‹ La littérature italienne d'aujourd'huiChapitre 31 sur 44 · Fatalilà, 13" mille. Milan, Fratelli. Trêves, l'JOO · texte numérisé non relu

Fatalilà, 13" mille. Milan, Fratelli. Trêves, l'JOO

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habituellement de sensations ardentes et d'impressions fortes?

Elle est moins g-uindée quand elle chante l'amour. L'amour et la haine, ces deux paroxysmes, ces extrêmes f qui se touchent, ont toujours heureusement inspiré M'"" Ada Negri. Son co'ur juvénile et robuste a des enthousiasmes de créature primitive. M'"' Ada Xegri cède sans nulle fausse honte aux entraînements de la passion, à ces élans, privilège des êtres simples tout voisins encore de la nature et dont les ancêtres ne s'exercent point, depuis |)lusieurs générations, à l'observation de soi-même et à ce mensonge soutenu de la vie mondaine qui se nomme politesse. Tout comme elle se refuse à dissimuler, M"'" Ada Negri dédaigne de rien sacrifier à ce qiu; nous appelons <> le goût ». Elle manque absolument de cette qualité (si c'en est une), apanage des neutres et des timides. Le goût conseille l'atténuation d'une pensée forte, le g«>ût relient au bord des lèvres un mot coloré qui allait prendre son vol. Le goùl est l'hypocrisie des littérateurs. M""' Ada Negri doit être louée qui, toute femme qu'elle est, a eu le courage de manquer de goût pour gagner en spontanéité, en sincérité, en force.

S'il arrive à M"'" Ada Negri de manquer de goût, elle a ce qui vaut mieux, la pudeur. Ayant aimé d'un amour qui n'était plus, celte fois, la piété filiale, elle connut dans son atrocité la guerre que se livrent l'homme et la femme. Et tandis ([ue, dans le sentiment qui la portait vers sa mère, elle n'avait puisé jamais que des consolations très douces, elle ne trouva dans cet amour d'une autre sorte que des occasions de désespoir. Une obscurité voulue règne dans les vers où résonne l'éclio de cet épisode. En quoi, au juste, a-t-il consisU'? M"" Ada Negri y met tant de discrétion que nous n'arrivons pas à comprendre. Mais peu importe.

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11 a dû y avoir trahison, séparation, larmes, déchirements, retours et regrets. Quel sombre drame ne se devine pas dans la pièce suivante, où M'"'' Ada Negri maudit une rivale détestée : « Lorsque tu chercheras, solitaire, parmi les décombres muets et dispersés de ton amour languissant, l'ivresse évanouie ; lorsque tu invoqueras, toute glacée, l'ardente félicité d'un jour; droite et insolente, tu me verras reparaître, — tel un fantôme vengeur, — devant toi, ravie de ta détresse. Et je rirai de tes joies brisées, blanche enfant aux tresses d'or, puisque, orgueilleuse de tes molles grâces, tu foulas mon songe rose sous ton pied audacieux. Je te hais, sirène impudente, et je suis jalouse, jalouse de toi. » L'accent de la haine vraie n'est-il pas très reconnaissable? Nous n'avons pas affaire ici à un simple exercice de rhétorique.

D'autres morceaux nous apportent de ces souffrances l'image pâlie et déjà idéalisée. Telle la piécette que voici, jolie, bien qu'un peu mignarde et d'une note « précieuse », en tout cas, à peu près unique dans l'œuvre de la femme de lettres italienne : « Dans l'herbe, en un triste printemps, une précoce primevère fleurit. L'air était froid. Avant même que de vivre, la fleur exilée mourut. Sur ma bouche, un triste soir, un baiser de mon cœur s'épanouit pour toi. Tu détournas la tête. Avant même que de vivre, mon baiser mourut ». Il y a moins de grâce, mais j'apprécie pour leur note déchirante ces strophes adressées à l'homme qu'elle aima : « Ne reviens jamais plus. Reste au delà des mers. Reste au delà des monts. Notre amour, je l'ai tué. Il me torturait trop. Je l'ai foulé au pieds. Je l'ai défiguré. Je l'ai mordu. Je l'ai déchiré en cent lambeaux. Je l'ai anéanti. Et voici : enfin il se tait. •> Voilà, pensez-vous, un singulier ilux de paroles pour exprimer un amour « qui se tait ». Voilà des vers

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