BENEDICTION
C'est le soir; à pas comptés chemine le prêtre indulgent, sakiant de la main ce qu'il voit et ce qu'il entend. Tout le monde et toute chose, il bénit saintement, jusqu'à l'ivraie dans le blé, là-bas, jusqu'au serpent ici près dans l'herbe. Chaque rameau et chaque oiseau, dans les buissons et sur les toits, en passant, il les a bénis, jusqu'au faucon, jusqu'au petit du faucon même, point noir au milieu du ciel l)leu, jusqu'au corbeau, jusqu'au pauvre fossoyeur, qui, là-lias dans le cimetière, bêche, bêche, tout le jour.
On a souvent observé le pencliant à la tristesse où la terre dispose ceux qui vivent en étroite communion avec elle. L'homme des champs est moins enclin au rire que l'homme des villes. Et les plus grands peintres de la nature et du paysan ont fidèlement rendu ce caractère. Il est commun à l'œuvre de Jean-François Millet et à celle de M. Giovanni Pascoli. La nature, d'après le poète italien, est une source tumultueuse dont le flot roule des douleurs et des souffrances. La vie qui se manifeste enelle, il l'aperçoit comme un accident infiniment transitoire, comme une préparation à la mort et au néant, seules vérités éternelles. Ses chants
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s'exercent généralement sur des sujuts tristes, parfois lugubres. Bénc'diflion, on l'a vu, finit sur une image funèbre, par révocation du fossoyeur occupé, tant que le jour dure, à sa sinistre besogne. M. Pascoli est, liante de visions mortuaires, jusqu'en plein soleil, jusqu'en plein printemps. Il chante de préférence les cimetières, les nuits de neige, les chouettes. Parmi les poètes de la nature, les uns n'entendent que le chant des alouettes, les autres — il convient, encore une fois, de remarquer que ce sont les plus grands — perçoivent surtout le cri des chouettes. M. Pascoli appartient à celle dernière catégorie.
A cette tristesse d'une essence si parlicidière et qui l'a ravi sur de si hauts sommets philosophiques, il y a d'ailleurs une autre cause, plus directe, plus immédiate que la mélancolie naturelle à l'homme des champs. Un affreux épisode de la jeunesse du poète bouleversa son existence naguère paisible et laissa dans son esj)rit un ineffaçable souvenir. Le 12 août 18(17 — Giovanni Pascoli était encore un enfant — on trouvait au bord d'un fossé le cadavre inanimé de son père. Ruggiero Pascoli avait été assassiné. Intendant d'un grand propriétaire romagnol, Kuggiero Pascoli nourrissait sa famille du travail de ses mains. Sa mort frappait cruellement les siens dans leur tendresse, (pii était vive, et dans leur situation matérielle, qui était modeste. Un malheur n'arrivant jamais seul, à cette catastrophe succédèrent d'autres deuils. Une sœur du poète, puis ses deux frères, suivirent dans la tombe, à quelques mois de distance, le père de famille disparu. A l'horreur provoquée par tous ces deuils, se joignit, chez M. Pascoli, l'angoisse hâtive de se sentir à charge aux siens et le désir do les soulager le plus tôt possible. Ces circonstances difficiles n'ont pas peu contribué à attrister notre poète. Le voile de sang et de larmes qu'avait
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déployé devant ses yeux la journée du 12 août 1867 ne se dissipa jamais complètement.
