéaliste » à laquelle on soumet les enfants dans les écoles et dont la vie, d'ailleurs, les guérit assez vite, mais ses sympathies évidentes vont à ceux qui ne guérissent pas tout à fait. Les préférences de M. Panzini s'aperçoivent clairement dans Lcuma e Lia. L'auteur met en regard dans ce récit deux personnages incarnant deux conceptions de la vie de tous points opposées : Astese, le politicien andjitieux, l'homme d'action brillant, mais parfaitement égoïste, et Leuma, l'ermite contemplatif et bienfaisant, résigné à ne rien faire ici-bas (ju'un peu de bien, en répandant parmi ses paysans - l'Évangile du bon sens et de la justice ». La supériorité du rêveur obscur sur le politicien notable se dégage avec évidence de cette jolie nouvelle. L'amour que ^L Panzini marque aux " humbles », l'honnêteté foncière de ses récits et leur fraîche poésie, tout ce qu'on pourrait appeler enfin lidéalisme humoristique de cet auteur évoquent le souvenir de l'Anglais Dickens et d'un écrivain italien trop tôt disparu, Emilio De Marchi. Le culte de la beauté