De même qu'elle détermina en partie sa vision matérielle des choses, cette lugubre circonstance contribua à sa conception morale de Fexistence. De bonne heure M. Pascoli dut assumer une lourde responsabilité. 11 s'acquitta des devoirs que sa situation lui créait avec courage. Dans une pièce adressée à sa défunte mère, il a pu se donner sans forfantei'ie un bon témoignage : « Apprends, dit le poète à la morte, — «Et peut-être le sais-tu au cimetière, — La fillette aux longues boucles d'or, — Et l'autre qui fut ton dernier sujet de plainte, — Apprends que je les ai recueillies et que je les adore. » La vie de famille n'a pas moins heureusement inspiré M. Pascoli que la vie aux champs. Ses tableaux intimes sont toute tendresse et toute grâce. Ils respirent une saine naïveté, une ingénuité robuste. Ils ont toutes les qualités de leur auteur. Tandis que le frère vaque à ses travaux intellectuels, ses sœurs préparent le frugal repas, cousent ou brodent auprès du foyer. Quelle joie de trouver au retour ce modeste intérieur si confortable dans sa pauvreté ! Qu'il fait bon autour de l'àtre ! La sœur préférée du poète, Marie, a exercé sur lui, de toute évidence, une influence capitale. M. Pascoli lui a dédié ses Poemetti. Et dans cet hommage, il y a de l'affection et de la reconnaissance. Le reflet d'une âme de femme, disons mieux, dune à nie de sœur s'aperçoit clairement dans l'œuvre de notre poète...
Tout entier à ses obligations, M. Pascoli n'a pas pu ou n'a pas voulu fonder une famille de son choix. 11 a chanté l'amour fraternel et l'amour filial. Mais l'amour sans épithète n'a pas tï'ouvé place dans son œuvre. Une seule pièce de Myricae met en scène une jeune fille ; mais ce n'est qu'une silhouette imprécise et vague et
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qui ne fait que passer. Et voilà encore un trait original dans la physionomie de M. Pascoli. Il n"a pas chanté la femme comme amante. A une époque oii la littérature est si peu chaste, la pureté de celte œuvre poétique me semble d'un puissant attrait et d'un haut exemple.
Sur le cadavre de son père assassiné. M. l*ascoli avait juré do découvrir et de châtier l'auteur du crime. Mais les efforts qu'il tenta restèrent stériles. Ensuite, le temps et la réflexion aidant, le poète en vint à une conception philosophique qui lui inspira des vers bien autrement nobles que l'appétit de vengeance. Dars Le Jour des Morts, une de ses plus belles pièces et l'une des plus caractéristiques en ce que la note champêtre et la note familiale y résonnent harmonieusement, M. Pascoli conclut, en termes d'une sérénité évangélique, à la nécessité du pardon. Remportant sur l'instinct et la nature une éclatante victoire, il en arrive à pardonner au meurtrier de son propre père. Elles sont poig^nantes, les strophes où il prononce l'absolution. M. Pascoli les met dans la bouclie même de la victime. Comprenant qu'il est frappé à mort, le père du poète prend Dieu à témoin et s'écrie : i< Pardonne à cet homme que je ne connais point; pardonne. — S'il n'a pas de fils, Dieu de bonté, il ne sait ce qu'il a fait. — Et s'il a des fils, en leur nom, pardonne-lui. — Qu'il soit heureux. Aplanis devant lui les routes. — Donne-lui de l'or et un nom respecté. — Donne-lui aussi l'oubli ; donne-lui tout — Mais que mes enfants ne manquent pas de pain » Cette prière sublime oii s'aperçoit un tel élan de charité nous amène tout naturellement à observer M. Pascoli sous son troisième et dernier aspect de poète social.
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Dans le Fuoco de M. d'Annunzio, Stelio Eiïrena, discourant en public à Venise, parle ainsi : « Cette ville nous enseigne chaque jour Facte qui est à l'origine de notre espèce : l'effort qui consiste à se surpasser soi-même sans relâche. Elle nous prouve qu'il se peut que la douleur se trausforme en énergie efficace et stimulatrice. Elle nous affirme que le plaisir est l'instrument de connaissance le plus sur que nous offre la nature. Elle nous dit que celui qui a beaucoup souffert est moins sage que celui qui a beaucoup joui. » Cette philosophie, qui fut celle de plusieurs très grands poètes avant d'être celle de M. d'Annunzio, qui fut en particulier assez exactement celle de Goethe, c'est, en somme, la sagesse selon l'antiquité païenne. A cette doctrine, la poésie de M. Pascoli offre une exacte contre-partie. Cet auteur arrête son regard sur l'idée de la Mort avec autant d'àpreté que M. d'Annunzio en met à l'écarter. Il attribue à la douleur tous les bienfaits que le romancier du Feu attend du plaisir. De sorte que M. Pascoli nous apparaît, bien qu'il rejette le christianisme traditionnel, comme profondément pénétré d'esprit chrétien.
L'intelligence philosophique est égale chez lui au génie poétique. La Ginestra, VEra miova sont de petits traités en prose pleins de vues profondes. On y trouve, condensées en formules très simples, les idées d'où découle toute l'esthétique de M. Pascoli. Ses œuvres les plus récentes. Il Focolare, Pace^ ne sont qu'une transposition poétique de ses idées en matière de philosophie. Ce double titre de poète et de philosophe apparente le génie de M. Pascoli à celui de son grand compatriote Leopardi ([ui fut, lui aussi, l'un et l'autre. Il y a d'ail-
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leurs entre eux des liens intellectuels étroits. Sur nombre de sujets, M. Pascoli partage les opinions de l'illustre poète du Risorgimenlo. Sur beaucoup d'autres, il le complète et le dépasse. M. Pascoli admet les conclusions de Leopardi, mais il en prend texte pour s'élever plus haut. Le point d'arrivée de celui-là fournit à celui-ci son point de départ.
Sur le déclin d'une vie passée à souffrir, à ^émir, à maudire, l^eopardi était arrivé à des conclusions moins désespérées. Deux pièces en vers publiées après sa mort, la Gineslra et le Tramonto délia Luna, témoignent de cet apaisement relatif. Leopardi s'y élève à une hauteur philosophique où il n'avait pas encore atteint. Sur ces sommets de la pensée, la sérénité descend en son âme. Les hommes lui paraissent maintenant si petits qu'il cesse de les mépriser et de les haïr. Leur fragilité, au contraire, le remplit d'émotion, l^^t il se sont au cœur une pitié immense pour ces malheureux à qui le sentiment de leur infélicité commune devrait conseiller l'amour et la fraternité. Qu'ils sont fous de s'entre-combattre ! Ne feraient-ils pas mieux de s'aimer? Cette solution où Leopardi n'arriva que sur la (in de ses jours, elle réprésente ce (jui fut do tout temps la conviction intime de M. Pascoli. Désespéré, il ne l'est pas moins que son prédécesseur. Mais si virile que soit déjà l'amère philosophie de Leopardi (quelle différence entre ce pessimisme italien et le pessimisme germanique !), le pessimisme de M. Pascoli est plus viril, plus fortifiant, plus salutaire encore. M. Pascoli reconnaît volontiers que sa sagesse est tristesse, mais la tristesse n'est-ellc pas ce qui distingue l'homme de la brute y Sur le rôle auguste de la douleur dans le monde, M. Pascoli a écrit des vers superbes. Il compare l'être humain au blé qui ne donne sa farine qu'après avoir été foulé. De même, il faut avoir subi
les meurtrissures de la vie pour que le sens de celle-ci se dégage et pour que la bonté se développe dans Tètre humain. La douleur est la meilleure des écoles. La douleur met du sel dans l'existence et lui donne du prix : « Seigneur, dit Y Ermite dans sa prière, ne refusez pas le sel à ma table, ne refusez pas la douleur à ma vie ! >>
Dans son plaidoyer pour l'amour du prochain, dernier terme de la sagesse humaine, M. Pascoli attribue une grande importance aux découvertes scientifiques de ce temps. Et c'est là un argument auquel Leopardi n'aurait jamais songé. Il est assez étrange, ce rôle que les penseurs contemporains assignent aujourd'hui à tout propos — et hors de propos — à la science. Et les contradictions où tombent les avocats téméraires du culte nouveau sont des plus troublantes. Alors que la science, pour les uns, doit augmenter la somme de plaisir départi à chaque individu (c'est le point de vue optimiste de la plupart des sociologues révolutionnaires), la science, pour les autres, se doit d'accomplir une mission toute différente. L'humanitarisme scientifique de M. Pascoli, par exemple, est tout justement aux antipodes de cette doctrine-là. La science, d'après le poète italien, loin de se traduire par un accroissement de joie, augmentera bien plutôt la somme de tristesse répandue, dans le monde. Car, à mesure que nous devenons plus savants, nous devenons plus clairvoyants et plus tristes. Mais la tristesse et la douleur étant ce qui fait la noblesse et la beauté de la vie, il nous faut bénir la science qui nous prépare une conscience plus haute.
Voici deux faces de cette idée : la science, d'après M. Pascoli, ne permet pas de croire à l'immortalité du principe pensant. Et cela, songez-vous peut-être, est fâcheux, l'idée d'immortalité étant propre à moraliser l'homme. Détrompez-vous. L'idée d'immortalité n'est
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point bienfaisante. M. Pascoli voit en elle, au contraire, un « alcool moral » des plus funestes. Elle a bien plus contribué à dég'rader Thomme qu'à laméliorer. S'il tenait la mort pour irréparable, l'individu verrait dans la vie quelque chose de si grand que tous ses soins tendraient à la prolonger et à l'embellir chez lui-même et ciiez autrui. Ce n'est qu'à partir du moment où il s'avisa de nier la mort que celle-ci changea de nature. Elle devint alors une étape quil hésita moins à faire franchir à d'autres. l'^st-il bien nécessaire de montrer tout ce qu'il y a de peu fondé dans cette opinion? La science elle-même y contredit. Les dernières décDuvertes des sociologues tendent à établir, en effet, qu'à l'origine de toute communauté primitive il y eut une période où l'éternité du principe vital était méconnue. Or celte période coïncida toujours avec un âge de noire barbarie.
Autre effet social bienfaisant de la science, d'après M. Pascoli : elle confirme par des preuves nouvelles les xdtima verba de Leopardi, cette idée chère aussi à M. Pascoli « que la terre est un point dans l'espace, que nous sommes infiniment petits et (|ue notre destinée est infiniment obscure et misérable ». L'idée de notre inexistence au point de vue cosmique est une de ces vérités que la poésie, appuyée sur la science, devrait, selon M. Pascoli, s'attacher à répandre parmi les hommes. Si nous étions bien convaincus de l'insignifiance de la planète Terre au milieu de l'Espace sans limites, nous serions meilleurs, étant plus détachés.
Je n'en suis pas, quant à moi, aussi certain que ^L Pascoli. Je connais des hommes très détachés philosophi- (juement et qui sont singulièrement attachés aux biens matériels de ce monde. Encore une fois, cette morale tirée de la science m'a toujours paru des plus sujettes à caution. On lui fait dire ce qu'on veut. Je reconnais d'ailleurs avec empressement que M. Pascoli lui fait dire de
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fort nobles choses, mais je ne crois pas qu'on en puisse déduire cette religion nouvelle que M. Pascoli appelle la « conscience de notre destinée ». Quelle est donc la moralité du principe de la sélection fondé sur les inégalités naturelles ou acquises et du principe, si parfaitement injuste, de la lutte pour la vie et de Técrasement du faible par le fort? Or ce sont là des faits scientifiques au premier chef. Non, la science ne tient lieu de religion qu'aux âmes naturellement religieuses. C'est parce que M. Pascoli, idéaliste fervent encore qu'adversaire du spiritualisme, est de ce nombre, qu'il prétend tirer de la science la religion et la morale de l'avenir.
Dans sa nomenclature des raisons que nous avons d' « être bons », M. Pascoli en cite une autre, qui me semble peu scientifique à la vérité, mais beaucoup plus décisive que celles qu'il a jusqu'à présent énumérées. Elle est, en revanche, si peu scientifique qu'elle est proprement la négation même de la science. Cette idée est celle du « mystère universel » qui nous entoure. D'où venons-nous? Où allons-nous? Que sommesnous ? Mystère. Dans ces conditions, « ce que nous avons de mieux à faire, n'est-ce pas, demande M. Pascoli, de nous tenir pressés les uns contre les autres le plus étroitement possible », afin de faire face ensemble à la détresse commune, à la Mort et au Néant? Dans le poème symbolique intitulé Focolare^ cette idée est exprimée en vers d'une rare beauté. Elle est heureusement traduite aussi dans une courte pièce des Poenietli^ les Deux E7ifants. Le poète y montre deux garçonnets, deux frères, qui se sont pris de querelle et se sont injuriés et frappés. Leur mère, accourue au bruit, les sépare et les couche par manière de punition. Le lit des deux enfants est commun. Aussi commencent-ils par demeurer écartés le plus possible l'un
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(le l'autre, tout on continuant de gémir et de sangloter. Mais, peu à peu, Tobscurilé descend. Kl voici que les ténèbres se peuplent, aux regards des deux frères ennemis, de fantômes grimaçants et hostiles. Ils ont peur. Instinctivement alors ils se rapprochent. Et la terreur les réconcilie. « Hommes, conclut le poète, paix parmi vous! Sur notre terre inclinée, le mystère est trop grand. Et seul celui qui cherche des frères lesquels partagent sa crainte, ne fait pas fausse route. — Paix, mes frères, et faites que ces bras, que vous tendrez toujours à ceux qui vous sont proches, ignorent désormais la lutte et la menace ». Qu'ils s'ouvrent seulement pour étreindre, pour bénir, pour pardonner! i^our pardonner surtout. C'est le geste le plus noble. De même que M. Pascoli avait pardonné à l'assassin de son père, au nom des fils de celui-ci, il pardonne, dans une curieuse pièce, à l'assassin anarchiste Luccheni, par pitié pour l'humanité entière. « C'est la pitié ([ue l'homme, avant tout, doit à l'homme. Il la doit même aux rois, Luccheni, même à toi ». On découvre ici la nature très spéciale de la religion sociale de M. Pascoli. Ce poète est moins enclin à la justice qu'à la pitié. Pitié, paix, fraternité, voilà sa devise. Il appelle de ses vœux l'ère de paix universelle où les hommes mangeront, attablés en commun, le pain gagné à la sueur de leur front. Il s'indigne de ce que les gouvernements osent vendre le sel dont Dieu a rempli l'océan. Sa doctrine est d'un poète, sans doute. Les économistes, bien entendu, diraient que tout cela n'est pas sérieux. Ils auraient tort, grand tort. La sincérité de M. Pascoli est éclatante, son rêve plein de ferveur généreuse et de pureté. Si peu porté qu'on soit à partager ses illusions philosophico-politiques, on admire la variété et la richesse de ses arguments, les chaleureux élans d'idéalisme et surtout la « belle
âme » (cette expression qui sent son Rousseau n'est pas ici déplacée) que son œuvre révèle.
Je suis loin d'avoir montré tout ce qui fait le prix de cette poésie. Il s'en faut que j'aie rendu pleinement justice à l'enseignement moral qui s'en dégage ; mais peut-être Tai-je assez vantée pour inspirer aux lecteurs le désir de boire à cette source si pure. J 'ai marqué d'une pierre blanche le jour où j'ai « découvert » M. Pascoli. Et je voudrais faire participer au plaisir que j'ai retiré de ma découverte tous ceux qui goûtent en France les lettres italiennes. Tant d'auteurs — étrangers ou autres — vont faisant dans le monde un bruit supérieur à leur mérite, que c'est une joie d'arriver à connaître un jour un grand poète supérieur à sa réputation.
15 mars 1903.